Un accord historique
L'Espagne va indemniser les victimes d'agressions sexuelles dans l'Eglise

L'Espagne a conclu un accord inédit avec l'Eglise catholique pour indemniser les victimes d'abus sexuels. Plus de 200'000 mineurs seraient concernés depuis 1940, selon un rapport du Défenseur du peuple.
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L'accord, signé par le gouvernement et l'Eglise catholique, entend «réparer les victimes d'abus sexuelles».
Photo: keystone-sda.ch
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AFP Agence France-Presse

Le gouvernement et l'Eglise catholique ont signé jeudi en Espagne un accord pour «solder une dette historique» et indemniser les victimes d'abus sexuels commis par des religieux. Une décision qui intervient après des années de réticences et d'opacité de la hiérarchie ecclésiastique.

Cet accord, paraphé par le ministre de la Justice du gouvernement de gauche et la Conférence épiscopale espagnole (CEE), prévoit «la réparation intégrale des victimes d'abus sexuels survenus au sein de l'Eglise». Ces derniers ne peuvent pas saisir la justice, généralement en raison de la prescription du dossier, a indiqué le ministère dans un communiqué.

Une dette historique morale

Il permet de «solder une dette historique morale que nous avions envers les victimes d'abus», a déclaré lors d'une conférence de presse le ministre de la Justice Félix Bolaños: «Pendant des décennies, il y a eu du silence, il y a eu de la dissimulation, un préjudice moral souvent impossible à compenser.» Le ministre a précisé que les réparations seraient financées par l'Eglise, qui jusqu'à présent avait refusé de participer à un dispositif de ce type.

«Pour nous, (cet accord) constitue un pas de plus sur le chemin que nous parcourons déjà depuis des années», a affirmé de son côté le président de la CEE, Luis Argüello. Il évoque «une voie complémentaire» au mécanisme interne déjà mis en place par l'Eglise pour indemniser les personnes concernées.

Le Vatican a apporté «une impulsion nécessaire et indispensable pour parvenir à cet accord», a encore souligné Félix Bolaños. Ce dernier avait abordé ce sujet avec le pape François, décédé en avril 2025, et avec le secrétaire d'État du Vatican, Pietro Parolin.

Salué par les victimes

L'annonce a été saluée par des associations de victimes. Elles ont pendant des années critiqué l'inaction de l'Eglise dans ce pays de tradition catholique fortement ancrée.

«Notre appréciation est positive. Nous pensons que ça correspond à ce pour quoi nous avons lutté pendant de nombreuses années», a estimé auprès de l'AFP Juan Cuatrecasas, porte-parole de l'association Infancia Robada (Enfance volée). «Que l'Eglise, même sous la pression du Vatican, s'engage désormais à réparer, cela nous paraît très important», a-t-il ajouté.

Dans le nouveau système mis en place, qui doit entrer en vigueur dans un mois, la victime déposera plainte auprès du Défenseur du peuple (ombudsman), qui proposera une réparation pouvant être «économique, morale, psychologique, restauratrice ou même les quatre simultanément», a expliqué Félix Bolaños.

Si la victime ou l'Eglise n'acceptent pas cette proposition, elle sera examinée par une «commission mixte composée de l'Eglise, de l'État et des victimes», et si aucun accord n'est trouvé à ce stade, la proposition du Défenseur du peuple prévaudra, a ajouté le ministre.

Un engagement moral

La CEE a de son côté souligné dans un communiqué que l'accord ne reposait pas sur «une obligation juridique, mais sur l'engagement moral de l'Eglise». Elle s'est par ailleurs félicitée que le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez ait accepté que les réparations financières soient exonérées d'impôts, faute de quoi les victimes auraient dû verser jusqu'à 30 % de ce qu'elles recevront, selon Luis Argüello.

Enfin, la CEE a salué l'engagement de l'exécutif à «aborder la réparation intégrale des victimes d'abus dans tous les secteurs de la vie sociale». Une demande récurrente de l'Eglise qui a toujours souhaité que l'attention ne porte pas uniquement sur elle lorsqu'on évoque ces abus.

Plus de 200'000 mineurs concernés

A la demande du Parlement espagnol, le Défenseur du peuple avait estimé dans un rapport publié en 2023 que depuis 1940, plus de 200'000 mineurs pourraient avoir subi des abus sexuels de la part de religieux catholiques, chiffre qui atteindrait 400'000 si l'on comptait les abus commis par des laïcs dans des milieux religieux.

L'Eglise avait pour sa part commandé un audit à un cabinet d'avocats qui avait recensé au moins 2056 victimes. Mais la CEE, qui a contesté à la fois le rapport du Défenseur du peuple et l'audit de ce cabinet, a publié son propre rapport, faisant état de 1057 «cas enregistrés» dans ses différents diocèses, dont 358 «avérés» ou «vraisemblables».

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