Il veut intervenir en Arabie
Macron tombe-t-il dans le piège de Poutine et des Houthis?

Le président français est intervenu à la télévision jeudi 24 septembre. Il a annoncé l'envoi de moyens militaires pour protéger un site pétrolier saoudien. Il s'en est pris aussi à la Russie. Est-il en train de tomber dans un piège?
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Emmanuel Macron s'est exprimé à la télévision française jeudi 24 septembre à son retour de l'ONU à New York.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

«On ne va pas faire un mouvement social contre la guerre en Russie ou le détroit d’Ormuz.» Interrogé jeudi soir 24 septembre au journal télévisé, Emmanuel Macron a peut-être un peu vite écarté, avec ironie, l’idée d’une nouvelle crise des «gilets jaunes» en France. Son argument selon lequel la crise actuelle des prix du carburant n’est pas le fruit de décisions politiques nationales, mais de la guerre dans le Golfe persique, est en effet juste. Mais comment contenir la colère populaire de ses concitoyens à huit mois de la prochaine élection présidentielle d’avril-mai 2027, à laquelle il ne pourra pas se représenter, après deux mandats successifs?

Impossible, en somme, de ne pas agir. Et c’est là que le piège tendu par les miliciens houthis chiites du Yémen (appuyés par l’Iran), mais aussi par Vladimir Poutine, pourrait bien se refermer sur le locataire de l’Elysée. A force de vouloir montrer que son pays ne subit pas les circonstances, Emmanuel Macron risque de franchir un pas risqué. C’est par exemple le cas avec sa décision, annoncée devant les caméras, d’envoyer sous peu des moyens militaires en Arabie saoudite pour y sécuriser un site pétrolier, afin de permettre au royaume de reprendre ses exportations d’or noir.

Le prix du baril de pétrole

Le président français est arrivé face aux journalistes avec un chiffre en tête: le prix du baril de pétrole à 106 dollars ce 24 septembre, ce qui constitue un casse-tête pour l’économie de son pays, asphyxiée par la dette et le déficit public. «C’est normal qu’il y ait de la colère. Les gens se retrouvent confrontés à une vie impossible, ils n’arrivent pas à boucler la fin du mois. Je vois des voix qui s’élèvent pour un mouvement social», a-t-il reconnu. Il n’a d’ailleurs pas exclu une baisse des taxes sur le carburant, malgré les contraintes budgétaires. Mais c’est vers le reste du monde, et notamment vers le Golfe persique, qu’il a pointé du doigt: «La grande différence avec ce qu’on a pu connaître par le passé, c’est qu’aujourd’hui, la hausse n’est pas due à une décision gouvernementale, mais à des conditions géopolitiques», a-t-il affirmé.

Concrètement, Emmanuel Macron est aujourd’hui sur deux fronts périlleux. Le premier est celui de la situation au Moyen-Orient, qu’il a déjà évoquée ces derniers jours à la tribune des Nations unies à New York. Il avait alors redit la disponibilité de la France pour une action militaire, si une résolution de l’ONU est votée.

Une coalition pour Ormuz?

«Au Moyen-Orient, nous avons mis sur pied une coalition indépendante et multinationale pour restaurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz», a-t-il asséné, en ajoutant que la circulation dans le détroit ne doit pas devenir un instrument de chantage, qu’elle relève du droit international et que la sécurité des navires comme des approvisionnements énergétiques doit être garantie. Son annonce de la mise à disposition de moyens militaires français en Arabie saoudite va donc plus loin. Avec les risques qu’une telle opération peut revêtir face aux miliciens houthis du Yémen, qui occupent désormais plusieurs îles stratégiques dans le détroit de Bab el-Mandeb. Sans compter le soutien que leur apportent certaines milices chiites d’Irak, capables de tirer sur des installations saoudiennes.

Le second front est celui de la guerre hybride que mène la Russie, à la veille d’un hiver qui s’annonce très rude pour l’Ukraine et aussi pour l’Europe, en raison de ses besoins énergétiques et de la flambée du coût des hydrocarbures. Côté médiation, le président français a proposé de nouveau un «double moratoire» aux Russes et aux Ukrainiens: «Vous arrêtez les attaques sur les infrastructures énergétiques et vous arrêtez les attaques en mer Noire.»

Poutine, le refus

Mais quelles chances d’y parvenir avec Vladimir Poutine, dont il a réaffirmé les intentions belliqueuses: «Sur les mots, je ne cherche pas l’escalade. Mais ce que je peux vous dire, c’est que la Russie multiplie les actes hostiles et criminels», a-t-il ajouté. Le 18 septembre, le chef de l’État avait réuni les chefs de parti et les candidats à la présidentielle pour les informer de la dégradation sécuritaire engendrée par les envois de drones et les cyberattaques attribués à la Russie.

L’équation Donald Trump

Juste avant l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron avait rencontré Donald Trump à son domicile de la Trump Tower. Il avait alors précisé l’objectif: trouver des solutions permettant, même sans accord politique global avec l’Iran, de «faire passer davantage de porte-conteneurs et de tankers» par Ormuz. D’où sa proposition d’une résolution du Conseil de sécurité garantissant la liberté de navigation. Celle-ci étant restée lettre morte, le voici contraint d’aller plus loin pour donner aux Français le sentiment qu’ils sont défendus face aux crises mondiales.

Puisque la France participe déjà à l’opération navale européenne Aspides en mer Rouge et dispose de bâtiments susceptibles d’escorter les navires entre Suez et Bab el-Mandeb, l’option militaire est possible contre les Houthis. Mais avec quelles chances de succès alors que Donald Trump est en pleine campagne électorale pour les élections de mi-mandat et que sa priorité n’est pas de faire baisser les prix du pétrole? Même si le président chinois Xi Jinping, en visite aux Etats-Unis, aimerait lui aussi une accalmie dans le Golfe persique.

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