Malgré le recul mondial
Le Rioja fête ses 100 ans avec une hausse des ventes

Berceau de la viticulture espagnole, le Rioja DOCa a célébré ses 100 ans l'année dernière. Malgré la crise mondiale qui touche actuellement le secteur, il a vu ses ventes augmenter en 2025.
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La fameuse barrique Clint-Eastwood à la Bodega Contador, un fleuron de la Rioja.
Photo: Alain Kunz
Urula Geiger et Alain Kunz

La Rioja est la plus célèbre région viticole d'Espagne et la première dont les directives de production ont été inscrites dans la loi. Elle a été officiellement reconnue en 1925 par décret royal. Jusqu'alors, le Rioja avait connu une histoire mouvementée. Pendant longtemps, elle a dû faire face à d'importants défis. Mais ensuite, de façon inattendue, elle est devenue le centre du monde viticole. En réussissant à surmonter deux crises majeures. 

La première crise fut celle de l'oïdium, une maladie qui ravagea les vignobles de Galice et de la région du Ribera del Duero. Les producteurs de Rioja prirent le relais et approvisionnèrent Bilbao en vin. L'essor viticole engendra la prospérité et participa au développement des infrastructures, notamment des chemins de fer et des routes. Ainsi, la Rioja était bien préparée lorsque le phylloxéra commença à faire des ravages en France en 1864.

Les marchands de vin français avaient besoin de s'approvisionner pour leurs clients. Ils trouvèrent leur bonheur dans le Rioja. Les vins rouges correspondaient parfaitement à leur offre. C'est ainsi que, par nécessité, naquit l'une des premières co-entreprises du secteur viticole. Les Français envoyèrent des agronomes et des œnologues sur les rives de l'Ebre pour partager leur savoir-faire.

L'élevage en barrique

Dans le sens commun, ce seraient les Français qui auraient enseigné aux producteurs de Rioja l’utilisation des barriques durant la crise du phylloxéra. Mais ce n’est pas tout à fait exact: Don Manuel Quintano avait déjà appris les techniques de conservation du vin à Bordeaux vers 1780.

Il introduisit l'idée de l'élevage en barrique dans la région de l'Ebre. Un franc succès. Les vins étaient expédiés dans les colonies espagnoles et y arrivaient intacts et délicieux, provoquant une hausse de la demande. Les autorités intervinrent sur les prix: tous les vins de la région devaient être vendus au même prix. A l'époque, cela signifiait la fin du processus d'élevage long et coûteux en petits fûts de bois.

Murrieta, le modernisateur

Le prochain à s'essayer au petit fût de chêne comme récipient de vieillissement et moyen de transport fut Luciano de Murrieta. Installé à Londres, il appréciait fortement les vins de Bordeaux. Avant de retourner sur les rives de l'Ebre vers 1850, il fit lui aussi une halte dans le sud-ouest de la France.

Murrieta est considéré comme le modernisateur de la Rioja. Il a adapté les méthodes de vinification et élevé les vins dans des fûts en bois plus petits que les barriques bordelaises, car il n'y avait pas d'autres fûts disponibles. Grâce aux échanges commerciaux avec le Mexique et Cuba, ces barriques étaient en chêne provenant d'outre-Atlantique. Bientôt, ce n'est plus le Tempranillo parfumé qui est devenu la principale caractéristique, mais le long vieillissement en fûts de bois. Aujourd'hui, les caves de la Rioja comptent plus de 1,3 million de barriques. Aucune autre région viticole n'en possède autant. 

Deux nouveautés

Avec l'introduction de l'appellation d'origine contrôlée en 1925, les critères pour les différents niveaux de qualité ont également été définis. Pendant longtemps, ceux-ci dépendaient uniquement de la durée de maturation des vins, d'abord en fût puis en bouteille: Cosecha, Crianza, Reserva et Gran Reserva. Les directives ont été régulièrement adaptées aux nouvelles réalités. Ainsi, dans le cadre de la révolution blanche de 2008/09, six nouveaux cépages blancs ont été autorisés. 

Mais ce n'est que récemment que la révolution a véritablement eu lieu. La région a démontré sa capacité d'innovation en créant une AOC pour les vins mousseux et en se recentrant sur le terroir avec la création des Viñedos Singulares et des Vinos de Pueblo en 2017. La première signifie que les vins de terroir exceptionnels provenant de vignobles historiques peuvent également être classés et déclarés comme tels. La deuxième indique que le nom du village peut figurer sur l'étiquette et pas seulement celui de la commune.

Ventes en progression

En cette période de crise sans précédent dans la viticulture depuis l'épidémie de phylloxéra, l'appellation d'origine contrôlée Rioja fait figure d'exception. Malgré le recul mondial de la consommation, elle a vu ses ventes progresser de 0,63 % en 2024, commercialisant plus de 240 millions de litres (contre 238 millions en 2023). «Ces chiffres prouvent que la Rioja possède la solidité nécessaire pour maintenir sa part de marché, même en période difficile», a expliqué José Luis Lapuente, directeur général du Conseil de Régulation.

Le secteur viticole de la Rioja génère actuellement un chiffre d'affaires annuel estimé à 1,5 milliard d'euros. «Avec ses 14'000 vignerons et ses 600 domaines viticoles, la production de Viñedos Singulares joue un rôle central dans le développement socio-économique de la région», affirmé le directeur général José Luis Lapuente. Une bonne nouvelle pour le vin ? Une rareté pour cette année 2025.


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