Interdiction d'entrer en zone rouge
A Evian, le G7 a transformé la ville en décor sous haute surveillance

Le G7 s’est installé à l’Hôtel Royal d’Evian durant quelques jours, transformant la ville en forteresse. Entre zones interdites et rues désertes, habitants et employés se sont adaptés au déploiement sécuritaire et au ballet des délégations internationales.
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Les bords du Léman à Evian sont quasiment déserts.
Photo: DR
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Luisa GambaroJournaliste RP

Fanny* est blanchisseuse au célèbre Hôtel Royal d’Evian où s'est tenu le G7 du 15 au 17 juin. Badge autour du cou, elle s’apprête à pénétrer dans la zone rouge: l’espace hautement sécurisé qui entoure l’hôtel de luxe accueillant les chefs d’Etat pour le sommet. Elle fait partie des rares personnes à pouvoir entrer dans cette zone. L’accès est bien gardé par des policiers et de nombreuses voitures noires aux vitres teintées sont garées juste à côté de l’Hôtel de Ville. 

Plus loin, Nassim* profite de sa pause déjeuner au soleil sur le bord du Léman. Habillé avec un élégant costume, il porte un pin’s aux couleurs du drapeau américain à la boutonnière. Il observe nonchalamment les nombreux bateaux militaires stationnés à intervalles réguliers face à lui. Dans 10 minutes, Nassim devra retourner travailler en tant que chauffeur et majordome pour les membres de la délégation américaine. Jovial et bavard, il ne peut pourtant rien révéler de son quotidien pendant le sommet. 

Autour d’eux, la ville d’Evian est quasiment déserte, malgré la météo estivale et la saison propice au tourisme. Les quais et les rues sont presque vides, à l’exception de quelques familles et retraités qui profitent du soleil. De nombreux habitants ont préféré déserter la ville pour éviter les restrictions de circulation pendant le sommet. Les volets des immeubles sont souvent fermés et de nombreuses barrières délimitent précisément l’accès aux piétons pour les éloigner de la zone défendue. 

Malgré cette débandade, Dominique se balade avec son chien sur le quai désert. «Je suis restée surtout parce qu’il y avait le sommet, pourquoi, je ne suis pas normale?», plaisante-t-elle. A la retraite, Dominique n’a ni horaires précis ni obligations à respecter. «Je ne subis pas, au contraire, pour moi c’était intéressant de voir tout ce déploiement de force, toute cette organisation, ça me plaisait de vivre ça.»

«Propres et en ordre!»

Plus loin, Alain, Madeleine et Léa profitent aussi du calme. «On a une belle ville, on ne va pas se priver de ce spectacle tout ça parce qu’il y a le G7», déclare Madeleine. «Et on a une belle vue sur Lausanne!», s’amuse Alain. «Nous sommes propres et en ordre, comme on dit à Genève!» 

Néanmoins, le trio se demande si ce sommet n’aurait pas pu se faire par visioconférence. «Surtout à l’heure actuelle! On est au progrès maximum et pourquoi dépenser tant pour se rencontrer trois jours? Pour eux ça doit être important», suppose Madeleine. 

«On fait comme d'habitude»

Maëlys, Laetitia, Syria travaillent toutes les trois dans une agence immobilière à Evian et se disent agréablement surprises par l’organisation du sommet. Elles constatent que leur pass leur fait presque gagner du temps en l’absence de touristes. «Mais ça doit être difficile pour les commerçants qui ont fermé pendant le sommet», relève Maëlys. «Beaucoup de commerçants ont préféré partir», renchérit Laetitia.

Plus loin, Anne, Alex et Arthur s’apprêtent à aller au restaurant. «Le sommet ne perturbe pas spécialement notre quotidien, une fois qu’on a montré le pass à l’entrée de la zone, on fait exactement comme d’habitude», explique Anne. «On peut rouler à vélo plus tranquillement, il y a moins de monde», sourit-elle. 

Aucun de ces riverains n’a le droit d’entrer dans la zone rouge et malgré leur bonne humeur, les habitants d’Evian ne sont pas dupes: la sécurité autour du sommet a été largement renforcée par rapport au G7 de 2003 accueilli par l’ancien président Jacques Chirac. A l’époque, le chef de l’Elysée avait fait un véritable bain de foule mais cette année, Emmanuel Macron s’en est bien gardé. Seule une poignée de journalistes triés sur le volet en amont du sommet sont admis dans la zone rouge, en espérant photographier les chefs d’Etat. 

Alerte à la bombe au KFC

Dans la ville voisine de Thonon, quatre fois plus grande qu’Evian, la vie suit son cours malgré quelques convois de camionnettes noires lancées à toute vitesse, des sirènes de police qui retentissent çà et là et de nombreuses patrouilles de police. Des agents circulent calmement, souvent avec le sourire. Certains ont été ramenés exprès du sud de la France pour l’occasion. Quelques soldats prennent leur déjeuner en treillis militaire sur une terrasse ou viennent récupérer leur commande au sushi shop du coin. 

David*, vendeur à la Fnac du centre commercial, se dit plutôt satisfait de ces nombreuses patrouilles. Selon lui, elles ont permis de faire disparaître l’insécurité dans le centre-ville. L’enseigne enregistre tout de même une très forte baisse de vente en l’absence de clients, mais anticipe une recrudescence dans les semaines à venir. Seule ombre au tableau pour David: cette sécurité maximale pour la venue des chefs d’Etat lui semble un peu royaliste. 

Entre Evian et Thonon, l’atmosphère paisible, joviale et ensoleillée donne un peu l’impression d’avoir atterri au village des Schtroumpfs. Mais malgré cette ambiance faussement décontractée et la bonne humeur apparente des agents de police, rien n’est laissé au hasard. 

Un adolescent en baskets, casquette et sac à dos près de la gare se fait contrôler par trois gendarmes. Le contrôle est calme et rapide, mais aucune menace potentielle ne doit être prise à la légère, et pour cause. Salomé, étudiante de 17 ans au lycée Anna de Noailles, raconte que la veille, alors qu’elle était au KFC avec son frère, ils ont été arrêtés par la police après une alerte à la bombe. «La vie est cool, même s’il y a le G7, il faut juste s’adapter un peu au départ et après, c’est tranquille», conclut-elle.

*Prénoms d'emprunt

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