Un commentaire de Richard Werly
Le PS Français est mort en direct

La victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire présidentielle organisée par le Parti socialiste français démontre que ce parti n'est plus capable d'accoucher d'un leader politique dans ses rangs. Ce vainqueur rime avec cercueil, estime notre journaliste Richard Werly.
La victoire de Raphaël Glucksmann est celle d'un homme désireux de ne pas se retrouver prisonnier d'une formation politique.
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Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La présidentielle française de 2027 vient de faire son premier mort politique. Il s'agit du Parti socialiste. Force motrice de la vie institutionnelle française, au cœur du pouvoir sans discontinuer, d'une façon ou d'une autre, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PS est décédé ce dimanche 11 octobre en accouchant du vainqueur de sa primaire. À charge pour ce dernier de jouer, durant la campagne jusqu'au premier tour du 18 avril 2027, le rôle de l'exécuteur testamentaire.

La mort du PS français, qui ne compte plus officiellement qu'environ 30'000 adhérents (121'000 personnes, en comparaison, ont voté lors de la primaire après avoir payé 15 euros), n'étonne personne. Depuis la fin du quinquennat de François Hollande, son ancien premier secrétaire élu président de la République en 2012, ce parti, qui devrait porter les espoirs et les propositions de la social-démocratie, s'est noyé dans les querelles intestines, en abandonnant toute réflexion de fond. Sauvé de la débandade par l'alliance avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon pour les législatives de 2022 (la NUPES), puis pour celles de 2024 (le Nouveau Front populaire), le parti à la rose de François Mitterrand – président de 1981 à 1995 – a préféré l'arithmétique électorale au travail politique. Avec, pour seul espoir, que la fin du macronisme lui rouvre un espace au centre gauche.

Rupture avec le passé

La réalité est que cet espace existe. L'histoire dira si Raphaël Glucksmann, vainqueur de la primaire avec 66% des voix, saura l'occuper et l'incarner. Mais cet espace ne rime plus avec le PS, dont le futur candidat à la présidentielle de 2027 n'a jamais été membre. La force de Glucksmann est son positionnement plus que son programme. Il est résolument pro-européen. Il est anti-Poutine et anti-Trump. Il croit en l'écologie comme instrument de transformation de l'économie. Au-delà? Le flou règne. Les socialistes français étaient les héritiers d'un passé. Ils croyaient en la force de l'Etat pour réguler. Ils se distinguaient de la droite par leur capacité à irriguer le monde culturel et intellectuel. Tout cela est terminé. Glucksmann sera le candidat de lui-même. Et le débat des idées en France est aujourd'hui dominé par la droite.

Le défunt PS français n'est pas seul à l'entrée du cimetière politique. En Allemagne ou en Italie, ses partis frères ont un genou à terre. La différence est qu'en France, la base sociale de la gauche sociale-démocrate est laminée. La classe moyenne urbaine est décimée par le chômage. Les fonctionnaires préfèrent les thèses de la gauche radicale ou, parfois, celles du Rassemblement national. Le syndicat réformiste CFDT n'a plus aucun intérêt à voguer avec un PS qui, sur le terrain, ne lui rapporte rien. La victoire de Raphaël Glucksmann symbolise cela: une envie d'espérer portée par un homme sans appareil et bien désireux de ne pas se retrouver prisonnier d'une formation politique.

Tué par Macron

Le PS avait été, en 2017, tué par Emmanuel Macron, qui prétendait en être (un peu) l'héritier, au moins pour le pan des anciens fidèles de Michel Rocard. Il ne s'est jamais remis de cet assassinat en règle. Il survivait dans le coma, sous assistance respiratoire. Raphaël Glucksmann vient de débrancher, avec cette primaire, les derniers tuyaux.

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