Un revirement surprenant
Contre toute attente, les taux hypothécaires s'effondrent

Alors que les experts prévoyaient une hausse généralisée, un virage à 180 degrés secoue le marché hypothécaire. Cette baisse inattendue des taux d’intérêt offre une bouffée d'oxygène aux propriétaires.
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Les taux hypothécaires ont sensiblement baissé pour presque toutes les durées de prêt
Photo: Keystone
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Luca Niederkofler
Cash

La situation au Moyen-Orient s'étant quelque peu calmée et les Etats-Unis et l'Iran menant des discussions concrètes en vue d'un cessez-le-feu, les investisseurs se tournent à nouveau vers des placements à haut risque. Dans le même temps, plusieurs banques centrales ont déjà relevé leurs taux directeurs ou annoncé leur intention de le faire. Ces deux facteurs auraient dû en théorie entraîner une hausse des taux d’intérêt – et c’était effectivement le cas jusqu’à il y a quelques semaines. 

Or, un revirement surprenant se profile désormais. Les rendements des obligations d’Etat allemandes à dix ans s’établissent à 2,9%, leur plus bas niveau depuis trois mois. En Suisse également, les taux d’intérêt baissent sur toute la ligne. Le rendement des obligations suisses à deux ans s’établit à 0,013%, ce qui correspond également à son plus bas niveau depuis trois mois.

Pour les échéances à temps fixe de cinq ans, le rendement est passé de 0,3% à 0,13% depuis la mi-juin. Quant aux obligations à dix ans, elles s’établissent à environ 0,28%, se rapprochant ainsi du niveau de mars 2026 – c’est-à-dire de la période qui a suivi de peu l’attaque américaine contre l’Iran –, après avoir grimpé jusqu’à 0,6 % jusqu’à la mi-mai.

Quelles sont les raisons?

En réalité, les récentes décisions des banques centrales de la zone euro et de la Suisse auraient dû, en principe, entraîner une hausse des taux d’intérêt. Ainsi, le Conseil des gouverneurs de la BCE a relevé le 11 juin le taux de dépôt de 2,0% à 2,25%. Ce resserrement était toutefois anticipé par le marché et avait déjà été entièrement pris en compte dans les cours. 

La décision de la Banque nationale suisse (BNS) de ne pas modifier ses taux le 18 juin creuse à nouveau l’écart de taux avec la zone euro, ce qui rend les obligations d’Etat suisses moins attractives en comparaison directe. En théorie, un tel mécanisme s’accompagne également d’une hausse des rendements.

Le fait que les taux d’intérêt baissent néanmoins, notamment en Suisse, s’explique par des raisons fondamentales. Selon Valentino Guggia, de la Banque Migros, la bonne santé de l’économie locale, le faible niveau d’inflation ainsi que le rôle traditionnel du franc suisse en tant que valeur refuge l’emportent. Ces facteurs compensent largement un éventuel renforcement de l’euro résultant de l’écart de taux plus important. Les placements en francs suisses devraient donc être d’autant plus attractifs.

Un soulagement pour les propriétaires

Indépendamment des causes macroéconomiques, ces évolutions devraient réjouir les propriétaires immobiliers. Les taux hypothécaires ont sensiblement baissé sur presque toutes les durées. Ainsi, l’indice des taux pour l’immobilier résidentiel de hypotheke.ch s’établit à nouveau à 1,49%. Ce niveau avait été enregistré pour la dernière fois à la mi-mai, avant que le baromètre ne remonte entre-temps à 1,62%.

Les conditions d’un prêt hypothécaire à taux fixe sur dix ans se situent entre 1,29% et 2%, celles de ses homologues à vitrine de cinq ans entre 1,1% et 1,7%. Les solutions de financement à court terme, d’une durée de deux ans, sont proposées à partir de 0,97%, et les marges Saron oscillent, selon hypotheke.ch, entre 0,75% et 1,35%.

Pour les emprunteurs et les futurs propriétaires, deux questions essentielles se posent donc: comment les taux d’intérêt vont-ils évoluer, et faut-il saisir cette opportunité pour renouveler ses crédits? Les marchés monétaires à terme ne prévoient pas de nouvelles hausses des taux directeurs en Suisse pour l’année en cours. Pour l’année prochaine, les experts estiment qu’une hausse modérée de 25 points de base est envisageable. Actuellement, le taux directeur s’élève à 0%. 

Selon la LSEG, certains experts tablent quant à eux sur une hausse des taux d’intérêt dès le premier trimestre 2027. Parmi eux figure Brian Mandt, économiste en chef de la Banque cantonale de Lucerne. Il prévoit pour les mois à venir un taux d’inflation modéré d’environ 0,6%. Une réouverture durable du détroit d’Ormuz devrait en outre freiner la pression à la hausse sur les prix de l’énergie. Cependant, la BNS ayant récemment qualifié explicitement sa politique monétaire d’expansionniste, un resserrement de la politique monétaire l’année prochaine reste donc un scénario réaliste.

Les débiteurs de Saron en profitent

UBS table quant à elle sur un resserrement à partir du deuxième trimestre et J. Safra Sarasin prévoit une éventuelle hausse des taux vers la fin de l’année. Ces estimations restent toutefois une exception: les 28 autres établissements financiers interrogés par LSEG sur les 31 ne prévoient aucune hausse des taux d’intérêt au moins jusqu’au second semestre 2027. Beaucoup d’entre eux n’ont toutefois pas encore fourni d’estimation pour le quatrième trimestre.

Les taux hypothécaires devraient donc rester bas pendant encore un certain temps. Les emprunteurs Saron en profitent tout particulièrement. Et ils peuvent envisager l’avenir sereinement malgré des hausses de taux potentiellement lointaines: aucun risque réel d’inflation n’est encore en vue en Suisse.

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