Guy Parmelin s'offre-t-il un cadeau d'adieu avant sa démission? En tant que vigneron de formation, le ministre de l'Economie a toujours été proche du monde viticole suisse. Dans le cadre de ses fonctions officielles, il a toutefois tenté à plusieurs reprises de prendre ses distances avec ce secteur.
Des accusations de favoritisme ont néanmoins été portées à plusieurs reprises contre le conseiller fédéral de l’UDC. Elles se font actuellement particulièrement entendre. En effet, non seulement le climat met à mal les vignes locales, mais les vignerons suisses font face à une baisse de la demande.
Pour Parmelin, c’est une raison suffisante pour venir généreusement en aide aux producteurs de vin locaux – et pour compliquer l’importation de bouteilles étrangères. Mais cela provoque un tollé dans le secteur.
La Suisse ne boit pas assez
La situation est précaire: en Suisse, la consommation de vin n’a cessé de chuter ces derniers temps. Au cours des cinq dernières années, elle a reculé de près de 20%. «On ne peut pas forcer les gens à boire s’ils n’en ont pas envie, avait déclaré Guy Parmelin il y a un an au Parlement. Même si j’aimerais qu’ils en boivent davantage.»
Et si l’on veut raviver l’intérêt des consommateurs suisses, ce doit être avant tout pour les crus indigènes, estime le ministre de l’Economie. Au début de cette année, il est passé à l’action: à l’avenir, les quotas d'importation de vin seront liés à la production nationale. Seuls ceux qui achètent et vinifient eux-mêmes des raisins suisses pourront encore bénéficier d’un contingent douanier.
Grand carrousel des subventions
L’idée est née – comme souvent – d’une table ronde. A l’automne dernier, Guy Parmelin a réuni autour de lui les producteurs, les associations viticoles et les importateurs. Cette initiative a été suivie de près par une importante mesure de promotion du vin au Parlement: lors de la session d’hiver, les Chambres fédérales ont approuvé près de 20 millions de francs pour des mesures structurelles et un soutien accru des ventes.
Ce n’était pas la première fois que les efforts du Conseil fédéral s’avéraient particulièrement fructueux pour les viticulteurs. Dès 2020, le think tank libéral Avenir Suisse avait critiqué «l’effet Parmelin»: depuis son entrée en fonction cinq ans plus tôt, les vignerons suisses bénéficiaient de moyens de plus en plus importants – notamment sous forme d’avantages fiscaux ou justement de campagnes promotionnelles.
Les négociants en vin floués
Avec ce nouveau contingentement douanier, le Vaudois met définitivement le feu aux poudres: les négociants en vin suisses, qui participaient également à la table ronde, se sentent trahis. En effet, comme ils ne produisent pas eux-mêmes, ils se retrouveraient soudainement exclus de l’attribution des quotas. Ils devraient alors racheter leur droit d’importation à quelques grandes entreprises seulement.
Cela concerne non seulement les petits importateurs, mais aussi les géants de la distribution. «Bien que nous ayons l’une des plus fortes proportions de vins suisses dans nos rayons et que nous vinifions nous-mêmes du moût dans notre exploitation Vina Raurica, nous devrions acquérir des contingents», explique par exemple Coop – le plus grand importateur de vin de Suisse – à Blick. Cela impliquerait une charge administrative considérable. En d’autres termes: à l’avenir, les consommateurs suisses devront sans doute débourser davantage pour les vins étrangers.
Une vague de recours à venir?
Lors de la consultation, qui s’est achevée fin juin, l’Association suisse du commerce du vin a pu exprimer son mécontentement. «La mesure prévue prive le commerce de sa base d’activité, sans pour autant apporter le moindre avantage aux vins suisses», écrit l’association dans sa réponse au Conseil fédéral. Les parties concernées ne peuvent pas se défendre autrement: la modification doit être mise en œuvre par simple voie d’ordonnance – sans que le Parlement ou le peuple aient leur mot à dire.
Le Conseil fédéral entend se prononcer à l’automne. Si le «grand cadeau» de Guy Parmelin aux producteurs de vin suisses venait effectivement à être adopté, la Confédération devrait se préparer à une vague de recours. Dans une expertise commandée par les négociants en vin, le cabinet d’avocats zurichois Nobel & Partner conclut que la nouvelle réglementation en matière d’importation n’est compatible ni avec les accords de libre-échange, ni avec la loi, ni avec la Constitution. Coop entend également se joindre à la résistance: «Nous soutenons la position de la branche», écrit le géant de la grande distribution.