En bref
- La police brésilienne a mené une opération jeudi 10 septembre 2026 contre des fraudes présumées liées au financement public du film «Dark Horse» sur Jair Bolsonaro. Cette action intervient en pleine campagne présidentielle, opposant Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro.
- Les enquêteurs soupçonnent des détournements de «dizaines de millions d'euros» à travers des subventions parlementaires. Des perquisitions ont visé la société de production Go Up Entertainment et le député Mario Frias, producteur exécutif du film.
- La police a exécuté 49 mandats, saisissant notamment 7 armes à feu chez Mario Frias. L'enquête explore des transferts suspects vers Eduardo Bolsonaro et des liens avec une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du Brésil.
La police brésilienne a mené jeudi une vaste opération pour détournement de fonds publics présumé visant la production d'un film sur l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro, en pleine campagne pour la présidentielle du 4 octobre. Principal challenger du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva candidat à sa réélection pour un quatrième mandat, Flavio Bolsonaro, le fils de l'ancien président, sont au coude à coude dans les sondages, augurant d'une bataille très serrée et d'un possible second tour le 25 octobre.
L'opération de police a braqué les projecteurs sur le camp bolsonariste, au moment où une crise au sein de la Cour suprême ébranle la campagne de Lula. Le député bolsonariste Mario Frias et la productrice Karina Gama font en effet partie des cibles de l'opération de police conduite jeudi, selon un arrêt de la Cour suprême consulté par l'AFP. Karina Gama est à la tête de la société Go Up Entertainment, productrice du film biographique «Dark Horse», consacré à l'ancien président et porté par l'acteur américain Jim Caviezel qui interprète le rôle de Jair Bolsonaro. Le député Frias est producteur exécutif du long métrage. Lors des perquisitions, les agents ont saisi sept armes à feu appartenant à ce parlementaire, selon une source policière.
Tous deux se sont vus interdire de quitter le pays, a indiqué à l'AFP une source de la Police fédérale (PF). L'opération a été déclenchée en raison de «soupçons de détournement de fonds publics provenant de subventions parlementaires (...) transférées à une organisation de la société civile», a affirmé la police dans un communiqué. Elle a évoqué des montants de «plusieurs centaines de millions de réais», soit des dizaines de millions d'euros. Les subventions parlementaires sont des fonds dont disposent les parlementaires pour financer des projets, notamment dans leurs fiefs électoraux. Au total, la police a exécuté 49 mandats de perquisition ou saisies dans plusieurs États, dont l'une visant la maison de production Go Up Entertainment.
«Tentative d'ingérence politique»
Le fils Bolsonaro a dénoncé une «tentative d'ingérence politique» et Mario Frias a proclamé son innocence, condamnant un «écran de fumée». Le juge de la Cour suprême qui a autorisé l'opération est Flávio Dino, ancien ministre de la Justice de Lula. Le film «Dark Horse» est dans le collimateur après que Flávio Bolsonaro a reconnu en mai avoir demandé des virements de plusieurs millions au banquier Daniel Vorcaro – aujourd'hui incarcéré – pour, soi-disant, payer le film. La police cherche à savoir si ces fonds ont en réalité été utilisés pour financer un autre fils de Bolsonaro, Eduardo, installé aux Etats-Unis et condamné au Brésil pour subornation de la justice. L'opération de ce jeudi se déroule en parallèle de cette autre enquête. Les enquêteurs cherchent à déterminer si des ressources liées à des contrats publics avec l'institut Conhecer Brasil, présidée également par Karina Gama, ont pu être reversées à la production du film.
La productrice «a été identifiée comme bénéficiaire de ressources financières provenant d'entreprises liées au noyau faisant l'objet de l'enquête, révélant une possible intégration (...) avec les entités bénéficiaires des subventions parlementaires», stipule l'arrêt. Daniel Vorcaro est soupçonné d'être impliqué dans une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du Brésil. Ses relations dans la classe politique et la magistrature ont déclenché une crise inédite au sein de la plus haute instance juridique brésilienne, qui tombe au plus mal pour le camp Lula.
Ancien ministre de Jair Bolsonaro, le juge André Mendonça a demandé l'ouverture d'une enquête sur des messages du banquier envoyés à un numéro attribué à son collègue Alexandre de Moraes, dans lesquels il sollicitait de l'aide pour échapper à l'enquête qui a ensuite conduit à son arrestation et à la liquidation de sa banque Master. Or, Moraes a présidé en 2025 le procès qui a envoyé Jair Bolsonaro en prison pour tentative de coup d'Etat. Selon une source gouvernementale s'exprimant sous couvert d'anonymat après une réunion de la direction du parti des travailleurs (PT) de Lula, bien que les faits n'aient «rien à voir» avec Lula, ils sont difficiles à expliquer à un électorat qui associe Moraes à l'antibolsonarisme. Cela met la campagne de Lula «sur la défensive» même si «beaucoup d'eau va encore couler sous les ponts» d'ici au scrutin du 4 octobre, selon cette source.