Arlette Chabot, grande voix du journalisme politique
«Le second mandat de Macron a tout gâché»

Dix ans après l’élection d’Emmanuel Macron, Arlette Chabot dresse un bilan sans concession: un «nouveau monde» politique qui n’a pas vu le jour, laissant place à des extrêmes de plus en plus influents.
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Le 24 avril 2022, Emmanuel Macron est réélu président pour un second mandat.
Photo: IMAGO/Le Pictorium

En bref

  • La journaliste française Arlette Chabot analyse l’évolution des campagnes présidentielles, marquées par une radicalité croissante, et sur la possibilité pour le Rassemblement national d'accéder au pouvoir.
  • Elle souligne les défis auxquels la France est confrontée, notamment la montée de la radicalité, l'absence de candidats consensuels et les tensions sociales, exacerbées par les émeutes du 17 octobre 2026. .
  • Elle évoque les échecs de la présidence d'Emmanuel Macron à créer un «nouveau monde» politique, alors que Marine Le Pen (en tête avec 36-38% d'intentions de vote au premier tour) et Jean-Luc Mélenchon ( 16,5%) domine la campagne présidentielle, sur fond de promesses non tenues et d'une perception d'impuissance de l'État.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick
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Une grande voix du journalisme politique français: l'expression n'est pas exagérée. Arlette Chabot a commenté sans discontinuer, ces dernières décennies, l'actualité du sommet de l'Etat en France. Présidents, Premiers ministres, dirigeants de partis... celle qui continue d'officier sur la chaîne d'information LCI les a tous côtoyés. La recevoir au micro de notre podcast Républick, en pleine crise sociale et lycéenne française, apporte donc un éclairage à la fois unique et distancié.

Point focal de notre échange pour le podcast de Blick qui, chaque semaine, s'efforce de raconter la France avec une distance helvétique: la campagne présidentielle, mais aussi le bilan de dix ans de «macronisme», à l'heure où les héritiers politiques de l'actuel président se déchirent, ouvrant la voie à un possible second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Extraits d'un entretien passionnant à retrouver en intégralité en version audio sur notre site et sur toutes les plateformes de podcasts.

Arlette Chabot, tous les téléspectateurs suisses romands vous connaissent. Vous racontez depuis longtemps les arcanes de la politique française. En 2026, quel est votre état d'esprit? Passionnée, découragée, inquiète?

Inquiète en raison du climat politique en France. Je pense que les campagnes sont de plus en plus dures, les affrontements de plus en plus… je ne vais pas dire violents mais il y a beaucoup de polémiques, de batailles, donc on est loin des élections présidentielles précédentes. Chaque élection, chaque campagne, est un peu plus violente que la précédente. C'est cette radicalité qui est inquiétante.

D'un côté, l'hypothèse d'une victoire du Rassemblement national est de plus en plus ancrée. Il est fini, le temps où les adversaires de la candidate du Rassemblement national disaient: «Si je suis qualifié au second tour, je suis élu, parce que je serai face au Front puis au Rassemblement national. Le Front républicain jouera.» Aujourd'hui, dans le camp desdits modérés, on ne voit pas qui pourrait être face à Marine Le Pen. Résultat: Jean-Luc Mélenchon est porté par ce climat. Le candidat de La France insoumise rêve de ce front contre front, de cette ambiance de barricades. Il faudra alors choisir son camp, répète-t-il.

Ce climat, c'est l'échec d'Emmanuel Macron?

C'est le résultat d'une usure. En 2017 déjà, les partis de gouvernement étaient en mauvaise posture. Le Parti socialiste d'un côté et la droite républicaine en face étaient épuisés. Emmanuel Macron a donc été élu sur ces décombres, les échecs de ce système basé sur cette alternance. Et puis il a suscité de l'espoir. Les Français ont fait un pari. Ils ont choisi Emmanuel Macron sans grande expérience politique. Il ne venait pas de nulle part. Il était nouveau. Il promettait qu'il offrirait autre chose, c'était, vous savez, le rêve d'un nouveau monde.

Sauf que nous avons oublié l'envers du décor en 2017. A l'époque – beaucoup l'ont oublié – nous étions quelques-uns à nous demander: qu'est-ce qui se passera s'il échoue, si ça ne marche pas? Où ira la France? Puis on a rangé sous le tapis notre pessimisme. On se disait: franchement, il est brillant, il est intelligent et il va sans doute mettre sur la table, comme il le proposait, une nouvelle offre politique.

Ce qui n'a pas marché....

En effet: on est quand même devant un échec, on peut le dire comme ça. En tout cas, il n'a rien créé de nouveau. Il n'y a pas de nouveau monde politique et il y a l'affrontement entre les deux extrêmes. Macron s'est formidablement sorti de la crise des «gilets jaunes», d'abord parce qu'il avait inventé ce qu'il aime beaucoup, le grand débat. On a découvert un président qui savait tout sur tout, capable de répondre à n'importe quelle question.

Et là, on s'est dit: comment il peut savoir tout ça? Il a été extrêmement brillant. Son autre réponse a consisté à mettre de l'argent sur la table. 17 milliards pour calmer cette crise. Ce qu'on a en revanche oublié trop vite, c'est la colère. Les «gilets jaunes», ce fut un choc très, très, très fort pour les Français. Il y a eu aussi des attaques dans une préfecture qui avaient beaucoup marqué les esprits. On s'est retrouvé avec un président de la République un peu obligé de fuir très vite pour éviter d'être pris dans des violences.

Cette pente des «gilets jaunes» n'a jamais été remontée?

Si, Macron s'en est sorti. Le bilan de son premier mandat, avec notamment une baisse du chômage, qui était quand même un souci majeur des Français depuis des dizaines d'années, est plutôt honorable. C'est par la suite que tout a déraillé, avec son second mandat. En 2022, Emmanuel Macron, président sortant, ne fait pas campagne. Il est concentré sur la situation internationale avec la guerre en Ukraine. Il a la quasi-certitude qu'il sera au second tour face à Marine Le Pen et qu'une deuxième fois, il pourra gagner cette élection et ainsi devenir, ça, c'était historique, président réélu hors cohabitation. Mieux que François Mitterrand et Jacques Chirac!

C'est là que quelque chose s'est cassé d'abord, parce que les Français n'ont sans doute pas apprécié d'être privés de campagne présidentielle. C'est le moment le plus important dans la vie de notre pays. Puis le train présidentiel a déraillé, évidemment, jusqu'à la dissolution. C'était une sorte de pari fou d'un président qui pensait qu'il était invincible et que de toute façon, il l'emporterait. On connaît la suite… Le Pen, Mélenchon et les autres...

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