Le titre le moins cher en Bourse
Après une chute abyssale, cette action suisse rebondit fortement

Cette année, l'action d'une pharmacie en ligne suisse est le titre le moins cher de la bourse locale. Est-ce un argument d'achat? Analyse.
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Quelle est l'action suisse la moins chère en 2026?
Photo: keystone-sda.ch
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Luca Niederkofler
Cash

L'action DocMorris est actuellement la moins chère de Suisse selon des indicateurs classiques comme le rapport entre la valeur d’entreprise et le chiffre d’affaires. Celui-ci atteint 0,4, alors que la plupart des titres du SMI se négocient entre 3 et 5.

Malgré son potentiel de croissance, le titre figurait encore récemment parmi les pires du marché. Fin 2021, l’action valait près de 430 francs avant de s’effondrer pendant plusieurs années jusqu’à environ 4 francs en mars dernier.

Depuis, la tendance semble toutefois s’inverser. Le titre a parfois rebondi de 90% par rapport à son plus bas niveau. Les investisseurs se demandent désormais s’il s’agit d’un véritable retournement durable ou simplement d’un regain d’optimisme passager, alors que les problèmes fondamentaux restent présents. 

L'action la moins chère de 2024

Une valorisation faible ne constitue pas forcément un bon argument d’achat. Tout dépend surtout de la capacité d’une entreprise à améliorer durablement sa situation. Les précédents exemples des «actions suisses les moins chères» analysées par Cash le montrent.

Hochdorf, action la moins chère de 2024, a disparu de la Bourse. La situation financière du groupe l’avait rendu quasiment incapable d’agir. Après le démantèlement de ses activités, Centiel a repris son enveloppe boursière en avril 2026. 

La situation d’Orior était plus favorable. L’an dernier, le groupe alimentaire était considéré comme l’action la moins chère du pays. Son vaste plan de restructuration commence désormais à produire des résultats. Depuis la publication des derniers chiffres fin mars, le titre a parfois bondi de 40%.

Un enfant à problèmes bien connu

Pour 2026, DocMorris est devenue l’action la moins chère de la Bourse suisse. Sur douze mois, le titre a perdu environ un tiers de sa valeur et plus de 95% sur cinq ans.

Cette chute de long terme s’explique notamment par une croissance plus faible que celle de la concurrence et une dégradation des marges déjà limitées. Plusieurs augmentations de capital ont aussi fortement entamé la confiance des investisseurs. 

Le récent rebond du titre s’explique surtout par les chiffres trimestriels publiés en avril ainsi qu’un moral des investisseurs en nette amélioration. Les derniers chiffres d’affaires ont dépassé les attentes et la direction a confirmé ses objectifs de rentabilité opérationnelle et de cash-flow. Ces éléments nourrissent l’espoir d’un retour prochain à l’équilibre financier. Mais le passé pousse à la prudence. 

Des attentes optimistes

Pendant des années, DocMorris a suscité des attentes jugées trop ambitieuses. Depuis 2021, le chiffre d’affaires réel est systématiquement resté sous les prévisions. Côté bénéfices, le groupe déçoit depuis neuf ans.

En 2020, l’entreprise prévoyait encore une croissance de 20% du chiffre d’affaires. Un an plus tard, cet objectif était réduit à une croissance «à deux chiffres». En 2023 puis 2024, les attentes ont même été revues vers des baisses de chiffre d’affaires de 24% puis 8%. Malgré ces corrections, les objectifs n’ont jamais été atteints.

Les prévisions continuent d’être revues à la baisse. Il y a un an, le consensus tablait encore sur un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de francs en 2026. Il n’est désormais plus que d’environ 1,2 milliard. Les prévisions pour 2028 ont également été réduites de 2,1 milliards à 1,45 milliard de francs.

Même constat pour la rentabilité. Les prévisions ont souvent été trop optimistes et rien ne garantit encore que le seuil de rentabilité soit atteint cette année. Les analystes d’UBS restent sceptiques. La banque estime que DocMorris pourrait atteindre ses objectifs de croissance du chiffre d’affaires, mais pas avant 2027 pour la rentabilité opérationnelle et 2028 pour un cash-flow positif.

Une question de crédibilité

Aujourd’hui, DocMorris semble davantage ressembler à Hochdorf qu’à Orior: attentes trop élevées, pertes chroniques et rentabilité insuffisante. L’entreprise reste sous forte pression financière. 

Le cash-flow négatif oblige le groupe à chercher en permanence des solutions pour éviter des problèmes de liquidités. Deux options existent: lever des fonds via des augmentations de capital ou davantage d’endettement, ou réduire fortement les coûts. Les premières solutions ont déjà largement été utilisées.

L’entreprise tente donc désormais de réduire massivement ses dépenses, notamment dans le marketing. Une stratégie compréhensible à court terme, mais qui pourrait fragiliser sa croissance future. Une baisse des téléchargements de l’application DocMorris pourrait notamment profiter à son concurrent Redcare Pharmacy sur le marché allemand des ordonnances électroniques.

DocMorris reste ainsi piégée dans une situation délicate. Le groupe doit améliorer rapidement sa rentabilité tout en continuant à investir suffisamment dans sa croissance. Dans ce contexte, la récente remontée du titre apparaît impressionnante, mais insuffisante pour parler d’un véritable changement de tendance durable. Pour assurer sa survie à long terme, l’entreprise devra encore mener des améliorations profondes.

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