Christine Lagarde candidate?
Marine Le Pen redoute cette adversaire plus que tout

La patronne de la Banque centrale européenne vient d'annoncer sa démission. Christine Lagarde quittera Francfort au début de février 2027. Pour s'opposer à Marine Le Pen dans la course présidentielle?
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La présidente de la Banque centrale européenne quittera ses fonctions au début février 2027.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Genève ou Paris? Les cimes de Davos ou les ors de la République? L'avenir de Christine Lagarde se jouera-t-il, après son départ de Francfort, sur les rives du Léman et dans les montagnes des Grisons, ou sur celles de la Seine?

La patronne de la Banque centrale européenne, nommée à ce poste en octobre 2019, vient en effet d'annoncer sa démission de l'institution qui émet l'euro et garantit la stabilité de la monnaie unique en vigueur dans 21 pays de l'Union. Elle quittera l'immeuble de verre de la BCE au début février 2027. Or l'on sait que le Forum économique mondial lui fait, depuis longtemps, des appels du pied. L'institution basée à Genève la verrait bien diriger, les prochaines années, les débats enneigés à Davos, avec les patrons et dirigeants du monde entier.

Ministre de Sarkozy

Un élément de taille risque toutefois de perturber cet agenda global et helvétique, qui correspondrait très bien au profil de cette ancienne avocate d'un grand cabinet américain. Parfaitement anglophone, rompue aux couloirs du pouvoir depuis qu'elle fut ministre des Finances en France entre juin 2007 et juin 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde a en effet le profil pour une tout autre mission: celle d'empêcher Marine Le Pen d'accéder à la présidence de la République le 2 mai 2027.

Toutes les candidatures à la présidence de la République devront être déposées au plus tard au Conseil constitutionnel le 12 mars 2027. Il faudra alors, pour chaque candidat, 500 parrainages d'élus provenant d'au moins 30 départements ou territoires d'outre-mer. Christine Lagarde pourrait-elle être, in extremis, la trouble-fête que beaucoup attendent, alors que la candidate du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) caracole en tête des sondages avec environ 33-36% des intentions de vote au premier tour, le 18 avril?

Deux arguments plaident en ce sens, même si l'intéressée a toujours réfuté cette hypothèse. Le premier est l'absence de candidat capable de dégager un consensus au centre, et de se qualifier pour le second tour face à Marine Le Pen, coiffant ainsi sur le poteau Jean-Luc Mélenchon, le leader de la gauche radicale.

Les anciens Premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal négocient une possible primaire, sans dire avec qui et comment. Le candidat de la droite traditionnelle Bruno Retailleau reste scotché autour de 7% dans les sondages et il est aujourd'hui talonné par le maire libéral de Cannes David Lisnard. Le candidat issu de la primaire du PS, Raphaël Glucksmann, est lui autour de 13% dans les enquêtes d'opinion, mais ses chances d'accéder au second tour sont minces. Alors, qui peut tout chambouler?

Championne de natation

Le CV de Christine Lagarde, ancienne championne de natation synchronisée, fille de la classe moyenne, adolescente au Havre et modèle d'élégance «à la française», a sur le papier tout pour plaire à ceux qui veulent à tout prix empêcher Marine Le Pen d'accéder à l'Elysée. Le Pen défend une politique économique très difficile à financer, qui pourrait mettre en danger l'euro, une monnaie qu'elle rêvait encore d'abandonner en 2016.

Le Pen veut aussi couper la participation française au budget communautaire. Le Pen, enfin, est prête à lâcher l'Ukraine, au moins sur le plan des aides budgétaires, et son parti compte de nombreux russophiles qui aimeraient voir Paris renouer d'urgence avec Moscou. Le Pen, enfin, a reçu récemment le soutien de Donald Trump, ce président des Etats-Unis qui rêve de casser l'Union européenne.

Christine Lagarde est l'exact opposé. Elle aurait, si elle se porte candidate, le soutien des grands patrons français. Mais elle n'a jamais été considérée comme une libérale effrénée. Il lui manque, bien sûr, la touche populaire, cette posture de madone sociale qui profite tant à Marine Le Pen. Mais une campagne bien menée pourrait changer cette donne. Surtout si sa candidature permet de dégager un consensus du centre gauche au centre droit. Emmanuel Macron, le pro-européen, aurait alors trouvé en quelque sorte une «héritière», lui qui redoute de recevoir à l'Elysée une nouvelle présidente nommée Le Pen, ou un nouveau président nommé Mélenchon.

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