En bref
- Raphaël Glucksmann, 46 ans, a été désigné candidat social-démocrate à la présidentielle française d'avril-mai 2027 après avoir remporté la primaire du PS avec 66 % des voix au premier tour
- Malgré son positionnement proeuropéen et réformiste, il fait face à une gauche divisée et des sondages le situant entre 9 et 12 % des intentions de vote au premier tour
- Environ 121 000 personnes ont participé à la primaire, illustrant une base électorale limitée pour Glucksmann au sein de la gauche
Il est désormais le candidat social-démocrate à la présidentielle française d'avril-mai 2027. Raphaël Glucksmann, 46 ans, n'est toujours pas membre du Parti socialiste français, qui vient pourtant de le lancer dans la bataille pour l'Elysée. Vainqueur de la primaire du PS dès le premier tour, avec 66% des suffrages, le chef de file des députés européens français du centre gauche entame maintenant un marathon très compliqué. Avec, comme adversaire désigné, le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui le dépasse nettement dans les sondages. Ses défis pour s'imposer comme un bon candidat? Les voici.
Il doit rassembler
La large victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire organisée par le Parti socialiste français ne veut pas dire grand-chose sur le plan électoral national. 121'000 votants avaient accepté de choisir électroniquement le candidat social-démocrate, après avoir payé 15 euros. Pour rappel, lors de la primaire du PS remportée en 2011 par François Hollande, par la suite élu président en 2012, 2,9 millions de personnes avaient alors voté.
Le point fort de Glucksmann est son score: 66% des voix, contre 14,5% pour Olivier Faure, le patron du parti, 7,6% pour Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle de 2007, et moins de 6% pour les deux autres candidats, Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj. Et ensuite? Le Parti socialiste ne compte que 30'000 adhérents. Sa force de frappe politique est limitée. Idem pour son mouvement «Place publique». Le leader de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, a, lui, rassemblé 10'000 personnes dimanche en un seul meeting à Clermont-Ferrand.
Il doit mobiliser
Le pire cauchemar de Raphaël Glucksmann se nomme Anne Hidalgo. En 2022, la maire socialiste de Paris portait les couleurs du PS à la présidentielle. Résultat: 1,75% des suffrages et une véritable humiliation pour sa formation, alors que Mélenchon recueillait 21,95% des voix et échouait aux portes du second tour, juste derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
Pour ne pas retomber dans ce piège, le nouveau candidat social-démocrate va devoir démontrer qu'il a un programme et qu'il peut présider la France. Pour l'heure, les sondages stagnent, avec 10 à 12% des intentions de vote au premier tour. La candidature de Glucksmann est avant tout perçue comme symbolique, en particulier en raison de son engagement européen et de son soutien à l'Ukraine.
Il doit pardonner
Raphaël Glucksmann a été violemment attaqué durant cette primaire. Ségolène Royal, revenante de la politique nationale, l'a pilonné en le traitant de «stagiaire» et en affirmant qu'il recevait ses éléments de langage sur son téléphone durant les débats entre candidats. Et maintenant? Ses quatre adversaires ont promis de le soutenir. Mais quels rôles vont-ils jouer dans sa campagne? Il va falloir pardonner, et aussi intégrer leurs personnalités parfois clivantes, comme c'est le cas pour le patron du PS, Olivier Faure. Pendant ce temps, La France insoumise (gauche radicale) de Jean-Luc Mélenchon va poursuivre son pilonnage en travaillant au corps le peuple de gauche et la «nouvelle France», un terme utilisé par Mélenchon pour désigner la population issue de l'immigration.
Il doit intégrer la Palestine
Le combat des Palestiniens est entièrement assumé, voire instrumentalisé, par Jean-Luc Mélenchon, qui n'hésite pas, selon ses détracteurs, à flirter avec l'antisémitisme. Ce combat est incarné dans les rangs de LFI par l'eurodéputée controversée Rima Hassan, elle-même d'origine palestinienne. Raphaël Glucksmann, de confession juive, se retrouve donc pris à partie.
Durant le premier débat de la primaire, Ségolène Royal l'a interpellé en lui demandant, ainsi qu'à tous les juifs de France, de prendre position contre le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Comment intégrer la cause palestinienne, essentielle pour la jeunesse de gauche, tout en continuant de défendre Israël, où des élections législatives auront lieu le 27 octobre? Le défi n'est pas mince.
Il doit éliminer Hollande
Un homme demeure en embuscade et il guette le faux pas de Raphaël Glucksmann: l'ancien président François Hollande ne s'est pas encore déclaré candidat, mais il fait tout pour que sa candidature soit considérée comme un possible recours. Pas simple. Hollande est un homme de réseaux. Il va donc falloir que Glucksmann le dissuade de rester à l'affût, peut-être en lui donnant un titre et un rôle dans sa campagne. Une autre personnalité qui guette ses erreurs est l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. Le chemin de l'Elysée, à peine emprunté, est déjà miné.