Baromètre de la culture financière
Les Suisses sont incollables sur l'argent... sauf niveau retraite

Les Suisses savent tout sur l'argent, sauf ce qu'il adviendra de leur patrimoine lorsqu'ils seront âgés. C'est ce que révèle une nouvelle enquête.
Les Suisses sont les champions de l'épargne.
Photo: RMS
Reza Rafi

Ils contrôlent chaque franc et versent consciencieusement leurs cotisations au pilier 3a. En matière de culture financière, les Suisses obtiennent la note exceptionnelle de 83,4 sur 100, de vrais élèves modèles. Mais dès qu'on aborde la question de la prévoyance vieillesse, le silence s'installe soudain dans la salle de classe.

Le constat est amer: seule une personne sur trois a déjà vérifié au cours de sa vie s’il y avait une lacune de cotisation dans son compte AVS ou son deuxième pilier. A-t-on versé des cotisations volontaires au deuxième pilier? A peine 15%. Ont-ils rédigé un testament ou établi un mandat de prévoyance? Pas même une personne sur trois ne s’en est jamais souciée.

C’est ce que révèle le premier «Baromètre de la culture financière» de gfs.bern, commandé par la Banque Migros. L’enquête se lit comme un diagnostic: plus la décision est désagréable, plus elle est reléguée au fond d’un tiroir.

Près de la moitié des personnes interrogées ont des soucis financiers

Pourtant, les Suisses font figure de référence en matière de finances. Ils disposent des compétences nécessaires pour gérer leur argent au quotidien. Trois personnes sur quatre maîtrisent leurs revenus et leurs dépenses: 59% épargnent régulièrement, tandis qu'une personne sur deux investit dans des fonds, des ETF ou des actions.

Sur le plan financier également, la majorité se porte à merveille: 89% s’en sortent sans difficulté, 86% pourraient régler de leur poche une facture imprévue de 2500 fr., sans recourir à un crédit.

Et pourtant, près de la moitié (46%) est régulièrement en proie à des soucis d’argent. L’étude ne précise pas d’où vient exactement cette angoisse: s’agit-il de réelles difficultés financières ou simplement d’un mauvais pressentiment? Ce chiffre à lui seul devrait donner à réfléchir.

«L’enquête montre que la stabilité financière ne va pas toujours de pair avec la sécurité émotionnelle. Nous estimons qu’il est de notre responsabilité d’apporter orientation et sécurité grâce à un conseil global et à des solutions concrètes», déclare Manuel Kunzelmann, directeur général de la Banque Migros, à Blick.

Quid du deuxième pilier?

Ce sont les jeunes qui sont les plus touchés. Près d’un tiers des 18-29 ans repousse la prévoyance en répétant sans cesse la même phrase: «J’ai encore le temps.»

Pourtant, les jeunes adultes se montrent par ailleurs presque exemplaires. Ils sont 66% parmi les 18-39 ans à verser régulièrement des cotisations dans le pilier 3a – un chiffre supérieur à la moyenne nationale de 55%. Plus de la moitié s’est même fixé des objectifs d’épargne clairs.

Mais dès que les choses se compliquent, c’est fini. Seuls 26% ont déjà vérifié s’il y avait des lacunes dans leur certificat de prévoyance. A peine 8% ont effectué un rachat dans le deuxième pilier.

Ce qui fait mal: près d’une personne sur deux parmi les 18-39 ans – 48% – avoue ouvertement qu’elle n’a tout simplement pas assez d’argent pour s’occuper de sa prévoyance. Chez les 40-64 ans, la situation n’est guère plus réjouissante, avec 45%. Pour beaucoup, la prévoyance n’est apparemment pas une question de volonté, mais de moyens.

Les hommes en savent plus

Un fossé se creuse également en matière de connaissances financières. Dans presque toutes les tranches d’âge, les hommes obtiennent de meilleurs résultats que les femmes. Une différence particulièrement marquée chez les 18-29 ans. De plus, ceux qui gagnent mieux leur vie et ont fait des études supérieures en savent davantage sur l’argent. Ceux qui ont peu de moyens ont tendance à être à la traîne en matière de connaissances.

La raison est évidente: ceux qui sont plus souvent confrontés aux hypothèques, à la prévoyance ou aux placements acquièrent automatiquement plus d’expérience.

En matière de conseils, les Suisses préfèrent s’adresser à leur banque. Avec 7,3 points sur 10, c’est elle qui bénéficie de la plus grande confiance – devant l’Assurance-vieillesse et survivants (AVS) (6,9) et les caisses de pensions (6,6). En bas du classement: les «finfluencers», qui obtiennent un maigre 1,7 point.

Pour autant, les Suisses ne font pas entièrement confiance à leur banque: 85% d’entre eux pensent que les banques et les compagnies d’assurance ne pensent qu’à leurs propres intérêts. Ils sont 56% à trouver que les informations financières qu’ils reçoivent sont tout simplement trop compliquées.

Les connaissances sont là, mais...

Les Suisses ne sont pas réfractaires à la finance. Leur problème commence là où cela devient inconfortable, comme le montre l’enquête: donc face à des décisions complexes et qui semblent lointaines.

Pour Manuel Kunzelmann, ce baromètre est «un point de départ, pas une fin en soi». «Grâce à cette étude, nous savons désormais assez précisément où il est difficile de passer à l'action.» C'est là qu'il faut intervenir «avec des solutions compréhensibles plutôt qu'en pointant du doigt». Cela pourrait également être utile à l’élève modèle.

Pour le «Baromètre de la culture financière 2026», gfs.bern a interrogé 3572 personnes âgées de 18 ans et plus en Suisse. L’enquête a été réalisée du 29 juin au 23 juillet 2026, sous mandat de la Banque Migros.

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