Epargner ne suffit pas à lui seul
Vous souhaitez prendre une retraite anticipée? Voici ce qu'il faut savoir

Le rêve d'une retraite anticipée à 55 ans est tout à fait réaliste, à condition de mettre en place une planification financière judicieuse et d'investir avec rigueur.
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De nombreux Suisses rêvent de prendre une retraite anticipée.
Photo: Getty Images/PhotoAlto
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Luca Niederkofler
Cash

Vous avez peut-être déjà rêvé d'une retraite anticipée. Certains s'imaginent quitter le monde du travail à 60 ans, d'autres à 55 ans et les plus «audacieux» visent même les 40 ans! Ces derniers sont souvent des adeptes du mouvement «FIRE». Cela signifie «Financial Independence, Retire Early», soit «indépendance financière et retraite anticipée».

Même si cette idéologie peut paraître quelque peu extrême, elle comporte néanmoins de nombreux principes qui peuvent s'avérer pertinents, surtout pour les personnes ayant un objectif de retraite plus modéré. Nous avons fait le calcul de la retraite anticipée pour vous. 

Une approche extrême avec des principes judicieux

L'objectif du mouvement «FIRE»: atteindre l’indépendance financière le plus rapidement possible. Mais cela exige de travailler beaucoup, d’épargner avec rigueur et d’investir judicieusement. L'idée est aussi de préserver son niveau de vie actuel, sans sacrifier sa qualité de vie.

Un article de «Cash»

Cet article a été publié initialement dans «Cash», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans «Cash», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Mais pour réaliser cet objectif, cela conduit inévitablement à un taux d’épargne de 60 à 70% du revenu. Les sacrifices en matière de qualité de vie pendant cette période relativement courte de vie professionnelle sont donc considérables, voire inaccessibles pour beaucoup.

Le mouvement «FIRE» offre néanmoins des réflexions intéressantes et instructives sur l'argent. A commencer par l’investissement. Le principe est simple: quiconque passe une partie importante de sa vie sans exercer d’activité professionnelle doit générer ses revenus à partir d’autres sources. L’AVS ne verse des prestations qu’à partir de 63 ans au plus tôt.

Les actions en ligne de mire

Selon le mouvement «FIRE», il est possible de retirer chaque année 4% de son portefeuille pour vivre, sans compromettre durablement son capital. Cette règle empirique exclut d’emblée un grand nombre de possibilités d’investissement. En effet, dans un contexte de taux d’intérêt bas, comme c'est le cas en Suisse depuis près de 17 ans, seules les actions entrent de fait en ligne de compte pour la constitution d’un patrimoine à long terme. 

Prenons un exemple: selon une étude de la Deutsche Bank, les actions ont généré en moyenne un rendement d’environ 4,9% par an au cours des deux derniers siècles. Les obligations d’Etat ont affiché un rendement de 2,6%, l’or de 0,4%, tandis que les liquidités ont perdu environ 2% de leur valeur par an en termes réels.

En se basant sur ces moyennes, un patrimoine en actions double en environ 15 ans. Avec les obligations d’Etat (hors contexte de taux d’intérêt bas), il faut environ 28 ans. Dans les conditions actuelles – l’obligation suisse à dix ans s’échange à environ +0,3% –, il faudrait 257 ans pour y parvenir.

Pour ceux qui envisagent une retraite anticipée, le potentiel de rendement et le temps sont des facteurs décisifs. Un rendement supérieur à 4% est par ailleurs nécessaire pour maintenir l’équilibre entre les recettes et les dépenses.

Miser sur des entreprises solides

Le deuxième levier concerne les revenus. Les adeptes du mouvement «FIRE» cherchent à les augmenter, notamment grâce à des activités complémentaires ou à des sources de revenus passifs, qui peuvent être réinvesties et ainsi contribuer à faire fructifier leur patrimoine.

En effet, d’innombrables études démontrent que les actions offrant des rendements de dividendes élevés affichent de meilleures performances à long terme que celles dont les distributions sont faibles, voire inexistantes. Ainsi, l’analyse de la Deutsche Bank mentionnée plus haut conclut que les actions offrant des dividendes «élevés» ont généré en moyenne 12,8% par an, tandis que les titres aux distributions faibles ou inexistantes n’ont atteint que 9,3%.

Cela fait écho à la stratégie d’investissement de Warren Buffett. Selon lui, les entreprises solides aux valorisations modérées offrent souvent, à long terme, des rendements plus attractifs que les sociétés avec une croissance spéculative, mais séduisante.

Un coup d’œil au Swiss Performance Index (SPI) confirme cet effet. Il y a 15 ans, en pleine crise de l’euro, le rendement des dividendes de l’indice atteignait environ 3,5%. Aujourd’hui, sous l’effet de la hausse des valorisations, il ne s’élève plus qu’à 2,6 %. Une différence qui peut sembler minime, mais qui prend une tout autre ampleur lorsque l’on sait que la capitalisation boursière a plus que triplé depuis. A l’inverse, un investissement réalisé en 2007, alors que le rendement atteignait 2%, aurait généré une plus-value inférieure de 30%.

Les dépenses jouent un rôle clé

Enfin, les dépenses jouent elles aussi un rôle déterminant. Les adeptes du mouvement «FIRE» passent chaque poste de dépenses au crible, car réduire certains coûts peut considérablement diminuer le patrimoine nécessaire pour prendre une retraite anticipée.

La différence entre un budget annuel de 70'000 et de 80'000 francs est loin d’être anodine: selon la règle des 4%, il faut disposer de 1,75 million de francs dans le premier cas, contre 2 millions dans le second. Autrement dit, chaque franc de dépenses supplémentaires se traduit par 25 francs de patrimoine à constituer.

Une planification financière rigoureuse

Qu’il s’agisse du mouvement «FIRE» ou d’une «retraite anticipée allégée», une planification financière rigoureuse est centrale. Il est judicieux de raisonner à rebours, en partant du niveau de vie que l’on souhaite maintenir. Les préférences personnelles jouent donc un rôle central: vais-je rester en Suisse ou m’installer à l’étranger? Quel niveau de dépenses je souhaite, selon les différents scénarios? 

En Suisse, le revenu moyen dépasse légèrement les 7000 francs par mois. Selon l’Office fédéral de la statistique, environ 51% de cette somme est consacrée à la consommation, 28% aux dépenses obligatoires – notamment impôts et assurance maladie – et près de 10% à d’autres postes (notamment d'autres assurances). 

Chez les retraités, la répartition est similaire, mais le budget total est inférieur d’environ un tiers, pour s’établir à quelque 4900 francs par mois. Selon la règle des 4%, il faudrait donc disposer d’un patrimoine d’environ 1,47 million de francs pour financer ce niveau de dépenses.


Budget par tranche de revenusBudget des retraités
Revenu82004750
Consommation-4200-3000
Transferts-2300-1300
Autres-800-600
Total des dépenses-7300-4900

Source: Office fédéral de la statistique; en francs et par mois

Envisager l'étranger

Alors que les dépenses de consommation peuvent être influencées activement, les dépenses liées aux transferts dépendent fortement du lieu de résidence. Seul un changement de lieu de résidence – en Suisse ou à l’étranger – permet de les réduire de manière substantielle. Le niveau des prix souvent plus bas à l’étranger constitue un allègement supplémentaire.

On peut notamment le constater notamment avec l'«indice Big Mac» du magazine économique «The Economist». Celui-ci compare depuis 1986 les niveaux de prix de différents pays. S'il ne reflète la réalité que de manière simplifiée, il offre néanmoins des repères utiles. En effet, le Big Mac est l'un des rares produits au monde à être fabriqué exactement de la même manière partout, et qui peut donc être directement comparé. 

En Suisse, ce burger coûte environ 7,30 francs, contre 6,10 euros (5,60 francs) en moyenne dans l'Union européenne (UE). Le niveau des prix en Suisse y est donc environ 30% plus élevé. En s’installant dans un autre pays de l’UE, il serait ainsi possible de réduire d’un tiers ses dépenses de consommation sans pour autant renoncer à son niveau de vie.

Le patrimoine nécessaire pour prendre une retraite anticipée passerait alors à environ 1,2 million de francs. Et si les dépenses liées aux transferts sociaux diminuent elles aussi, le capital nécessaire pourrait encore être réduit.

Constituer un patrimoine grâce au rendement

La constitution d’un patrimoine vient contrebalancer les dépenses. Une personne qui investit 600 francs par mois pendant 20 ans, en obtenant un rendement moyen de 4,9%, disposera au final d’environ 244'000 francs.

Avec une stratégie plus rentable inspirée de Warren Buffett et un rendement annuel de 12,8%, le patrimoine atteint environ 662'000 francs à l’âge de 50 ans.

Parallèlement, le capital accumulé dans la caisse de retraite augmente tout au long de la vie active. Pour un revenu moyen, les cotisations d’épargne pourraient atteindre entre 10'000 et 15'000 francs par an. Après 20 ans, avec un taux d’intérêt minimal de 2%, ce capital s’élèverait ainsi à 250'000 jusqu'à 354'000 francs. Les taux appliqués par les caisses de retraite varient toutefois fortement: plus le rendement est élevé, plus les intérêts composés font croître le capital.


50 ans55 ans
Placements
Rendement (4,9%)244'000352'000
Rendement (12,8%)662'0001'300'000
Caisse de retraite
Taux d'intérêt (2%)250'000330'000
Rémunération (2%)354'000467'000
Patrimoine disponible
Total (min)494'000682'000
Total (max)1'016'0001'767'000

Source: Calculs propres sur la base des données de la Deutsche Bank

Le temps est central

Le facteur temps joue également un rôle déterminant. En repoussant la retraitée anticipée de cinq ans seulement, le patrimoine investi atteindrait respectivement quelque 352'000 francs et 1,3 million de francs. Dans le même temps, l’avoir accumulé dans la caisse de retraite passerait à environ 330'000 à 470'000 francs. Dès 63 ans, il est aussi possible de percevoir l’AVS de façon anticipée. Pour une personne disposant d’un revenu moyen, et en tenant compte d’éventuelles lacunes de cotisation, cela représenterait environ 1800 francs mensuels. 

Pour ceux qui parviennent à tenir jusqu’à la perception de l’AVS sans trop entamer leur patrimoine et qui prévoient un budget moyen, il faut compter sur un apport personnel de 2'200 à 3'100 francs par mois à long terme. Cela correspond à un capital d’environ 660'000 à 930'000 francs. L’avoir de la caisse de retraite peut être retiré dès 58 ans pour les salariés, voire plus tôt pour les indépendants ou en cas d’émigration.

A noter que ces données reposent sur des moyennes et ne constituent que des approximations. Cette conclusion devrait toutefois s’appliquer à de nombreux cas particuliers: avec une stratégie d’investissement rigoureuse et un mode de vie modéré après la vie active, l’indépendance financière dès 55 ans est tout à fait réaliste. Et plus on investit tôt et de manière cohérente, plus la marge de manœuvre et l'indépendance financière sont grandes.


Budget SuisseBudget de l’UE



Consommation30002100
Transferts13001300
Autres600600
Total des dépenses49004000



Revenu AVS18001800
Revenu nécessaire (avec l'AVS)31002200



Capital nécessaire
Sans AVS1'470'0001'200'000
Avec AVS930'000660'000

Source: Office fédéral de la statistique, «The Economist"; en francs et par mois (hors capital)

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