Emmanuel Macron est inquiet. Très inquiet. Pas question, donc, de laisser la campagne présidentielle démarrer en France sans avertir ses concitoyens des dangers qui menacent, selon lui, le pays en 2026. Dans huit mois, le 2 mai 2027, la France aura élu un nouveau chef de l’Etat. Celui-ci prendra ses fonctions une semaine plus tard, alors que la situation internationale sera peut-être encore plus agitée qu’aujourd’hui.
C’est pour formuler cet avertissement solennel que le président français, au pouvoir depuis dix ans, a choisi de convoquer ce vendredi 18 septembre les responsables des partis politiques et leurs candidats. Tous ne sont pas venus. Les deux favoris des sondages, Marine Le Pen pour le Rassemblement national (droite nationale-populiste, 30 à 35% des intentions de vote) et Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise (gauche radicale, 13 à 16% des intentions de vote), étaient absents, représentés par leurs lieutenants. Au final, après trois heures de briefing dans la salle sécurisée «Vega» du sous-sol de l’Elysée, à Paris? Ces cinq affirmations.
La France est en danger
La formule n’est pas exagérée. Emmanuel Macron a listé, aux côtés des responsables des services de renseignement et des forces armées, les menaces qui pèsent sur son pays, comme sur ses autres voisins européens. Première cible? La Russie, dont «la menace hybride à l’égard des Européens et de la France s’est intensifiée». Seconde affirmation? L’hiver sera très rude sur le plan énergétique et financier, les deux étant liés car la France est importatrice d’hydrocarbures, même si son parc de centrales nucléaires constitue un bouclier important pour la production d’électricité. «L’inflation énergétique est due intégralement aux guerres et à la situation internationale», a expliqué le président. Une réponse internationale doit être trouvée lors d’un sommet extraordinaire du G7 consacré à l’énergie, qu’il souhaite voir se tenir rapidement.
La France doit se protéger
Deux menaces sont particulièrement à prendre au sérieux selon celui qui est aussi le chef des armées françaises. La première est celle des drones et des missiles. Emmanuel Macron a fourni des tableaux précis aux personnalités présentes, avec ces chiffres: dans les 15 principaux aéroports allemands, 166 incidents impliquant des drones ont été recensés au premier semestre 2026, contre 101 au premier semestre 2025, soit une hausse d’environ 64%. La France a pour l’heure été moins touchée, mais ses infrastructures doivent être protégées. Un «plan de protection des infrastructures critiques» va être mis en œuvre, notamment contre les drones et les cyberattaques, ainsi qu’un renforcement de la protection des sites sensibles de l’industrie de défense.
Les Français doivent se méfier
La peur d’Emmanuel Macron, vainqueur des deux dernières élections présidentielles face à Marine Le Pen, est que les partis de droite et de gauche radicale baissent la garde face à la Russie. Même s’ils ont nuancé leurs positions et même s’ils soutiennent officiellement l’Ukraine en guerre, le RN et LFI sont en effet, depuis le début du conflit, partisans d’une négociation et convaincus que la Russie n’est pas aussi menaçante qu’on le dit, notamment pour la France, située à l’extrémité occidentale du continent européen. La récente déclaration de Marine Le Pen, favorable à une interruption de l’aide budgétaire française à l’Ukraine, a confirmé ce biais. Le président sortant ne l’a pas dit, mais sa prise de parole après son briefing de près de trois heures comportait un sous-titre invisible: «Electeurs, méfiez-vous!»
L’Allemagne est le maillon faible
Ce point important est apparu clairement lors de la prise de parole d’Emmanuel Macron. Celui-ci a, à plusieurs reprises, cité le grand voisin de la France, poumon économique de l’Europe, où deux élections régionales se tiennent à nouveau ce dimanche, dans le Land de Mecklembourg-Poméranie (dans l’ex-RDA) et à Berlin. Pour le président français, la Russie pratique envers la République fédérale une «intimidation stratégique» qui a pour but de faire peur à l’Union européenne.
La France n’a plus d’argent
On le savait et Emmanuel Macron l’a répété: les caisses du pays sont vides, et sa dette publique record de plus de 3 550 milliards d’euros l’expose à des convulsions financières redoutables si les taux d’intérêt s’envolent encore plus (ils sont déjà à 4,5% pour les obligations à dix ans). Le message est d’autant plus dur à entendre que les pêcheurs et les agriculteurs sont à l’agonie, en raison de la canicule et des prix du carburant, et que l’on commence à reparler d’un retour des «gilets jaunes» comme durant l’hiver 2018-2019. Toute dépense publique supplémentaire finit «soit en déficit accru, soit en impôts». L’ironie de ce propos est que l’actuel président est largement responsable de l’aggravation de la dette durant ses deux quinquennats. Sa prise de parole intervient après la présentation d’un projet de budget «d’austérité» pour 2027 par le gouvernement, avec 54 milliards d’euros de propositions d’économies. Alors qu’en 2026, la France devra rembourser 57 milliards d’euros pour la seule charge des intérêts de sa dette…