Après un revers électoral...
La majorité du président sud-africain travaille sur un projet de coalition

L'ANC au pouvoir en Afrique du Sud depuis trente ans a affirmé dimanche son intention d'entamer des discussions avec d'autres partis politiques pour former un gouvernement de coalition. Le parti historique a perdu sa majorité au Parlement cette semaine.
Publié: 02.06.2024 à 14:50 heures
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Dernière mise à jour: 02.06.2024 à 14:53 heures
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L'ANC du président sud-africain Cyril Ramaphosa n'a obtenu que 40,2% des voix aux législatives de mercredi, contre 57% dans le gouvernement sortant (image d'illustration).
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ATS Agence télégraphique suisse

Après avoir perdu sa majorité au Parlement, le Congrès national africain (ANC) s'est engagé «à former un gouvernement qui reflète la volonté du peuple, qui est stable et capable de gouverner efficacement», a déclaré sa secrétaire générale Fikile Mbalula. Il mènera des discussions en interne et avec d'autres partis «ces prochains jours».

«Les électeurs ont montré qu'ils attendaient des dirigeants de ce pays qu'ils travaillent ensemble dans l'intérêt de tous», a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse.

Après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote, l'ANC du président Cyril Ramaphosa n'a obtenu que 40,2% des voix, soit une claque sévère par rapport aux 57,5% qu'il détient dans le Parlement sortant.

Ce résultat marque un tournant historique pour l'Afrique du Sud, où l'ANC jouit d'une majorité absolue depuis 1994, lorsque le parti de Nelson Mandela a sorti le pays des griffes de l'apartheid et l'a fait entrer en démocratie.

«Les résultats envoient un message clair à l'ANC», a reconnu Fikile Mbalula. «Nous voulons assurer au peuple sud-africain que nous avons entendu leurs préoccupations, frustrations et mécontentement», dans un pays plombé par un chômage tenace, de fortes inégalités et une criminalité record.

«Vous allez nous provoquer», rétorque l'ex-président Jacob Zuma

L'ANC reste le parti le plus important au Parlement, qui sera chargé d'élire le prochain président courant juin. Il doit ainsi forger des alliances, soit pour former un gouvernement de coalition avec un ou plusieurs partis, soit pour persuader d'autres partis de soutenir la réélection de Cyril Ramaphosa qui constituerait un gouvernement minoritaire de l'ANC, qui devra chercher au coup par coup des alliés pour faire passer son budget et ses projets de loi.

Cyril Ramaphosa, qui jouit d'une forte popularité, a fait savoir qu'il prononcerait un discours lors de la cérémonie de proclamation des résultats, alors que certains partis ont fait état d'irrégularités dans le décompte des voix.

Le plus bruyant d'entre eux est l'ex-président Jacob Zuma, qui a demandé samedi soir un report de cette proclamation, dans un bref discours aux sous-entendus menaçants.

«Si cela arrive vous allez nous provoquer», a-t-il déclaré. «Les résultats ne sont pas corrects (...) Ne créez pas de problèmes là où il n'y en a pas», a-t-il prévenu, se plaignant de problèmes «graves» sans autres précisions. Son incarcération en juillet 2021 pour outrage avait provoqué des émeutes qui ont fait plus de 350 morts.

Le MK, le parti de l'ex-président, devient le troisième groupe à l'Assemblée, avec 14,59% des suffrages, un score sidérant pour un parti fondé il y a seulement quelques mois pour servir de véhicule à Jacob Zuma, 82 ans. Pendant la campagne, ce parti très implanté dans la région zouloue a martelé qu'il allait remporter les deux tiers des voix.

Le président de la commission électorale, Mosotho Moepya, a affirmé que «tout ce qui se présente à nous» serait examiné, faisant état de 24 cas de recomptages.

Deux options sont possibles pour l'ANC

L'ANC peut composer une coalition sur sa droite, avec le premier parti d'opposition l'Alliance démocratique (DA, centre libéral), ou sur sa gauche radicale, avec le MK de Zuma ou l'EFF de Julius Malema, deux ex-figures de l'ANC ayant fait sécession.

«Un gouvernement minoritaire serait totalement inédit en Afrique du Sud, mais c'est une option parmi d'autres», a confirmé auprès de l'AFP Helen Zille de la DA.

Le MK a fait savoir qu'il ne discuterait pas avec l'ANC tant que Cyril Ramaphosa resterait à sa tête. Mais M. Mbalula a balayé cette exigence: «C'est une zone où nous n'irons pas. Aucun parti ne nous dictera de tels termes», a-t-il insisté.

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