Testée en Suisse
La créateur de la capsule de suicide Sarco présente une nouvelle invention controversée

Après la capsule de suicide Sarco, des partisans de l'euthanasie veulent faire tester un collier de suicide en Suisse. En attendant, une procédure pénale est toujours en cours autour de l'utilisation de la capsule controversée.
Philip Nitschke a développé la capsule de suicide Sarco. Il présente le collier Kairos.
Photo: Imago

Philip Nitschke, un ancien médecin en Australie, dirige l'organisation d'euthanasie Exit International. Il s'est fait connaître avec sa controversée capsule Sarco, dans laquelle on peut s'allonger et bénéficier d'un suicide assisté. En septembre 2024, une Américaine l'avait testée pour la première fois dans une forêt de Schaffhouse. L'événement avait fait la une du «New York Times».

Philip Nitschke crée à nouveau la controverse avec son collier Kairos, nom du dieu grec du «moment idéal». Deux ballons gonflables exercent une pression ciblée, entraînant la perte de conscience, puis la mort. L'inventeur avait fait une démonstration du fonctionnement du collier sur un mannequin en plastique, lors d'un atelier aux Pays-Bas.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Une méthodologie venue des Etats-Unis

Cette invention verra-t-elle bientôt le jour? Philip Nitschke confirme que Kairos sera testé pour la première fois en Suisse. Il a l'intention de donner des détails supplémentaires lors d'une conférence de presse en février prochain. Il assure qu'une Néerlandaise s'est déjà dite intéressée.

Philip Nitschke, développeur de Sarco, s'allonge dans sa capsule de la mort.
Photo: AP

Philip Nitschke explique que le collier serait basé sur une méthode datant des années 1940. A l'époque, des médecins américains étudiaient les conséquences d'une interruption aiguë de l'irrigation du cerveau. Sauf que Philip Nitschke ne dispose pas d’une expertise médicale ou juridique permettant d’évaluer une éventuelle utilisation de cette méthode d’euthanasie en Suisse.

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Mais les choses bougent: récemment, une nouvelle personne a été inscrite au conseil d'administration de «The Last Resort», la branche suisse d'Exit International. L'association était restée inactive pendant environ un an, après le décès tragique en mai 2025 de l'unique membre du comité directeur, Florian Willet.

Un fan du do-it-yourself au conseil d'administration

Florian Willet était à l'époque le seul présent lors de la première utilisation de la capsule Sarco. Il a ensuite passé 70 jours en détention préventive pour suspicion d'homicide volontaire. Après sa libération, il a souffert de problèmes psychiques et s'est finalement suicidé avec l'aide de la filiale allemande de Dignitas.

Il avait 47 ans lors de son décès. Le parquet de Cologne enquête désormais sur des soupçons selon lesquels Florian Willet pourrait ne pas avoir pris cette décision de manière pleinement libre et responsable.

Marc Dusseiller a rejoint le conseil d'administration de The Last Resort.
Photo: Basil Stücheli

Le nouvel homme qui rejoint le CA de The Last Resort s'appelle Marc Dusseiller. Ce Suisse de 50 ans est impliqué dans le collier Kairos, nous confirme-t-il, bien que ce soit Philip Nitschke qui dirige le projet. Marc Dusseiller a fait l'objet d'une émission de la SRF il y a quelques années. Ce fan du do-it-yourself, aux cheveux longs et à la barbe, a obtenu un doctorat en sciences des matériaux et nanobiosciences à l'EPFZ. Mais travailler dans un laboratoire ne lui convenait pas; il souhaitait faire sortir la science des universités.

Raison pour laquelle Marc Dusseiller a fondé une plateforme en ligne qui vulgarise les connaissances en biotechnologie. On y trouve des instructions pour réaliser des expériences et construire des instruments de laboratoire, comme pour transformer une webcam en microscope.

Un collier à fabriquer soi-même

Marc Dusseiller précise que, pour le collier Kairos, The Last Resort fournit uniquement des informations sur sa fabrication et son utilisation, et ce gratuitement. Mais il y a des conditions: les personnes intéressées doivent avoir au moins 50 ans et être capables de prendre une décision librement. Des faits vérifiés grâce à un «assessment» (test d'aptitudes).

Le collier, que chacun peut fabriquer lui-même, est une alternative aux méthodes d'autres organisations d'euthanasie. «Le collier de Kairos n'est pas un produit médical et il n'est pas nécessaire de prendre des médicaments pour l'utiliser.» Il offre une «liberté absolue», soutient Philip Nitschke. On peut décider soi-même à tout moment lorsque l'on souhaite partir, sans autorités ou médecins. Les arguments de Philip Nitschke ressemblent à ceux utilisés pour la capsule de suicide Sarco.

En Suisse, nul ne peut recourir à l’euthanasie sans l’autorisation d’un médecin, lequel doit établir la capacité de discernement de la personne, attester de souffrances insupportables et prescrire le natrium pentobarbital, produit mortel couramment employé par les organisations suisses d’assistance au suicide par administration orale ou intraveineuse.

Avec la capsule Sarco et le collier de Kairos, les partisans de l'euthanasie entendent contourner ce «paternalisme médical», selon leurs propres termes. En principe, les personnes impliquées dans l’assistance au suicide ne sont punissables que si elles agissent par mobile égoïste, notamment lorsqu’elles exigent des frais excessifs pour leurs services. Le collier ne devrait ainsi être facturé qu’à hauteur de son coût de fabrication, soit quelques centaines de francs.

Objectif: faire pression sur le parquet

Depuis des années, Philipp Nitschke fait parler de lui. Il vend avec succès le livre «The Peaceful Pill», dans lequel il décrit en détail différentes méthodes de suicide. Parallèlement, il organise des ateliers, comme celui aux Pays-Bas où il a présenté le mode d'emploi pour construire le collier Kairos.

Il explique avoir développé ce collier par «grande colère» à l’égard du Ministère public de Schaffhouse, qu’il estime trop lent. Selon lui, ce collier vise à exercer une pression afin d’obtenir la clôture de la procédure pénale liée à l’utilisation de la capsule de suicide Sarco. La durée de cette procédure est également qualifiée d’«inexplicable et déconcertante» par son proche collaborateur Marc Dusseiller.

Depuis six mois, les personnes concernées n’auraient reçu aucune information du Ministère public. Même Florian Willet, décédé entre-temps, n’a pas fait l’objet d’une ordonnance de classement. De son côté, le Ministère public indique que la procédure d’enquête est toujours en cours et qu’il n’est pas encore possible d’en estimer la clôture.

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