Dimanche, en Mecklembourg-Poméranie occidentale, la CDU a vécu le pire scénario imaginable. D'après les premières estimations de l’ARD et de la ZDF peu après 18h, le parti du chancelier fédéral Friedrich Merz franchit la barre des 5% requis pour entrer au Landtag.
Mais peu après 22h, coup de théâtre: une fois l'ensemble des circonscriptions dépouillées, la CDU n’obtient finalement que 4,9% des voix et se retrouve ainsi exclu du parlement régional. C’est une première dans l’histoire de la République fédérale: jamais auparavant la CDU n’avait été absente d’un parlement régional allemand.
Dès 18h, Friedrich Merz s'est exprimé devant les caméras. Le fait qu'un chancelier fédéral intervienne aussi tôt, le soir de deux élections régionales, témoigne de la gravité de la situation. Le comité directeur fédéral de la CDU doit se réunir lundi, avant que le groupe parlementaire au Bundestag ne se retrouve mardi. Le chancelier semble vouloir couper court aux spéculations sur son avenir politique avant même qu’elles ne prennent de l’ampleur.
Un discours adressé avant tout à son propre parti
Pourtant, les propos qu’il tient ensuite sont étonnamment peu spectaculaires. «De la détermination, de la fermeté et de la patience», voilà, selon Friedrich Merz ce dont l’Allemagne a besoin actuellement. Et il entend faire preuve de ces trois qualités, «en tant que président de la CDU et surtout en tant que chancelier fédéral de notre pays». Il qualifie certes le résultat en Mecklembourg-Poméranie occidentale de «désastre», mais ne dit pas un mot de l'échec de la CDU à franchir la barre des 5%. Quant à un éventuel changement de cap politique, il n’en est pas question.
Ce soir-là, le chancelier ne s’adresse pas uniquement aux Allemands. Il s’adresse avant tout à son propre parti. Avant même que quiconque au sein de sa formation n'ait eu le temps de contester publiquement sa légitimité, Friedrich Merz affiche clairement ses intentions: «Je ne partirai pas.» Son «maintenant plus que jamais» se veut un message de fermeté. Mais cette prise de parole précipitée illustre surtout l’ampleur de la pression qui pèse désormais sur lui.
Il en va de sa survie politique
Car le Mecklembourg-Poméranie occidentale n’est pas simplement une élection régionale perdue de plus. La CDU n’y a pas seulement reculé. D’après les estimations, elle a carrément été éjectée du Landtag. En 2021, elle avait encore obtenu 13,3%. Si cette chute se confirmait, ce serait le pire résultat de la CDU à une élection régionale de toute l’histoire de la République fédérale. Les chrétiens-démocrates au fond du gouffre.
Au sommet, en revanche, des matches totalement différents se jouent. D’après les estimations, l’AfD devance de justesse le SPD et pourrait plus que doubler son score de 2021. La ministre-présidente Manuela Schwesig avait massivement rattrapé son retard dans la dernière ligne droite. Son SPD reste certes en deçà de son score de 2021, mais se rapproche de manière surprenante de l’AfD.
Et la CDU dans tout ça? Elle se retrouve reléguée au second plan. Merz explique que son parti a été «broyé» dans l’affrontement entre le SPD et l’AfD. Le constat est difficile à contester. Mais c’est précisément là que réside une partie du problème: le chancelier et président de la CDU ne parvient manifestement pas à faire de son propre parti l’un des deux pôles de cette confrontation.
Nouvelle défaite à Berlin
A Berlin aussi, la CDU essuie une nette défaite et perd d'emblée sa première place. Selon les projections, Die Linke, menée sa tête Elif Eralp, arrive largement en tête. La CDU, qui était jusqu'ici au pouvoir, rétrograde à la deuxième place, tandis que la majorité de la coalition noire-rouge disparaît elle aussi. Reste désormais à savoir qui dirigera la mairie de Berlin, la «Rote Rathaus».
Pour Merz, un constat s’impose: les résultats enregistrés en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et, deux semaines plus tôt, en Saxe-Anhalt, sont bien plus que de simples revers électoraux. Dans le nord-est, son parti lutte pour conserver sa représentation au parlement régional. Dans la capitale, il perd sa première place. Deux Länder aux réalités très différentes, deux campagnes électorales distinctes, mais un même résultat: à deux reprises, la CDU essuie une lourde défaite.
«Déterminé», oui mais jusqu'à quand?
Friedrich Merz réagit avec cette détermination devenue depuis longtemps sa marque de fabrique politique. Mais à force de détermination, le risque est de tomber dans l’entêtement.
Le chancelier mise sur le temps. Selon le calendrier électoral, aucune autre élection régionale n’est prévue avant avril 2027. Une nouvelle défaite à cette échéance pourrait fragiliser davantage la CDU. D’ici là, Friedrich Merz compte sur une amélioration de la situation économique et espère que les investissements de plusieurs milliards d'euros engagés par l'Etat fédéral finiront par être perçus positivement par la population. C’est précisément pour cela qu’il aura besoin de la «patience» qu’il appelait de ses vœux dimanche soir.
Cette intervention illustre la situation précaire dans laquelle se trouve le chancelier. A sa demande, les ministres-présidents de la CDU se sont réunis au siège du parti. Ils auraient pu monter sur scène à ses côtés et afficher leur unité. Mais le chancelier a choisi de se présenter seul devant les caméras.
Le message est on ne peut plus clair: «Je peux y arriver tout seul». Après ce revers électoral, cette démonstration de force peut toutefois être interprétée bien différemment.