Grosse dégustation de Blick
Découvrez les meilleurs pinot gris!

C'est la variété blanche à la mode: le pinot gris. Il est en plein essor dans de nombreux endroits en Suisse. Mais les souris grises de la Confédération peuvent-elles rivaliser avec les meilleures du monde? Et qui sont-elles? Le jury du Blick a rendu son verdict.
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Les membres du jury de Blick découvrent les bouteilles voilées après avoir terminé leur travail et rendu leur papier à musique.
Photo: Philippe Rossier
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Alain Kunz

Connaissez-vous un pinot gris qui a acquis une renommée internationale? Le Petrus, le Grange ou le Sassicaia, en gris? Bien sûr que non, parce que ça n’existe pas! Le pinot gris est un cépage mystérieux, dont on ne sait même pas s’il faut le nommer pinot gris, ou pinot grigio.

Le pinot gris, nommé ainsi en référence à la couleur de ses baies violacées, roses ou gris-bleu, gagne de l’importance. Pour preuve, il est le troisième cépage blanc le plus planté en Allemagne après le riesling et le Müller-Thurgau. Et la tendance est à la hausse, la surface cultivée ayant doublé en l’espace de 14 ans.

En Suisse, il occupe la cinquième place parmi les cépages blancs, dépassant le sauvignon blanc et le savagnin (heida)! «L’un de ses grands avantages, c’est que ce cépage permet de faire beaucoup de choses, même pour des vins plus simples. C’est bon pour le consommateur, car le rapport qualité-prix est généralement top», explique la jurée, Lidwina Weh.

Le cépage le plus cultivé du Tyrol du Sud

Le pinot gris vient de la région Bourgogne/Champagne. Mais aujourd’hui, la plus grande surface cultivée se trouve en Italie. Dans le Tyrol du Sud, il est même numéro un! Il est aussi très présent dans le Frioul et en Vénétie.

Ce n’est pas la première fois que le pinot gris connaît un regain de popularité. La première vague de succès, à la fin du siècle dernier, s’inscrivait toutefois dans la tendance des vins riches et opulents prisés à l’époque. Le pinot gris était alors souvent vinifié dans un style généreux, marqué par le volume et le moelleux, mais avec moins de tension, de structure et de fraîcheur.

Un flop en Valais, un succès à Neuchâtel

Les choses ont bien changé. Aujourd’hui, les meilleurs pinots gris séduisent par leur acidité, leur tension, leur structure et leur remarquable facilité à être dégustés.

Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est leur caractère consensuel: contrairement à certains sauvignons blancs plus exubérants, ils ne cherchent jamais à dominer par leurs arômes. Aucun composant ne prend le dessus. Discret et équilibré, le pinot gris cultive une certaine neutralité, une qualité qui semble particulièrement bien correspondre à la Suisse. Encore faut-il qu’il soit planté dans un terroir qui lui convient.

Mais en Valais, ce vin peine à convaincre. «Chez nous, le pinot gris ne marche pas. Je vais probablement arrêter d’en produire», confie le vigneron Maurice Zufferey.

Dans le Pays des Trois-Lacs, en revanche, ils en plantent sur la moindre parcelle. «Le pinot gris est un passe-partout! Les jeunes l’aiment, tout comme les dames en terrasse. Chez nous, c’est le vin qui se vend le mieux. Nous allons en produire davantage», explique Sophie Porret, du domaine du même nom.

Louis-Philippe Burgat, du domaine de Chambleau, a une autre opinion: «Je préfère les vins avec plus de caractère. Néanmoins, nous le vendons très facilement. C’est par ailleurs un super vin gastronomique qui se marie avec tous les plats, y compris les mets asiatiques.»

«Nous vivons, aimons et racontons ce cépage»

Dans le Tyrol du Sud, Peter Zemmer est un peu le gourou du pinot gris. Il est le seul à y vinifier une riserva de pinot-gris, le Giatl, qui s’est classé troisième à la dégustation de Blick.

«C’est une honte que de nombreux collègues vignerons du Tyrol du Sud ne prêtent pas plus d’attention à ce cépage. Il ne peut ainsi pas exprimer toutes ses qualités, estime Peter Zemmer. Nous, en revanche, nous voulons faire du pinot grigio qui puisse se conserver. Un vin pour les amateurs de plaisir. C’était notre cépage principal, pendant plus de trois générations. Nous vivons, aimons et racontons le pinot grigio!»

Quel est le meilleur pinot gris?

Retour sur la dégustation, justement. Le jury de Blick, composé de dix personnes et des deux Masters of Wine, Ivan Barbic et Paul Liversedge, souhaitait savoir d’où viennent les meilleurs pinots gris – d’Allemagne, d’Italie ou de France. Comment s’en sortent les Suisses, qui représentaient la moitié des 51 vins examinés à la loupe?

La dégustation s’est déroulée à l’aveugle, dans le salon 11 de l’hôtel cinq étoiles Schweizerhof de Lucerne, devenu entre-temps le centre de dégustation préféré de Blick.

Hanspeter Ziereisen est le grand vainqueur de la dégustation de pinot-gris de Blick avec son pinot gris Jaspis.
Photo: DR

Résultat: les vins du monde germanique dominent! Dans les six premiers rangs, on retrouve quatre fois l’Allemagne, plus précisément le pays de Bade, une fois le Tyrol du Sud et une fois l’Autriche.

La septième place est occupée par le meilleur Suisse, les frères Dutruy du Léman, suivis du domaine Jauslin de Muttenz (BL), situé tout près de l’Allemagne. De façon générale, le niveau des vins suisses a impressionné. Le meilleur Frioulan n’arrive qu’en dixième position, derrière Lo Triolet du Val d’Aoste.

«Aussi passionnant que les bourgognes»

«Les meilleurs vins étaient aussi passionnants que de grands bourgognes», estime Lidwina Weh. L’ensemble du jury a été enthousiasmé et positivement surpris par la qualité de cette sélection. Car réussir un bon pinot gris n’est pas chose facile. «C’est un défi chaque année. Tant dans le vignoble que dans la cave», explique le vigneron zurichois Erich Meier.

Le vainqueur est Hanspeter Ziereisen, dont le domaine viticole dans le Markgräflerland se trouve à seulement quatre kilomètres de la frontière suisse. Ce nouveau venu, qui est aussi actif au sein du domaine viticole de Riehen où il est consultant, est considéré comme un esprit brillant qui fait briller «notre» chasselas, comme peu d’autres le font en Suisse. Mais aussi le pinot gris. «C’est assez logique», explique le vigneron. «Car le pinot gris a une énorme tradition chez nous. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, 80% de nos parcelles en étaient plantées.» Aujourd’hui, ce chiffre est encore de 25%, ce qui est considérable. «Mais les vins étaient horribles! Doux avec beaucoup de lard. Ils s’appelaient Ruländer. L’image était ainsi anéantie.»

Les temps ont changé. Le pinot gris a connu une renaissance. «Nos plants pour le Jaspis datent pour la plupart de 1958», poursuit Ziereisen. «Ainsi, on a presque la garantie que le vin deviendra grand année après année». Ziereisen ne produit que 1500 bouteilles de jaspis par an. Il qualifie sa couleur de fantastique. «Comme la couleur d’un vreneli doré.»

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