Le projet fou de Michel Comte
«Nous voulons créer de l'art visible depuis l'espace»

En Turquie, à la frontière avec la Syrie, le photographe suisse Michel Comte lance son projet le plus ambitieux à ce jour: il construit une œuvre d'art gigantesque qui, une fois achevée, pourra même être vue depuis l'espace.
Publié: 13.11.2022 à 15:02 heures
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Dans la province turque de Şanlıurfa, dans le nord de la Mésopotamie, l'œuvre d'art achevée devrait voir le jour dans une dizaine d'années.
Dominik Hug

Il est l'un des photographes les plus connus de Suisse et a photographié les plus grandes stars pendant des décennies, avant qu'un accident ne l'empêche de poursuivre sa carrière: Michel Comte, 68 ans, a dû se reconvertir. Et il fait aujourd'hui partie des artistes les plus importants du pays. Son dernier projet est le plus ambitieux: «J'ai loué un terrain de 40 kilomètres carrés en Turquie. Nous y construirons de l'art que l'on pourra un jour contempler depuis l'espace». Son rêve: une installation lumineuse de 120 kilomètres de long qui reflète la constellation d'Orion dans la nuit.

L'immense terrain, à peine peuplé, se trouve au nord de la Mésopotamie, près de la frontière syrienne. Le paysage est désertique. «Le terrain est mis à notre disposition par le gouvernement turc pour une durée de 50 ans. Le plan est de valoriser cette région aride avec notre projet, de l'animer et de la rendre touristique, peut-être même de la transformer un jour en un site culturel avec une université, unique au monde», explique le photographe. Le projet est financé par des sponsors, mais aussi par l'initiateur lui-même, qui vend régulièrement ses propres œuvres. Il estime qu'il faudra environ dix ans pour que sa vision se concrétise.

Retour dans l'ancienne patrie

Le Zurichois, qui a vécu pendant des décennies aux États-Unis mais qui est aujourd'hui de retour dans son ancienne patrie, s'est déjà rendu des dizaines de fois en Mésopotamie. Il y passe la nuit sous une tente, travaille avec des réfugiés syriens, courtise des politiciens locaux, collabore avec des architectes et d'autres artistes. «Je rencontre partout beaucoup de bienveillance», dit-il. Il y a un grand enthousiasme à créer une sorte de monde de rêve sans frontières.»

Sa devise depuis toujours: ne pas se fixer de limites. Après une formation de restaurateur d'art, il a travaillé dans une galerie. Il s'est ensuite consacré à la photographie et est devenu une star du milieu. Ses portraits, parfois somptueusement mis en scène, d'idoles du cinéma comme Sophia Loren, George Clooney ou Sharon Stone, sont régulièrement publiés dans des bibles de la mode comme «Vogue» ou «Vanity Fair», puis exposés dans des musées du monde entier.

Parallèlement au monde des paillettes, Michel Comte a souvent voyagé dans des zones de guerre en tant que photographe pour la Croix-Rouge internationale. Il s'est rendu en Afghanistan, en Ouganda, au Yémen, en Irak et au Kosovo. «J'ai rencontré les meilleures et les pires individus au monde», raconte-t-il de cette période entre le glamour du show-business et l'horreur de la guerre.

Des centaines d'échardes dans l'œil

L'accident qui a freiné sa carrière s'est produit en 2010. Assis dans sa maison de Los Angeles, il s'apprêtait à déballer un paquet. C'est alors qu'un morceau de métal de l'emballage s'est enfoncé dans ses lunettes. Le verre s'est alors brisé en mille éclats, dont beaucoup ont atterri dans son œil droit. «J'ai été immédiatement aveugle. Ça a terriblement saigné.» Pendant l'année qui a suivi, il s'est rendu dans d'innombrables cliniques ophtalmologiques pour recouvrer la vue, en vain. Grâce à un traitement spécial au laser en Suisse, il a finalement retrouvé 90% de sa vue.

Comme il ne pouvait pas prendre de photos à cette époque, le photographe a commencé à se concentrer sur son travail d'artiste. «Rétrospectivement, cet accident s'est presque révélé être un coup de chance, affirme-t-il. Grâce à lui, une passion que je n'avais pas ressentie aussi fortement auparavant s'est réveillée en moi: créer des tableaux, des sculptures et des installations». Le public a rapidement répondu présent pour cette nouvelle passion. Depuis, il a exposé en Chine, en Italie et aux États-Unis. Des expositions en Angleterre et au Vatican sont prévues pour 2023.

«Je n'aime pas qu'on me dise non»

L'artiste est particulièrement fier d'être resté indépendant tout au long de sa vie. Il décrit ainsi le secret de son succès: «Je n'aime pas qu'on me dise non. Plus quelque chose me semble impossible, plus sa réalisation me tente», conclut-il en regardant le ciel, perdu dans ses pensées. Là d'où son art sera un jour visible.

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