En bref
- Un groupe anti-migrants, dirigé par un militant d'extrême droite, a organisé les manifestations à Portsmouth et à Douvres, après le débarquement de 140 migrants.
- Le gouvernement britannique condamne les manifestations, qualifiant le comportement des participants d'«intimidant et brutal».
- Londres et Paris collaborent pour contrer les traversées, avec le déploiement récent de 45 agents supplémentaires sur les plages françaises.
Le gouvernement britannique a condamné lundi la tentative de manifestants d'entraver le débarquement de migrants à Portsmouth dans le sud de l'Angleterre. Les autorités locales redoutent l'ouverture d'une nouvelle route migratoire depuis la France, plus à l'ouest des itinéraires habituels.
Le phénomène des traversées de migrants par la Manche s'est développé ces dernières années après le renforcement de la sécurité autour du tunnel sous la Manche, et s'est concentré entre Calais et Douvres, où la distance entre les côtes françaises et britanniques est la plus courte.
Dimanche, les gardes-côtes britanniques ont secouru une embarcation avec à son bord 140 personnes, partie plus tôt de France depuis une zone à l'ouest de la baie de Seine, selon la préfecture française de la Manche et de la mer du Nord, qui a dit à l'AFP enquêter pour déterminer le lieu exact de départ du bateau.
Manifestations
En fin de journée, le débarquement des migrants au niveau de la marina d'Eastney à Portsmouth a été perturbé par «environ 200 personnes» selon la police locale.
Les manifestants, dispersés «vers 04h00 du matin (03h00 GMT, 05h00 en Suisse)», ont bloqué la route tandis que des policiers équipés de boucliers anti-émeutes formaient un cordon de sécurité autour d'autocars destinés au transport des migrants.
Downing Street a condamné «sans réserve» ces évènements, a indiqué un porte-parole du Premier ministre travailliste Andy Burnham. Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a fustigé «le comportement intimidant et brutal» des manifestants.
Le Home Office a indiqué que les migrants arrivés dimanche avaient quitté leur lieu de débarquement et étaient en cours de transfert pour être pris en charge selon la procédure habituelle.
Samedi, un rassemblement anti-migrants avait également eu lieu à Douvres, bloquant le port pendant plusieurs heures. Derrière ces deux rassemblements figure un groupe baptisé «Patriot Platform», initié notamment par Daniel Thomas, dit Danny Tommo, proche du militant d'extrême droite Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon.
Il a filmé et diffusé en direct sur les réseaux sociaux les deux évènements.
«Pas équipé»
Les arrivées dans cette région du sud de l'Angleterre sont très rares et suscitaient l'inquiétude des autorités locales lundi.
«Il est extrêmement inquiétant de voir une traversée illégale de migrants aussi loin à l'ouest», a réagi sur X le député conservateur local Joe Robertson. «Nous devons savoir exactement ce qui s'est passé et si les passeurs utilisent de nouvelles routes pour ces grands bateaux pneumatiques», a-t-il ajouté.
«Portsmouth n'est pas équipé pour accueillir et prendre en charge» les migrants s'ils devaient arriver en nombre à l'avenir, a également alerté la responsable chargée de superviser la police dans le Hampshire, Donna Jones.
«Le gouvernement doit garantir la sécurité de la côte sud du Royaume-Uni pour éviter que cela ne se reproduise», a-t-elle ajouté dans un communiqué transmis à l'AFP. Selon une source gouvernementale britannique, rien ne suggère à ce stade un changement de stratégie des passeurs.
Les gouvernements britanniques successifs ont tous promis de juguler les traversées clandestines de la Manche, un sujet devenu hautement inflammable et qui a alimenté ces dernières années l'essor du parti anti-immigration Reform UK.
Selon des chiffres du ministère britannique de l'Intérieur, 16'513 migrants ont traversé la Manche depuis le début de l'année à bord de petits bateaux. Ce nombre est en baisse d'environ 40% par rapport à la même période en 2025. Londres et Paris ont renforcé leur coopération ces dernières années pour tenter de lutter contre ces traversées.
La semaine dernière encore, à l'occasion de la rencontre à Londres entre le Premier ministre Andy Burnham et Emmanuel Macron, le déploiement de 45 agents supplémentaires sur les plages françaises a été annoncé, pour lutter contre l'émergence d'un phénomène: l'utilisation de bateaux plus grands capables d'embarquer davantage de personnes.
Le chef de Reform UK, Nigel Farage, a dénoncé dimanche une «blague». «Aujourd'hui, un bateau parti de la baie de Seine – à 170 miles de Calais – a atteint les plages du Hampshire pour la toute première fois. (...) Seul le parti Reform renverra les bateaux», a-t-il écrit sur X.