«Ça va très bien et toi?»
L'IA se met au service des malades d'Alzheimer

Une maison de retraite dans le sud-ouest de la France teste Livana, une IA capable de dialoguer avec des patients atteints d'Alzheimer. L'outil, personnalisé par les familles, apaise et stimule la mémoire des résidents.
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Une patiente atteinte de la maladie d'Alzheimer à Septfonds le 17 septembre 2026
Photo: AFP

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Dans une maison de retraite du Tarn-et-Garonne, une IA nommée Livana est testée auprès de sept résidents atteints de la maladie d'Alzheimer. Cet outil aide à calmer les patients et à stimuler leur mémoire à travers des conversations personnalisées et sécurisées.
  • En France, environ 1,4 million de personnes souffrent d'Alzheimer. Livana et d'autres robots comme Miroki ou Paro sont utilisés pour réduire l'agitation et stimuler les fonctions cognitives, sans remplacer les interactions humaines.
  • Le Broca Living Lab, à Paris, explore aussi l'usage de robots dans l'accompagnement des personnes âgées. Ces technologies, adaptées à chaque patient, peuvent apaiser ou stimuler, mais leur rôle reste complémentaire à celui des soignants.
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AFP Agence France-Presse

Confortablement assise dans le fauteuil de sa chambre dans une maison de retraite médicalisée dans le sud-ouest de la France, Mme R., une patiente de 83 ans s'empare du téléphone qu'une aide-soignante lui tend. A l'autre bout du fil, la voix de son petit-fils, Bastien. Ou plutôt celle d'une intelligence artificielle qui l'incarne.

«Ça va très bien et toi?», répond la résidente, atteinte de la maladie d'Alzheimer. «J'ai payé mes impôts. On n'a plus rien à payer, et toi non plus!», dit-elle fièrement. Phrase qu'elle répète très souvent dans la journée, une obsession faisant partie des manifestations de sa maladie. Durant une dizaine de minutes, le dialogue se poursuit. Puis Mme R. se lasse et rend le combiné.

Le téléphone est équipé d'une IA baptisée Livana, testée depuis plusieurs semaines dans l'unité protégée pour personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, dans l'établissement de la Septfontoise dans le Tarn-et-Garonne (sud-ouest).

«Livana est à 100% personnalisée, préconfigurée en amont par la famille et la psychologue de l'établissement», explique son fondateur, Nicolas Raulin, qui en a eu l'idée après un diagnostic d'Alzheimer chez l'un de ses proches. La famille va renseigner l'IA sur des moments heureux de la vie du malade pour pouvoir alimenter une conversation grâce à une voix naturelle, loin des premières générations d'assistants vocaux. Aucune donnée audio n'est conservée.

Une solution au sous-effectif?

Selon l'association France-Alzheimer, en France environ 1,4 million de personnes sont touchées par cette maladie neurodégénérative qui impacte sévèrement la mémoire, les fonctions cognitives et l'autonomie. A la Septfontoise, sept malades d'Alzheimer sur les 29 de cet établissement expérimentent Livana. L'outil conversationnel permet de calmer les résidents dans des phases de grande agitation, sans médicaments. Il peut aussi être un relais pour faire patienter le malade quand le personnel est en sous-effectif.

Toutefois, Livana ne «remplacera jamais le professionnel», ajoute la directrice, Ghislaine Verines. La promesse d'une IA capable d'apaiser le malade et de stimuler ses fonctions cognitives est aussi explorée au Broca Living Lab, laboratoire de recherche appliquée de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). A sa tête, le Dr Maribel Pino étudie les réactions des personnes âgées en situation de handicap cognitif ou de perte d'autonomie face à des robots humanoïdes ou animaloïdes équipés d'une IA.

Ce jour-là, deux résidentes volontaires du service gériatrie de l'hôpital Broca participent à l'expérience. Face à Michèle (prénom modifié), en fauteuil roulant, Miroki, un robot humanoïde orange agite ses grandes oreilles. Son visage, qui apparaît sur un écran, évoque plus un personnage de dessin animé qu'un humain.

«Des mains trop longues!»

«Pouvez-vous me dire comment je pourrais être utile à l'hôpital?», l'interroge le robot. «Peut-être pour lire un livre à ceux qui ne peuvent pas», lui répond Michèle. A 72 ans, la résidente n'a aucune difficulté à dialoguer avec le robot, qui la relance et stimule sa mémoire. «Avec Miroki, on fait de la stimulation cognitive, c'est-à-dire qu'on propose des exercices pour rééduquer la mémoire, l'attention, le langage, en fait l'ensemble des fonctions intellectuelles», explique Léa Vecchioni, psychologue et ingénieure de recherche au Broca Living Lab.

En revanche, Ginette (prénom modifié), 99 ans, fait la moue en découvrant la créature orange. «Il a des mains trop longues!». Fermée à toute communication avec Miroki, Ginette accepte de prendre Paro sur ses genoux. Paro est un bébé phoque thérapeutique doté d'une IA avec des capteurs qui adaptent ses mouvements et vocalisations au comportement de la personne.

«Ce n'est pas une substitution»

«Le rôle de Paro est différent», explique à l'AFP Léa Vecchioni. «Il va permettre de calmer, de susciter la parole», tout comme les robots chien et chat présents dans le labo. «Le fait que ce soit des animaux permet aussi parfois de faire remonter des souvenirs», mais, poursuit la psychologue, «ce n'est pas une substitution à l'interaction humaine, c'est toujours le thérapeute qui mène la séance». Bluffées par l'évolution de l'IA, les deux chercheuses veulent aussi prendre leurs distances avec des usages qui pourraient dépasser la sphère médicale.

«Avec la pénurie de soignants dans le domaine du vieillissement, on parle beaucoup de robotique sociale et d'assistance», remarque Maribel Pino, qui assure qu'à terme les robots pourraient accomplir couramment, à l'hôpital, des tâches simples comme débarrasser un plateau-repas ou ramasser un objet tombé. Mais «nous devons toujours bien cadrer son usage et définir précisément ce que les robots peuvent faire. L'IA ne remplacera jamais les liens entre les humains».

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