Attentat du 14 juillet 2016
Nice frappée par la terreur, ce qui reste 10 ans après

La métropole azuréenne a refermé l'horrible page de l'attentat du 14 juillet 2016 qui a coûté la vie à 86 personnes. Mais dix ans après, la mémoire reste. Avec la frustration de n'avoir rien pu faire face au terroriste et à son camion bélier.
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C'est au volant d'un camion bélier que le terroriste a tué 86 personnes sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016.
Photo: keystone-sda.ch
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Impossible d'oublier. Impossible de chasser ces images de la nuit de terreur et d'horreur du 14 juillet 2016. Sur la Promenade des Anglais, à Nice, dix ans après l'attentat qui a coûté la vie à 86 personnes, les promeneurs se murent dans le silence à l'évocation des heures dramatiques qui ont marqué à jamais la métropole azuréenne.

Il est 22h32, ce soir de fête nationale en France, lorsqu'un Tunisien en situation irrégulière, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, lance son camion de livraison Renault de 19 tonnes sur la fameuse promenade. Il vient du quartier Magnan, alors laissé libre à la circulation. Il franchit le trottoir qui sépare l'allée côtière de la route. Puis il accélère, tous feux éteints. Le carnage peut commencer.

Un nouveau maire à Nice

En ce 14 juillet 2026, dans cette ville où le nouveau maire élu en mars dernier, Eric Ciotti, allié du Rassemblement national et défenseur de l'union entre la droite et l'extrême droite, veut faire de cette mémoire une arme politique. Eric Ciotti a toujours estimé que la municipalité précédente, celle de son adversaire enfin battu, Christian Estrosi (pour lequel il travaillait jadis), a fauté par manque de précautions. Le nouvel édile a demandé qu'un rapport complet soit publié sur les éventuelles erreurs d'analyse du bureau central de la surveillance vidéo, dans l'une des villes les mieux dotées en caméras urbaines de France. 

En début d'année, en pleine campagne pour sa réélection ratée, l'ancien maire avait promis 10'000 caméras! Il y a dix ans, on en comptait environ 5000, ce qui était déjà un record. Mais elles n'ont pas empêché le pire.

Cette colère, beaucoup de Niçois la portent en eux et exigent un nouveau procès concernant les responsabilités des autorités dans le manque de sécurisation de la ville. Le procès des complices du terroriste, tué le 14 juillet 2016, a, lui, eu lieu à Paris du 5 septembre au 13 décembre 2022, dans la foulée du procès V13 des attentats du 13 novembre 2015 commis dans la capitale française.

2000 parties civiles

Il avait rassemblé au total près de 2000 parties civiles! Au final, des peines de 18 ans de prison ont été prononcées contre les deux principaux accusés d'avoir armé Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Leurs noms? Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb. Ils lui avaient fourni une arme et avaient aidé ce déséquilibré, converti au djihadisme sur Internet, à trouver le camion et à préparer son itinéraire de terreur. Mais quid des autres responsabilités? Des failles de la police municipale de Nice, forte pourtant de 500 policiers au moment des faits?

Pour avoir le cœur net sur ce qui a raté dans cette ville, l'une des plus touristiques de France, les familles des victimes veulent voir comparaître les principaux protagonistes du drame. 25'000 personnes s'étaient massées sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016 pour le traditionnel feu d'artifice. Pourquoi les plots de ciment qui interdisent aujourd'hui son accès aux véhicules n'étaient-ils pas en place, quelques mois après le déferlement de la terreur à Paris? La condamnation des huit complices du terroriste ne suffit pas. D'autant que, depuis le changement de maire, l'enquête a été relancée.

Le rôle de Christian Estrosi

Selon France Info et la presse régionale, «plusieurs témoins, des policiers notamment, ont été entendus mi-juin. Des perquisitions ont eu lieu à la mairie et à la préfecture de Nice, mais aussi dans les locaux de la police nationale et municipale». Les questions demeurent: combien de policiers étaient vraiment sur la Promenade des Anglais ce soir-là? Pourquoi ne pas avoir anticipé l'hypothèse d'une attaque à la voiture-bélier?

L'ancien maire de Nice, Christian Estrosi, est dans le collimateur. Cités par France Info, beaucoup de Niçois demandent à nouveau justice, dix ans après: «Pour moi, il y a tellement eu de saletés, de déni, d'arrogance, regrette l'un d'eux. Tout le monde se rejette la faute, tout le monde a bien fait son travail, donc il y a en plus une véritable lâcheté. Je voudrais vraiment que ces gens-là se retrouvent devant un juge à devoir s'expliquer.» Dix ans après l'attentat du 14 juillet, les plaies de Nice et de la Baie des Anges sont loin, très loin, d'être refermées et cicatrisées.

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