A-t-il écrit son livre?
A cause de cet auteur, l'IA bouleverse l'édition française

Il était favori pour plusieurs prix littéraires prestigieux en France. Le voici désormais accusé d'être le cheval de Troie de l'intelligence artificielle dans le monde de l'édition. Thélyson Orélien est l'homme par qui le scandale littéraire arrive à Paris.
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Thélyson Orélien est un auteur canado-haïtien dont le dernier roman «C'était ça ou mourir» était annonçé comme le phénomène de la rentrée littérraire en France.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Une révolution. Une angoisse. Une polémique. Ces trois mots résument le tsunami qui menace le monde de l’édition en France, au sujet de l’utilisation ou non de l’intelligence artificielle (IA) dans ce secteur déjà en crise, en raison des difficultés de nombreuses librairies.

Tout le monde, en France, s’attendait à ce que l’IA bouleverse l’économie de l’édition, comme elle le fait pour les médias, ce que le groupe Ringier – éditeur de Blick – évoque régulièrement. Mais cette fois, c’est d’un auteur que vient la controverse. Thélyson Orélien, 38 ans, est un romancier canado-haïtien que sa maison d’édition française, Grasset (partenaire dans ce cas des éditions du Boréal), voyait déjà rafler plusieurs prestigieux prix littéraires en cette rentrée 2026.

Tricherie intellectuelle

Or, son nom est désormais associé à une possible «tricherie» intellectuelle de grande envergure. L’auteur aurait massivement utilisé l’intelligence artificielle pour écrire son dernier roman «C’était ça ou mourir». Son imagination aurait donc recouru à un artifice technologique. Une sorte de «dopage» numérique. Ce qu’il réfute, même si d’autres accusations antérieures de plagiat sont ressorties à la lumière de cette affaire au Canada, le pays où il a grandi et publié ses premiers livres.

Thélyson Orélien est-il, ou pas, un auteur comme les autres? Peut-on juger une œuvre sur la base d’une «vérification» par un logiciel supposé débusquer les textes écrits avec l’aide de l’IA? Ces deux points seront très difficiles à trancher et la romancière Virginie Despentes a donné sur le sujet un avis clair: la liberté de création existe, point. Les auteurs n’ont à rendre de comptes qu’à leurs lecteurs. Ils vivent dans un monde dominé par la technologie, donc…

Polémique dans l’édition

Les questions posées par cette polémique portent aussi sur l’état du monde de l’édition française. L’éditeur de l’auteur incriminé, Grasset, est une des plus belles marques littéraires, aux côtés de Gallimard, du Seuil ou d’Albin Michel. Mais cet éditeur est sous pression depuis son acquisition par le milliardaire Vincent Bolloré, considéré comme un soutien de la droite catholique la plus radicale. L’affaire est devenue publique avec le licenciement par ce dernier, à la mi-avril, de son PDG Olivier Nora, l’un des gourous du monde intellectuel français. Depuis, Grasset est en plein doute. Cette maison va-t-elle devenir un nouveau bastion pour les auteurs conservateurs, voire réactionnaires? Et quid de l’héritage éditorial d’Olivier Nora, qui avait recruté Thélyson Orélien? Cet écrivain, persiflent certains, a-t-il profité d’une indulgence discutable?

La pratique de la dénonciation littéraire est aussi très contestable. L’accusation contre l’auteur est partie d’un compte anonyme sur X: «Balance ton Claude». Sa charge s’appuie principalement sur Pangram, un logiciel de détection de textes générés par intelligence artificielle. Alors? Quelle parole doit être crue? Celle de la machine, alors que les révélations se multiplient sur les débordements et les erreurs de l’IA? Ou celle de l’auteur, dont le livre s’est déjà vendu à plus de 35'000 exemplaires, qui explique ses répétitions, ses images et ses rythmes par les traditions littéraires haïtiennes et caribéennes?

Géants de la Tech

Le point le plus intéressant est que des éditeurs indépendants ont entrepris, simultanément, de s’en prendre à l’IA et aux géants de la Tech. Un collectif d’éditeurs veut mener une action collective en justice contre les firmes d’intelligence artificielle qui ont pillé, pour alimenter leurs moteurs, des dizaines de milliers de livres sans reverser le moindre droit d’auteur.

Cette action, si elle voit le jour, pourrait conduire à un procès en France similaire à celui qui a abouti à la condamnation aux Etats-Unis du géant Anthropic. Ce dernier a décidé de négocier un accord historique de 1,5 milliard de dollars pour mettre fin à une action collective intentée par un groupe d’auteurs, qui l’accusaient d’avoir utilisé abusivement leurs livres afin d’entraîner Claude, son chatbot d’intelligence artificielle. Accord définitivement approuvé en juillet par une juge fédérale. Il s’agit de l’accord le plus important jamais conclu aux Etats-Unis dans une affaire de droits d’auteur. Mais certains éditeurs veulent repartir à l’attaque, jugeant ces dommages et intérêts insuffisants au regard de l’ampleur du pillage intellectuel.

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