Personne ne veut gouverner avec elle
L’AfD triomphe mais un obstacle majeur l’empêche encore de gouverner

Après son score record en Saxe-Anhalt, l’AfD n’est plus qu’à trois sièges de la majorité absolue. Ulrich Siegmund y voit un mandat clair pour gouverner, mais aucun parti ne veut s’allier à l’AfD. Le parti cherche donc une autre voie vers le pouvoir.
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Ulrich Siegmund va-t-il devenir le chef du gouvernement de Saxe-Anhalt?
Photo: AFP
Janine Enderli

L’AfD se trouve à un tournant historique. Avec 39 sièges au Landtag, le parti a obtenu un résultat record lors des élections de dimanche. Il ne lui manque que trois sièges pour atteindre la majorité absolue. Son chef de file, Ulrich Siegmund, estime avoir reçu un mandat clair pour gouverner. «Bien sûr que nous avons un mandat pour gouverner», a-t-il lancé devant ses partisans en liesse lors de la soirée électorale.

L’AfD se voit donc déjà aux commandes. Mais pour l’heure, aucun autre parti ne veut former de coalition avec elle. Comment pourrait-elle malgré tout parvenir au pouvoir? Deux stratégies sont envisagées.

«Il existe des canaux de dialogue»

L’AfD mise notamment sur le ralliement d’élus d’autres partis. Depuis plusieurs mois déjà, des spéculations circulent sur de possibles départs de députés de la CDU vers l’AfD. Lors de la conférence de presse organisée lundi après sa victoire, Ulrich Siegmund a lui-même laissé entendre que des élus d’autres formations pourraient permettre à son parti de réunir une majorité stable. Il n’a toutefois pas cité directement la CDU.

«Il existe des canaux de communication», a également affirmé Matthias Büttner, membre de la direction régionale de l’AfD en Saxe-Anhalt, à t-online après les élections. Selon Matthias Büttner, jusqu’à six responsables politiques de la CDU pourraient quitter leur groupe parlementaire et soutenir l’AfD. Encore faudrait-il que ces élus franchissent réellement le pas.

L'AfD mise sur ce scénario

Ces députés pourraient alors former leur propre groupe parlementaire, puis conclure une coalition avec l’AfD afin de soutenir durablement un gouvernement dirigé par le parti d’extrême droite. L’AfD croit à ce scénario, notamment parce que certains de ses responsables entretiendraient de bonnes relations avec des élus de la CDU.

Pour l’instant, aucun nom précis ni aucun élément concret ne vient cependant confirmer un tel basculement. Jusqu’ici, ce scénario a surtout été alimenté par des responsables de l’AfD eux-mêmes. «Peut-être que l’un ou l’autre ultra-conservateur tentera encore de quitter le navire CDU en train de couler», a par exemple déclaré Daniel Wald, député régional de l’AfD, cité par t-online.

Ce scénario est-il réaliste?

Sur le papier, oui. L’AfD détient 39 des 83 sièges au Parlement régional de Saxe-Anhalt. Le soutien de quelques députés de la CDU ayant quitté leur groupe pourrait donc, en théorie, permettre à Ulrich Siegmund de réunir une majorité.

Reste à savoir si un tel scénario est politiquement réaliste. Certains observateurs estiment que peu d’élus seraient prêts à franchir le pas, notamment en raison de la pression publique et des conséquences au sein de leur parti. D’autres pensent au contraire que certains responsables de la CDU ne pourront plus résister à la dérive vers la droite.

La CDU exclut officiellement toute collaboration avec l’AfD, aussi bien au niveau fédéral que régional. Des élus qui décideraient malgré tout de soutenir le parti d’extrême droite s’exposeraient à de lourdes conséquences, notamment une exclusion de leur groupe parlementaire et de fortes critiques publiques. Selon plusieurs analystes et politologues, le rôle décisif pourrait toutefois revenir à l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW). Avec ses cinq sièges, le parti pourrait se retrouver en position d’arbitre dans la formation d’une majorité.

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