Nouvelles manifs déja prévues
Après les émeutes, 5 incendies français à éteindre d'urgence

Comment la France va-t-elle pouvoir se relever de ce week-end d'émeutes et de pillages, sur fond de colère sociale massive? 5 incendies doivent être éteints d'urgence. Des couvre-feux sont envisagés.
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Le spectacle des incendies dans plusieurs villes fait planer le spectre d'un chaos français.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • Les émeutes des 17 et 18 octobre 2026 en France ont déclenché cinq grands dossiers : réponse politique, réparations économiques, poursuites judiciaires, réorganisation policière et clarification des responsabilités au sommet de l'État.
  • Les dommages matériels incluent des pillages et incendies, avec des commerçants et entreprises confrontés à des pertes d’exploitation. Le gouvernement promet des aides publiques et des indemnisations rapides, tandis que le coût total des violences reste encore à évaluer
  • Sur le plan judiciaire, des comparutions immédiates sont prévues pour certains délits, tandis que la police enquête sur les responsabilités individuelles et les possibles organisations collectives de violences. En parallèle, une réorganisation des forces de l'ordre et des couvre-feux localisés sont envisagés
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Emmanuel Macron est parti au Moyen-Orient pour discuter de l'approvisionnement de son pays en pétrole et en gaz avec les dirigeants du Koweït et du Qatar. Le président français, qui rentrera seulement dans la nuit de mardi, s'est donc donné deux jours avant l'éventuelle instauration de l'état d'urgence, qui suspendrait toute forme de manifestation durant douze jours, avec possibilité d'être prolongé par le Parlement. Pour l'heure, cette option est rejetée. L'idée est plutôt de prononcer des interdictions ciblées afin d'empêcher que la cocotte-minute française continue de bouillir. Les pillages se sont poursuivis dimanche à Paris. Les réseaux sociaux sont remplis d'images des casseurs. Ce n'est pas un incendie, mais plusieurs, qu'il est urgent d'éteindre.

L'incendie sécuritaire

Personne ne comprend, ou presque. Comment est-il possible que la police, qui dispose de 250'000 agents en France, se soit retrouvée samedi 17 octobre débordée par quelques milliers de casseurs, immédiatement suivis par des pillards? Plusieurs théories sont avancées pour expliquer l'afflux massif de jeunes prêts à en découdre, souvent venus des quartiers difficiles. Y avait-il, parmi eux, des meneurs issus de l'ultragauche européenne? Les premières comparutions immédiates vont permettre d'en savoir plus. Un Suisse serait parmi les casseurs interpellés à Paris. Reste la question des consignes données aux forces de maintien de l'ordre. A Paris, à Lyon, à Marseille, «rien n'a fonctionné». Les syndicats de policiers sont désormais vent debout contre leur hiérarchie. Le Rassemblement national (RN, extrême droite), très implanté dans la police, souffle sur les braises.

L'incendie économique

Un chiffre circule déjà: plus d'un milliard de dégâts aux commerces privés et aux institutions publiques en deux journées d'émeutes. Et cela, sans inclure l'incendie de la mairie de Limoges et celui de l'Office du tourisme de Lyon. L'urgence est d'aider les entrepreneurs dont la survie est menacée, dans une France qui connaît un record de faillites, avec 72'000 défaillances d'entreprises ces douze derniers mois. Le gouvernement a promis de venir en soutien des assurances. Les principaux dossiers seront les suivants: évaluation des dommages matériels, des marchandises volées et des pertes d'exploitation; déclarations de sinistre et vérification des garanties des contrats d'assurance; détermination des franchises, exclusions et délais d'indemnisation.

L'incendie social

Un nouveau mot d'ordre de mobilisation générale contre la «vie chère», similaire à celui du 17 octobre, a été lancé pour le 24 octobre. Si le gouvernement ne décrète pas d'ici là l'état d'urgence (mis en place pour la dernière fois le 13 novembre 2015), une foule descendra de nouveau dans les rues des grandes villes, car l'on voit mal ce feu social s'éteindre sans que les autorités lâchent du lest. Mais lâcher quoi? On connaît les revendications des lycéens qui réclament un meilleur entretien de leurs établissements et une remise en cause de Parcoursup, le logiciel d'accès à l'enseignement supérieur. Difficile, en revanche, de faire le tri entre les demandes des 500'000 manifestants de ce samedi. La crise des Gilets jaunes de l'hiver 2018-2019, pour mémoire, avait entraîné le déblocage de 17 milliards d'euros d'aides diverses.

L'incendie étatique

La machine étatique française n'a plus fonctionné ce week-end. Et elle est durement touchée par ces émeutes. Il faut lui redonner confiance. Comment? Le maire de Limoges a proposé une solution: multiplier les chantiers sur le mode «Notre-Dame», à savoir des chantiers pilotes avec calendrier serré et équipe dédiée, capables de s'affranchir des normes en vigueur. Il faut aussi savoir ce que le gouvernement va faire en termes de maintien de l'ordre. Des couvre-feux localisés? Possible, mais pas simple à coordonner. Une instauration de l'état d'urgence qui se retournerait à coup sûr contre Emmanuel Macron, déjà accusé par des adversaires d'être liberticide. L'Etat français prend l'eau. Aux incendies s'ajoute un naufrage administratif qu'il faut empêcher.

L'incendie politique

C'est celui qui décidera de tout le reste. Pour l'heure, Emmanuel Macron a choisi de tenir sans rien lâcher immédiatement. Il a donné des consignes à ses ministres. Il mise sur le premier d'entre eux, Sébastien Lecornu. Lequel centre tous ses propos autour du retour de l'ordre. L'incendie politique concerne aussi La France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, accusé, avec ses alliés d'ultragauche, de semer le désordre et de miser sur une forme de guerre civile larvée, en lien avec l'ultragauche. Le chef de l'Etat français a refusé la démission de son ministre de l'Intérieur. Il est sous la pression du RN, qui caracole en tête des sondages. Peut-il encore, avec moins de 20 % de popularité, jouer les pompiers?

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