Cette affaire est entrée dans l'intimité de nombreuses familles françaises. Tout est parti, à la mi-décembre 2020, par un appel téléphonique de Cédric Jubillar (33 ans), un habitant de Cagnac-les-Mines, dans le Tarn, à la gendarmerie locale. Ce jour-là, alors que les vacances de Noël approchent, l'homme apparaît désespéré.
Sa femme, Delphine (33 ans), n'est pas rentrée. Leurs deux enfants, alors âgés de six ans et de 18 mois, dorment dans la maison familiale inachevée, aux murs de parpaings et de briques rouges. Les recherches sont déclenchées à l'aube. Delphine ne sera jamais retrouvée. Et pour cause: six ans après les faits, son mari vient d'avouer qu'il l'avait tuée avant de faire disparaître son corps.
Enchaînement tragique
Six ans! Et pourtant, partout en France, beaucoup se souviennent de cet enchaînement de faits tragiques. Lorsque la nouvelle des aveux a été annoncée par le journal régional «La Dépêche», ce lundi 6 juillet, le site de ce quotidien a explosé. Les chaînes d'information en continu ont interrompu leurs programmes pour passer en édition spéciale. A 13 heures, à Toulouse, la conférence de presse des avocats du meurtrier (il a été condamné à 30 ans de prison le 17 octobre 2025, avant de faire appel de ce verdict) a même attiré des journalistes étrangers, descendus à la hâte depuis Paris vers la grande métropole d'Occitanie.
Explication: l'histoire terriblement banale et symbolique de ce fait divers qui parle à tout le monde. Un couple de la petite classe moyenne de province. Une jeune femme délaissée par un mari jaloux, dont elle déplorait le manque d'initiative. Une relation extraconjugale qui rend fou un époux possessif. Une dispute qui se termine en féminicide. Et, en bout de course, une opinion publique divisée. Jusqu'à la lettre dévoilée ce lundi par les défenseurs de Cédric Jubillar...
Drame passionnel? Non, féminicide
Dans ce courrier, que ses nouveaux avocats reconnaissent avoir suscité au fil de leurs échanges avec le prisonnier depuis plusieurs mois, ce dernier dit l'horreur. Oui, il a tué sa femme. Un drame «passionnel», pour reprendre la terminologie longtemps en vigueur. Mais, sur tout le reste, les faits vont devoir être réexaminés. Le père meurtrier affirme qu'il veut revoir ses enfants, placés chez la sœur de sa femme défunte. Il affirme avoir subi une «torture mentale» lors de son isolement prolongé en cellule. Mais beaucoup d'autres, notamment ceux qui ont suivi l'affaire et le procès en première instance, en septembre 2025 – journalistes, experts, policiers, membres du public... – font d'autres calculs. Celui qui affirme désormais avoir tué son épouse pourrait espérer, avec un nouveau procès, une peine réduite à 25 ans, voire à 20 ans de prison.
Prenez en compte les cinq années déjà passées en détention provisoire depuis son arrestation en juin 2021, et il pourrait être libre vers l'âge de 50 ans, avec la possibilité de refaire sa vie. «Ce revirement spectaculaire intervient à deux mois de son procès en appel, qui devait se tenir à Toulouse, après avoir été condamné à l'automne 2025 à 30 ans de réclusion criminelle», note le quotidien conservateur français «Le Figaro». «La suite de la procédure dépendra désormais de sa sincérité.»
Bientôt le procès en appel
Et quid, justement, du procès en appel? Les avocats de Cédric Jubillar ont planté le décor face à la presse. Pour eux, c'est dans le cadre d'une «énième dispute conjugale» que les choses ont mal tourné. Cédric Jubillar aurait ensuite «déplacé le corps» afin de protéger ses enfants de la vision «du corps inanimé de leur mère». Mais ce n'est pas tout. Les défenseurs pilonnent «une enquête bâclée», «la pression des enquêteurs et des magistrats, l'isolement et les médicaments».
«Si le travail avait été fait sérieusement, au bout de 48 heures, toutes les informations auraient été recueillies et le corps de Delphine aurait été retrouvé», ont-ils expliqué au micro de la chaîne LCI. De quoi faire hurler les femmes qui, elles, ont en tête le calvaire de Delphine Jubillar et l'horreur du féminicide. «Tout va se jouer avec les futurs jurés du procès en appel, reconnaît un magistrat. S'ils sont sensibles aux arguments du mari, qui pourra mettre en scène sa dispute conjugale sans possibilité de corroborer les faits, l'affaire peut prendre un tour très différent.»
«Cette fois-ci, tout est fini», avait explosé, en larmes, la mère de Delphine Jubillar le jour du premier jugement, le 17 octobre 2025. Erreur. Aujourd'hui, avec les aveux surprise de celui dont sa fille voulait divorcer, tout recommence.