Gaz lacrymogène et cycle menstruel
«Depuis la manif, j'ai des saignements hémorragiques»

En France, des centaines de femmes ont témoigné d'impacts douloureux ou inhabituels sur leur cycle menstruel, après avoir respiré du gaz lacrymogène durant les manifestations. Un collectif dénonce un danger potentiel très peu étudié.
Lors des manifestations, en France, des internautes décrivent un impact du gaz lacrymogène sur leur cycle menstruel.
Photo: IMAGO/Le Pictorium
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

«Je prends la pilule et je ne peux pas avoir mes règles, partage une internaute sur Instagram. Le lendemain de la manifestation, mes règles se sont déclenchées, et j'ai eu encore plus de douleurs que d'habitude». Depuis le début des manifestations qui secouent la France en ce mois d'octobre, des centaines de femmes relatent des expériences similaires: après avoir respiré du gaz lacrymogène, elles ont constaté, à leur plus grand désarroi, un dérèglement de leur cycle, des saignements inattendus, ainsi que des crampes utérines ou une aggravation de leurs symptomes d'endométriose.

Ces nombreux témoignages ont été recensés par le collectif Lacrymos de sang, qui avait déjà compté 750 témoignages le 17 octobre, selon la journaliste Eva-Luna Tholance, créatrice du collectif. Un flyer est désormais distribué durant les manifestations, afin de sensibiliser les femmes à ce danger potentiel.

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Car les effets semblent particulièrement intenses, dans certains cas. Relayée par le journal «Libération», une personne décrit carrément des «règles hémorragiques» l'ayant contrainte à se procurer «des couches pour adulte». Une autre femme, enceinte de 13 semaines, raconte avoir ressenti des «douleurs violentes», suivie par une baisse notable dans les mouvements de son bébé: «Ayant déjà eu deux enfants, c'était clairement des contractions, écrit-elle. J'ai filé aux urgences maternité, et Dieu merci, tout va bien».

«Un danger dont personne ne parle»

Plusieurs de ces récits proviennent de femmes n'ayant pas manifesté et n'ayant donc pas été gazées directement: certaines ont juste senti des picotements au niveau des yeux après avoir été contraintes de passer par des rues encore pleines de gaz. Mais cela s'est quand même avéré suffisant, selon elles, pour impacter leur cycle menstruel.

D'après le collectif Lacrymos de sang, il s'agit d'un «danger dont personne ne parle». Et il est vrai que la question semble très peu étudiées: aucun des médecins contactés par Blick ne se sentait suffisamment instruit en la matière pour s'exprimer à ce sujet. Il existe toutefois une étude, publiée en 2023 dans la revue «Frontiers in Epidemiology», qui ébauche la possibilité d'un lien entre le gaz lacrymogène et la santé gynécologique des femmes. Or, le lien de cause à effet n'a pas pu être établi avec certitude par ces travaux.

C'est également sur cette recherche, l'une des seules ayant été menées, que se base le collectif Lacrymos de sang: parmi les 1300 participantes à l'étude, 69% ont fait état de crampes utérines, 55% ont décrit des saignements avant la date habituelle de leurs règles et 19% ont observé un retard de leurs règles.

L'utérus se gonflerait, au contact du cyanure

En 2019, en pleine tourmente des Gilets jaunes, «Libération» avait interrogé le docteur en microbiologie Alexander Samuel. Celui-ci avait alors discuté avec des dizaines de femmes ayant participé aux manifestations, et qui décrivaient les mêmes effets sur leurs cycles. Alerté, l'expert avait alors rédigé un immense dossier consacré aux «effets toxiques à plus ou moins long terme» du gaz lacrymogène. Et on y trouve un début d'explication, quant aux désagréments et douleurs que rapportent toutes ces femmes.

Il semble en effet que le Gaz CS, le plus couramment utilisé par la police, se modifie lorsqu'il pénètre dans l'organisme humain et produit des traces de cyanure. Résultat: même à des concentrations minimes, ce composé peut endiguer la capacité des cellules à utiliser l'ocygène. En réaction, l'utérus pourrait se gonfler de manière préventive, pour se protéger, et provoquerait donc tous les symptômes que décrivent les femmes concernées. On manque toutefois de recul et de recherches scientifiques pour vérifier si cette hypothèse est correcte.

Et c'est exactement cela qu'espère le collectif fondé par Eva-Luna Tholance: que le problème soit suffisamment étudié pour être compris et pris au sérieux, afin de protéger la santé des femmes.

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