Une ressortissante polonaise a comparu mercredi devant le Tribunal cantonal valaisan (TC). Elle est accusée d'être l'une des protagonistes de l'assassinat d'un Afghan à Haute-Nendaz en 2023. Elle risque 15 ans de prison pour assassinat ou complicité d'assassinat. Deux Afghans, un frère et une soeur, ont planifié l'assassinat de l'un de leurs compatriotes, qu'ils accusaient d'avoir supprimé leur père, en 2022, au Pakistan. Le crime s'est déroulé le 13 juin 2023, à Haute-Nendaz. Afin d'y parvenir, la soeur est entrée en contact avec la future victime et un réfugié afghan, domicilié en Suisse, pour connaître les habitudes de la personne à abattre.
Arrivé sur les lieux en provenance d'Allemagne avec sa compagne, le frère a poignardé mortellement son compatriote. Au moment de commettre son crime, l'homme a laissé en main de la victime, son propre portable. Son contenu a permis de découvrir de nombreux clichés en rapport avec la préparation minutieuse dudit assassinat et de l'arrêter.
Une collaboration active
Reparti en Allemagne après son crime - pays dont il détient le passeport -, l'auteur des faits y a été arrêté, puis condamné à la réclusion à vie. Extradée, sa soeur comparaitra prochainement devant le Tribunal d'arrondissement d'Hérens-Conthey.
Ce mercredi, le TC a jugé la petite amie de l'assassin. «Elle a collaboré de manière intentionnelle et déterminante, avec son compagnon, à la décision de commettre un crime, à son organisation et à son exécution (ndlr: en servant de chauffeur, en mettant à disposition son véhicule et en faisant le guet pour lui permettre de passer à l'acte, sans témoins), de sorte à en devenir un participant principal», a résumé le procureur Olivier Vergères, durant sa plaidoirie. Il a requis une requalification des faits.
«Aucune circonstance atténuante»
En première instance, en mars 2025, la Polonaise avait été condamnée pour complicité de meurtre à 4 ans de prison. Mercredi, le représentant du Ministère public a plaidé pour une peine de 15 ans pour assassinat ou complicité d'assassinat. «Sa faute est extrêmement grave. Elle n'a aucune circonstance atténuante. Sa participation à ce crime était essentielle», a estimé Olivier Vergères.
Selon le procureur, l'accusée était au courant des desseins de son petit ami et elle s'était dit prête à le soutenir.» La principale concernée a nié en bloc. «Au moment d'arriver à Haute-Nendaz, il m'a juste dit qu'il partait régler un problème de famille, que je devais lui dire si je voyais des passants, puis le reprendre avec ma voiture.» «Ce véhicule, ma cliente l’avait acheté pour son compagnon. C'est lui qui s'en servait», a précisé son avocat Me Raphaël Balet.
«C'est une victime»
Pour l'accusation, «la prévenue a vu la victime arriver blessée et couverte de sang à proximité de son véhicule, avant de quitter les lieux, puis de récupérer son compagnon, un peu plus tard.» Entre-temps, la jeune femme dit avoir tenté, en vain, d'appeler des prochains, consciente que quelque chose clochait. «Je suis ensuite retournéeà Haute-Nendaz parce qu’il me l’a ordonné d’une manière agressive. Je n’avais pas le choix. J'ai bien pensé aller voir la police, mais je ne connaissais même pas le numéro d'urgence.»
«M. le Procureur a dépeint une image injustice et profondément inhumaine de ma mandante», a pour sa part souligné, Me Balet. «Il s’agit d’une jeune femme ordinaire dont la vie a basculé ce 13 juin 2023 parce qu’elle se trouvait à proximité du lieu où un crime a été commis. On veut la juger pour n’avoir pas pu éviter le drame, alors qu’il s’agit de la seconde victime de cette affaire.»
Intimidations physiques et psychologiques
Durant leur relation, «ma cliente a subi des menaces physiques et des abus sexuels par un homme qui exerçait sur elle, une emprise psychologique et physique. Elle s’est fait entrainer, malgré elle, dans une histoire sordide. Sa relation avec l’auteur du crime est le seul point qui les relie.»
De retour en Allemagne, l’auteur des faits a menacé de s’en prendre à la mère de sa petite amie. «Si tu dis quoi que ce soit, je te tue et je m'en prendrai à ta famille, en Pologne, et je t’impliquerais dans cette affaire, en disant que tu savais tout», a conclu la prévenue. Le tribunal rendra son verdict prochainement.