Que penser de la victoire de la Nati contre l'Irlande du Nord, mardi à Lausanne (2-0)? Pour leur premier match des qualifications pour le Mondial 2027, les Suissesses ont dominé de la tête et des épaules une faible équipe d'Irlande du Nord, sans pratiquement jamais être en danger. Mais elles ont dû attendre les arrêts de jeu pour se mettre à l'abri grâce à Svenja Fölmli (91e) et ainsi délivrer les 4165 personnes présentes à la Tuilière.
Au lendemain du premier succès de Rafel Navarro en tant que sélectionneur helvétique, Johan Djourou s'est présenté à la presse dans une salle du Mövenpick à Ouchy. L'occasion de revenir sur cette partie: «Je suis soulagé. Remporter le premier match des éliminatoires est toujours important», explique le Genevois. Après les deux revers en amical contre la Belgique et le Pays de Galles, il convenait de renouer avec la victoire pour initier une spirale positive.
«On a pris des mauvaises décisions»
Mais le directeur technique de toutes les équipes nationales féminines, qui «aurait voulu avoir 8000 personnes dans le stade», est conscient que tout n'a – de loin – pas été parfait. «Il y avait aussi un sentiment de frustration dans les vestiaires. On sentait que les joueuses n'étaient pas pleinement satisfaites de leurs performances. C'est une preuve d'exigence, cela démontre l'envie de réaliser de grandes choses. On peut faire mieux.» Elle le doit, même, si elle entend valider son billet pour la Coupe du monde au Brésil.
Contre un adversaire qui n'est pratiquement pas sorti de son camp, la Suisse a maîtrisé le ballon. Pourtant, dans le jeu, rares ont été les fois où l'arrière-garde nord-irlandaise a été mise hors de position. «C'est surtout une question de choix, relativise Johan Djourou. On s'est parfois trop précipité et on a pris des mauvaises décisions.» Il demande de la patience, rappelant que les Suissesses ont totalement changé leur manière de jouer. Il faut du temps pour assimiler le nouveau système et retrouver ses automatismes.
Du plaisir et du jeu
Avoir le ballon et presser haut pour le regagner rapidement dès qu'il est perdu font partie des préceptes de l'entraîneur espagnol. Le jeu est au centre de cette approche, pour le plus grand bonheur des joueuses. «Il y a beaucoup d'enthousiasme aux entrainements. Comprendre cette nouvelle philosophie par des mini-jeux et des exercices de possession, cela donne sens. Les joueuses adhèrent au discours du coach et on ressent qu'elles prennent beaucoup de plaisir à faire les exercices. Cela signifie qu'on est sur le bon chemin. On sait à quel point il est important que les athlètes se sentent bien pour performer.» Un discours bien différent des critiques qui avaient pu être émises par certaines concernant la «méthode Pia Sundhage» lors de la préparation pour l'Euro 2025.
Très présent sur le terrain l'été dernier, Johan Djourou, avec sa nouvelle casquette de directeur technique, va désormais l'être un peu moins. «Maintenant, on a un staff qui est complet. Mon rôle se situe plus dans les décisions, dans la stratégie pour savoir ce qui peut être amélioré. L'objectif est de mettre le meilleur plan en place pour le futur.» Développer une vision à long terme sur le football féminine ne l'empêchera pas de rester proche des joueuses et d'échanger avec elles sur leurs ressentis, (r)assure le Genevois.
Au niveau des améliorations apportées à l'encadrement, on peut prendre comme exemple l'arrivée d'une nutritionniste, Catalina Carabias, qui a notamment travaillé pour l'OL Lyonnes. Cela fait partie des petits détails qui, dans le sport professionnel, peuvent faire toute la différence. Johan Djourou est clair, il veut permettre aux footballeuses helvétiques de se retrouver dans les meilleures conditions. Bien sûr pour faire grandir la sélection nationale, mais, à travers elle, le football féminin dans son ensemble. Et, dans les deux cas, le meilleur est à venir. «L'Euro n'était qu'une impulsion», conclut-il.
