Elle survole les sondages
Ces cinq pièges peuvent (encore) ruiner Marine Le Pen

La candidate du Rassemblement national à la présidentielle française en 2027 survole les enquêtes d'opinion. Le lancement officiel de sa campagne, ce dimanche, doit toutefois éviter ces écueils.
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La candidate du Rassemblement national à la présidentielle française est donnée gagnante par tous les sondages
Photo: AFP

En bref

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  • Marine Le Pen a lancé sa quatrième campagne présidentielle le 13 septembre 2026 à Hénin-Beaumont, son bastion dans le Pas-de-Calais. À 58 ans, elle est donnée gagnante dans plusieurs configurations pour le second tour de l’élection présidentielle de 2027, selon des sondages récents.
  • Un sondage Ifop-Fiducial fin août la place en tête contre des adversaires comme Édouard Philippe (52 %) ou Jean-Luc Mélenchon (67 %). Son programme met l'accent sur la réduction de l'immigration, des baisses fiscales et une opposition à certaines politiques européennes.
  • Marine Le Pen bénéficie de 90 % de fidélité parmi ses électeurs de 2022 et atteint 34-36 % des intentions de vote au premier tour selon Ipsos. Malgré cette dynamique, 48 % des Français disent qu’elle les « inquiète beaucoup » selon un sondage.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

C’est une habitude : chaque année, Marine Le Pen retourne dans son fief électoral du Pas-de-Calais (nord de la France) pour faire sa rentrée politique et prononcer un discours en forme de programme. Le lieu dit tout : Hénin-Beaumont, la commune où s’est exprimée ce dimanche la candidate du Rassemblement national (RN, droite nationale-populiste) à la présidentielle française, est un fief de son parti depuis 2014. La preuve, selon ses partisans, que le premier parti de France, fort du premier groupe parlementaire du pays, n’est pas seulement une formation protestataire et qu’il est prêt à gouverner. Le RN dispose effectivement du premier groupe de l’Assemblée nationale, avec actuellement 122 députés, apparentés compris.

Attention danger cette fois : car pour sa quatrième candidature consécutive à l’Élysée, Marine Le Pen, 58 ans, ne peut plus faire d’erreurs. Si elle rate cette fois la marche présidentielle, la route sera définitivement ouverte pour sa succession avec, en pole position, celui qu’elle a écarté pour se représenter : son dauphin Jordan Bardella, 31 ans. Mais au-delà des rivalités au sein du camp « national », d’autres pièges guettent celle qui, par deux fois, en 2017 et 2022, a été battue au second tour du scrutin par Emmanuel Macron. La dernière fois, avec 41,45 % des voix. Un record pour son camp politique.

Le piège des sondages

Le pire serait, pour Marine Le Pen, de croire aux enquêtes d’opinion qui la donnent largement en tête du premier tour, autour de 35 % des suffrages, tandis que les principales enquêtes récentes ayant testé des hypothèses de second tour la donnent victorieuse face aux adversaires testés. Exemple avec l’enquête de l’institut Ipsos publiée le 5 septembre. La candidate du RN est créditée de 34 à 36 % des intentions de vote au premier tour, selon les configurations, avec plus de 90 % de fidélité parmi ses électeurs de 2022. Cette enquête Ipsos ne testait toutefois que le premier tour.

Autre exemple : l’enquête Ifop-Fiducial des 24-25 août, qui la donne gagnante dans les six duels testés face à ses adversaires : 52-48 face à Édouard Philippe, 54-46 face à Gabriel Attal, 54-46 face à François Hollande, 55-45 face à Raphaël Glucksmann, 58-42 face à Bruno Retailleau et 67-33 face à Jean-Luc Mélenchon. Problème : il est encore très tôt dans la campagne et 48 % des électeurs disent encore que Marine Le Pen les inquiète « beaucoup ». Soit presque la majorité…

Le piège judiciaire

Les juges français demeurent en embuscade. Lorsque, le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, 100 000 euros d’amende et quarante-cinq mois d’inéligibilité (dont trente avec sursis), celle-ci a vu s’ouvrir une fenêtre dans son tunnel judiciaire. En tenant compte des quinze mois d’inéligibilité ferme déjà purgés depuis sa condamnation en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, la candidate du RN a pu prendre le risque d’une nouvelle campagne, avec pour arme juridique son pourvoi en cassation. En clair : sa condamnation en appel n’est pas définitive, puisque son pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt. Mais gare au calendrier ! La Cour de cassation doit encore se prononcer sur ce pourvoi ; une décision défavorable avant la présidentielle pourrait bouleverser sa campagne, même si les magistrats, cette fois, ne jugeront pas les faits. Le risque est réel.

Le piège de la droite

Tout va dépendre des électeurs français de droite. Ce sont eux qui, en se ralliant bon gré mal gré au centriste Emmanuel Macron en 2017 et 2022, ont permis à celui-ci de l’emporter. Or la droite « bourgeoise », traditionnellement divisée en France entre le camp des démocrates-chrétiens et des gaullistes, est encore loin d’avoir opté pour la candidate du Rassemblement national, qui rêve d’un scénario à l’italienne. En Italie, Giorgia Meloni, venue de l’extrême droite, a fait alliance avec la droite dirigée jadis par le défunt milliardaire Silvio Berlusconi. Et cela marche, puisque son gouvernement est stable depuis octobre 2022. L’affaire est en revanche loin d’être conclue en France, où plusieurs prétendants se disputent le leadership droitier : les centristes Édouard Philippe et Gabriel Attal, le patron des «Républicains» Bruno Retailleau et le libéral David Lisnard. Pas simple de les faire disparaître…

Le piège social du Pas-de-Calais

Dans son fief d’Hénin-Beaumont, au cœur de l’ancien bassin minier français, qui fut une terre électorale du Parti socialiste et du Parti communiste pendant des décennies, Marine Le Pen a déroulé ce dimanche 13 septembre une ligne résolument axée sur le pouvoir d’achat, qu’elle juge en « état d’urgence absolue », tout en réaffirmant sa volonté de redresser les finances publiques de la France. Elle a notamment maintenu comme mesure prioritaire la baisse de la TVA de 20% à 5,5% sur le carburant, l’électricité, le gaz et le fioul. Exit, la promesse faite devant le patronat, fin août, de 125 milliards d’euros d’économies sur cinq ans, une « règle d’or » budgétaire et le retour du déficit public à 3% du PIB.

Face à son public populaire, Marine Le Pen a aussi maintenu sa ligne sociale sur les retraites, proposant le retour de l’âge légal de départ à 62 ans (contre 63 ans et demi actuellement), et à 60 ans pour certaines carrières. De quoi accroître la fracture, au sein de son parti, entre une aile sociale du Nord et une aile libérale mieux représentée dans le sud de la France, et davantage incarnée par Jordan Bardella. Au piège social s'ajoute en outre le piège familial, tant la campagne de la candidate RN est cadenassée par son clan. Philippe Olivier, son beau-frère, est son conseiller spécial. Nolwenn Olivier, sa nièce, dirige sa communication. Marion Maréchal, son autre nièce et députée européenne, se rapproche é grands pas. Les vieux compagnons du Nord, tenants d’un parti de droite populaire, peuvent-ils s’entendre avec la jeune garde pro-business?

Le piège de l’immigration et de la guerre civile

A priori, c’est tout sauf un piège. Le thème du rejet de l’immigration et du renvoi des clandestins est celui qui apporte le plus de voix à Marine Le Pen, qui occupe également le terrain de l'identité en promettant l'interdiction du voile islamique dans les lieux publics si elle est élue présidente. 70% des Français considèrent qu’«il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France», selon un sondage Odoxa publié le 29 janvier 2026. 64 % d’entre eux sont opposés à l’arrivée de nouveaux immigrés, selon un autre sondage CSA publié en juin 2025, et 44 % (dans un sondage Ifop de 2024) estiment que Marine Le Pen et Jordan Bardella sont les plus crédibles pour gérer cette douloureuse question. C’est donc gagné sur ce dossier ? Oui, en ce qui concerne l’existence d’une opinion majoritairement favorable à une immigration plus limitée ou davantage contrôlée, mais les sondages cités ici ne permettent pas d’affirmer qu’une majorité des Français souhaite « renvoyer les clandestins ». Le sondage Odoxa montre d’ailleurs une opinion plus nuancée : 59 % des Français estiment que la France doit accueillir les demandeurs d’asile persécutés dans leur pays. La gauche radicale, qui se positionne en défenseure de l’immigration, quadrille les quartiers. L’hypothèse d’une « guerre civile » si la candidate RN l'emporte fait son chemin. Plus Marine Le Pen lance des attaques anti-immigration, plus elle fait peur.

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