Des anecdotes à foison
Matchworld, la société vaudoise qui organise des matches dans le monde entier

Basée à Chexbres, Matchworld est une société vaudoise qui organise des matches internationaux partout sur le globe. Fin mars, elle orchestrera les matches amicaux de l'Algérie, dans le nord de l'Italie. Rencontre avec son créateur, Marc Biolley.
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Marc Biolley (deuxième en partant de la gauche), président de Matchworld, qui a organisé le dernier Trophée des Champions au Koweït.
Photo: DR
Thomas Freiburghaus
Thomas FreiburghausJournaliste

Le dernier Trophée des Champions PSG-OM au Koweït, les stages du PSV Eindhoven, de Galatasaray ou du Sporting CP en Suisse, des matches internationaux partout dans le monde. Le tout organisé depuis Chexbres, dans le canton de Vaud. Car derrière tous ces événements se cache Matchworld, une société vaudoise devenue «l’un des leaders suisses dans le domaine de l’organisation sportive».

Galatasaray au centenaire du FC Fribourg

À l’origine, un homme: Marc Biolley. Originaire du Vully, dans le canton de Fribourg, il a fondé sa société en 1999, après avoir travaillé pour l’ASF, notamment. À l’époque, l’homme fort de Matchworld vient de devenir «agent organisateur de match». «C’est une licence FIFA qui vous autorise à organiser des matches internationaux dans le monde entier», explicite, pour Blick, celui qui commence à organiser des événements autour du football. «J’ai vu qu’il y avait un créneau J’étais l’un des premiers.»

Son premier événement, le précurseur l’organise dans son canton. «C’était le centenaire du FC Fribourg, en 2000, se souvient Marc Biolley. On avait ramené Galatasaray, le Dinamo Zagreb, Servette et Lausanne.» Pour les deux derniers, il peut paraître compréhensible de parvenir à les inviter. Mais alors pour le géant stambouliote, par exemple?

«Le monde du foot est petit, aime-t-il à rappeler. Et puis, par hasard, en fait. Le directeur sportif de l’époque à Galatasaray, Mete Razliki, vient de Lausanne. Je l’avais contacté et ils avaient directement accepté.» Simple comme bonjour, même pour un club immense qui venait de remporter la Coupe de l’UEFA 2000. À la tête de Galatasaray à l’époque, la légende du football roumain Mircea Lucescu. Et donc présent pour l’anniversaire du FC Fribourg. «Depuis ce jour-là, j’ai travaillé avec lui. C’est une relation incroyable», sourit Marc Biolley.

Par contre, plusieurs internationaux turcs manquent à l’appel, car convoqués pour l’Euro 2000. La billetterie est un peu plombée, mais l’aventure a commencé. «Même si sur le moment, on a perdu un peu d’argent, avoue le président de Matchworld. C’était une première expérience, il y avait eu plus de frais partout».

Mircea Lucescu, légende du football roumain et fidèle à Matchworld depuis les débuts de la société mauvais.
Photo: keystone-sda.ch

Malgré la perte financière, Marc Biolley n’a pas le temps de se reposer. «Pendant le centenaire, Lucescu me dit qu’il veut revenir dans une semaine. Il aimait la Suisse, trouvait que c’était bien organisé. Et on a eu un bon feeling, on est devenus proches. Le légendaire coach revient donc pour un deuxième stage dans la foulée, aussi «pour aider» la société vaudoise. «Il avait fallu tout organiser à la dernière, c’était de la folie, rigole encore le Fribourgeois. On a fait un match contre le FC Bâle à Soleure, il y avait 6000 personnes. Et on est rentrés dans les coûts. Ça a un peu lancé la machine.»

Les prochains matches de l'Algérie en Italie

Un machine qui ne s’est plus arrêtée depuis, puisque Matchworld a organisé plus de 2000 matches internationaux, sur tout le globe. Mais au juste, quels sont les activités de Matchworld? «On fait tout de A à Z», déclare Marc Biolley. Comprenez: «la commercialisation des matches et des droits TV, la sécurité, la billeterie», peut-on lire sur leur site.

Exemple avec leur prochaine mission: les matches amicaux de l’Algérie, lors de la fenêtre internationale de fin mars. «Il y a un historique avec l’Algérie, où j’ai organisé un premier match contre la Slovaquie en 2001. Ensuite, on a fait pas mal de choses pour eux, notamment leur camp d’entraînement en Suisse, en 2014, avec un match contre l’Arménie à Sion et contre la Roumanie à Genève. C’était la dernière fois qu’ils se sont qualifiés pour la Coupe du monde», replace le président de Matchworld. Douze ans plus tard, pour préparer au mieux le Mondial 2006, la sélection entraînée par Vladimir Petkovic s’est tournée vers la société vaudoise dès le tirage au sort, à Washington.

La société mandatée, il leur revient de négocier avec les autres fédérations, soit de savoir qui affrontera l’Algérie. Il faut donc trouver des sélections disponibles, au niveau et alléchantes pour le public. «On aurait aimé faire venir le Pérou, qui a une grosse communauté par ici. Mais on a été pris par le temps», exemplifie Marc Biolley. Ce sera finalement le Guatemala et l’Uruguay pour affronter l’Algérie. Trois nations de trois confédérations différentes (CONCACAF, CONMEBOL, CAF), non européennes.

Marc Biolley (à gauche) avec Melvin Mastil, gardien du Stade Nyonnais et sélectionné pour le rassemblement de l'Algérie.

Une fois les adversaires définis, encore faut-il savoir où ils se défieront. Les stades doivent être à la fois proches géographiquement du public et d’une capacité permettant d’accueillir de gros événements. «Un stade, ça se loue», explique aussi le président de Matchworld. La société a donc cherché des stades proches des zones où la diaspora algérienne est forte, et notamment à proximité du Sud de la France. «On aurait aimé faire un match à Genève, surtout qu’en 2014, ça c’était bien déroulé, c’était extraordinaire. Mais ils ont demandé presque trois fois le prix du stade de la Juve», regrette Marc Biolley. Finalement, les rencontres se joueront dans le Nord de l’Italie: le 27 mars à Gênes face au Guatemala et le 31 mars à Turin face à l’Uruguay.

Le Brésil de Ronaldinho au Koweït

Pour le reste: sécurité, marketing, billetterie, réservation d'hôtels et de terrains d’entraînements, tout revient à Matchworld, qui trouve son compte dans le retour sur investissement. «Le business model change à chaque match. Il y a des rencontres à fort potentiel niveau billetterie, comme celui-ci. Il y a les sponsors. Il y a aussi les droits TV. C’est ça les trois recettes», renseigne Marc Biolley. De quoi faire tourner une entreprise qui emploie une dizaine de personnes et grossit en fonction des missions.

Matchworld a aussi un bureau à Dubaï et investit massivement au Moyen-Orient, où de nombreux projets sont à l’arrêt à cause des conflits en cours. Le président de la société se souvient avoir emmené le Brésil de Ronaldinho et Kaka au Koweït, en 2006, mais aussi d’avoir organisé de nombreux matches de l’Irak sur terrain neutre. Autant de folles histoires qui font la beauté du football et de cette société vaudoise, basée à Chexbres, mais qui entretient des liens avec le monde entier. Et même avec la Corée du Nord, pour qui Matchworld a servi d’entremetteur afin de trouver un équipementier avant le Mondial 2010. Une anecdote de plus, loin d’être la seule dans les bagages de Marc Biolley. Avant d’en créer de nouvelles dès fin mars, en Italie?

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