Paris veut voir la France gagner. Mais Paris a peur des conséquences si les Bleus l'emportent sur le Maroc ce jeudi 9 juillet, à Boston, aux Etats-Unis, mais également en cas de défaite. La raison? La très fâcheuse habitude des supporters de football de tout casser dans la capitale française ou, en tout cas, de s'en prendre avec violence aux bâtiments publics et aux vitrines des magasins. Plus problématique encore, selon les forces de police mobilisées en masse: l'identité de l'adversaire du onze français. Le Maroc est soutenu par une communauté immigrée et franco-marocaine estimée à 1,7 million de personnes dans le pays. De quoi remplir les rues de Paris et des grandes métropoles d'une marée humaine, quel que soit le score final.
La France redoute d'autant plus cet après-match, vers minuit (la rencontre démarrera à 22 heures), que le souvenir des émeutes et des violences survenues après la seconde victoire du Paris Saint-Germain en Coupe d'Europe est encore tout frais. Le 30 mai, après le second sacre du PSG, Paris a explosé. Les dégradations ont été importantes. Des magasins ont de nouveau été dévalisés. Au total, 890 personnes ont été interpellées. Pas étonnant, dans ces conditions, que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ait déclaré l'état d'alerte policier. Selon lui, une vague de violences ne peut être exclue dans les fan-zones, où sera retransmise la rencontre, ni dans les espaces publics des villes, y compris en région. Plus de 20'000 policiers et gendarmes seront déployés sur le territoire, dont environ 8000 à Paris, où les terrasses resteront ouvertes jusqu'à 2 heures du matin. Le centre de la capitale et le quartier de la Bastille seront piétonnisés.
Calendrier symbolique
Le calendrier est symbolique. Au moment où s'ouvrira ce quart de finale de l'autre côté de l'Atlantique, il restera peut-être quelques députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale pour conclure le débat sur le projet de loi Riposte, dans lequel figure une batterie de mesures concrètes contre les voyous, notamment dans le sport. Ce texte législatif a pour objectif de durcir les amendes et les autres peines infligées, le plus souvent dans le cadre de comparutions immédiates, quelques jours après les faits. Une précédente rencontre France-Maroc, en 2022, s'était soldée par 262 arrestations, dont 167 à Paris.
Pour accentuer la pression sur l'administration et les forces de l'ordre, le ministre de l'Intérieur a envoyé une circulaire à tous les préfets de France, appelant au «renforcement» des mesures destinées à prévenir les actes des casseurs, à assurer l'ordre public et à réprimer toute dérive. «Aucun débordement ne devra être toléré», a-t-il prévenu. En cas de victoire de la France, ce match pourrait constituer une répétition générale pour les demi-finales prévues les 14 et 15 juillet 2026, alors que les forces de sécurité seront déjà sous pression avec les traditionnels feux d'artifice de la fête nationale.
Note ministérielle
La note du 1er juillet, signée du ministre, est explicite: «Les demi-finales constituent un point d'attention, puisqu'elles se disputeront les 14 et 15 juillet 2026, période où les forces de sécurité intérieure seront fortement mobilisées dans le cadre des festivités de la fête nationale et de la commémoration de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice.» Il y a dix ans, la grande métropole azuréenne avait connu le pire attentat de son histoire sur la promenade des Anglais. Bilan: 86 personnes tuées et des centaines de blessés.
Comme l'Algérie, le Maroc inquiète en raison du poids de sa communauté en France, même si les relations avec Rabat sont au beau fixe sous la présidence Macron, alors qu'elles se sont détériorées avec Alger. Preuve de cette dégradation avec l'Algérie: un journaliste sportif, Christophe Gleize, est toujours détenu depuis son arrestation, le 29 juin 2025, pour avoir enquêté sur un club de Kabylie, dans une région considérée comme hostile au pouvoir algérien. Les supporters marocains commençaient, dans l'après-midi de ce jeudi 9 juillet, à débarquer dans les parcs parisiens avec leurs drapeaux rouges et verts. Deux jours après l'annonce de la candidature à l'Elysée de Marine Le Pen, du Rassemblement national, chantre de l'identité tricolore, les fractures françaises risquent de réémerger après le coup de sifflet final.