Défilé militaire européen
Macron a un sérieux problème pour son dernier 14 juillet

Le président français a prononcé, lundi 13 juillet, son dernier discours devant les armées, avant le défilé militaire pour la fête nationale. Un défilé européen, alors que les pannes industrielles se multiplient dans le secteur de l'armement.
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Emmanuel Macron a prononcé lundi son dernier discours devant les armées avant la fête du 14 juillet.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Il aura, la veille, réuni la «coalition des volontaires» pour l’Ukraine, ce rassemblement de pays prêts à s’engager pour garantir la sécurité future du pays, une fois qu’un cessez-le-feu avec la Russie sera entré en vigueur. Il aura aussi, lundi 13 juillet, redit sa «fierté» d’avoir, pendant dix ans, présidé à une nette augmentation du budget des armées françaises. Lesquelles devraient, d’ici 2030, percevoir une augmentation de leurs subsides d’environ 30 milliards d’euros, en plus des 60 milliards annuels.

Emmanuel Macron aborde donc, en théorie, son ultime célébration du 14 Juillet avec un carton plein. Des contingents européens – allemands, italiens, ukrainiens, luxembourgeois – défileront avec les militaires tricolores sur les Champs-Elysées et dans le ciel de Paris. Carton plein pour celui qui, dès septembre 2017, quelques mois après sa première élection à la présidence de la République, défendait une Europe-puissance, souveraine et autonome, dans son fameux discours de la Sorbonne.

Comparaison fatale

Carton plein, donc? Pas tout à fait. Car, dans le discours qu’il a prononcé devant les chefs d’état-major des armées, dans les jardins de l’hôtel de Brienne où se trouve, à Paris, le bureau du ministre de la Défense, Emmanuel Macron n’a pas abordé directement le principal problème. Ce problème est l’état des finances publiques de son pays, dont la dette publique atteint, à la veille de la prochaine élection présidentielle, les 18 avril et 2 mai 2027, la somme astronomique de 3536 milliards d’euros, soit 118% du produit intérieur brut.

Une comparaison dit tout. Chaque année, la France dépense pour les intérêts de cette dette 77,4 milliards d’euros, qu’elle doit rembourser à ses créanciers. Soit un chiffre supérieur aux 66,7 milliards d’euros alloués aux armées en 2026, dont six milliards pour la seule dissuasion nucléaire.

Plus préoccupant: l’Allemagne, ce partenaire a priori si proche de la France, a dépensé 108,2 milliards d’euros pour la modernisation de ses armées en 2026. 109,7 milliards sont déjà planifiés pour 2027. Et en 2030, l’addition militaire allemande atteindra 183,7 milliards, un record qui inquiète à Paris.

Comment tenir les deux bouts? Comment être à la fois la locomotive de la défense européenne face aux menaces et aux contraintes imposées par cet allié de plus en plus intransigeant que sont devenus les États-Unis, lorsque l’argent manque? Le défilé militaire «hors normes» du 14 Juillet, dernier des dix ans de présidence Macron, a été, selon l’Elysée, «pensé comme une démonstration de force, dans un contexte de guerre au Moyen-Orient et en Ukraine». D’accord. Il y aura, pour illustrer cet engagement, plus de 15% de soldats supplémentaires sur les Champs-Elysées.

35 pays représentés

«L’idée étant que les efforts qui ont été demandés à nos concitoyens en matière de défense soient mesurables, soient visibles sur les Champs-Elysées au moment du 14 Juillet», souligne le général Loïc Mizan, gouverneur militaire de Paris. Les 35 pays alliés de l’Ukraine dans la «coalition des volontaires» ont tous été invités. 500 militaires de cette coalition ouvriront la marche parmi les 6 800 troupes à pied. 130 aéronefs voleront sur Paris, dont des Allemands, des Espagnols ou encore des Italiens. Objectif: démontrer que le réarmement stratégique de l’Europe est bien à l’œuvre. Sauf que, dans les coulisses industrielles, beaucoup de choses patinent.

Un échec a été reconnu par Emmanuel Macron dans son discours: celui du projet d’avion du futur franco-allemand, le SCAF. Paris et Berlin ont décidé d’abandonner ce projet en juin dernier, pour l’essentiel en raison des tensions entre Airbus et Dassault, le fabricant du Rafale. Mais une autre nouvelle a été passée sous silence par le président français. La Suède et l’Allemagne vont en effet renforcer leur coopération dans le domaine aérien, avec pour conséquence d’éloigner le suédois Saab d’une possible coopération avec Dassault.

Pierre Lellouche a été ministre sous la présidence de Jacques Chirac. Il suit de longue date les questions de défense. Pour tout résumer, il cite Rabelais: «Guerre faite sans bonne provision n’a qu’un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les pécunes.» Et d’ajouter dans sa chronique de l’hebdomadaire de droite «Valeurs Actuelles»: «Les industriels français (Dassault, Thales, Safran, MBDA) savent construire seuls un avion du futur, mais ils ne savent pas le financer...»

Economie de guerre

Macron avait promis de mettre la France en économie de guerre. Il a incontestablement obtenu une accélération des cadences de production. Une nouvelle usine a été ouverte par Dassault Aviation en septembre 2025, pour produire à terme quatre avions Rafale par mois (au lieu de deux). Douze canons Caesar, ceux qui se sont illustrés en Ukraine, sont maintenant produits chaque mois au lieu de six en 2023.

Mais les industriels voient la concurrence. Les firmes américaines sont ainsi reparties du sommet de l’OTAN à Ankara, les 7 et 8 juillet, avec 43 milliards de dollars de contrats signés par les alliés, parmi lesquels 30 pays européens sur 32 !

Les crédits militaires ont certes doublé en France, de 32,7 à 63,3 milliards d’euros entre 2017 et 2027. Mais Emmanuel Macron, chantre de l’attractivité industrielle, n’a pas les moyens de sa partition. Son dernier 14 Juillet sera spectaculaire en façade. Pour le reste…

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