Une étude du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) a donné la voix aux personnes souhaitant avoir recours au suicide assisté pour mieux comprendre leur démarche. Il en ressort que leur décision repose rarement sur une seule raison mais qu'elle se construit progressivement au cours d'une vie.
L'étude a porté sur 30 personnes activement engagées dans une telle démarche. Il s'agissait de 17 femmes et 13 hommes de 35 à 97 ans, dans les trois principales régions linguistiques de Suisse, a indiqué le CHUV mardi dans un communiqué. Dans ce cadre, des entretiens approfondis ont été menés entre 2023 et 2025, à l’hôpital ou au domicile, par une équipe interdisciplinaire réunissant des spécialistes des soins palliatifs et des sciences humaines et sociales.
«Jusqu’à présent, nous disposions de relativement peu de données recueillies directement auprès des personnes qui demandent un suicide assisté. Nous voulions entendre leur voix, comprendre comment elles expliquent leur décision et ce qui compte réellement pour elles», a expliqué la sociologue Solenne Blanc, citée dans le document.
Plusieurs «dimensions»
L'étude constate que les raisons de recourir à l'aide au suicide, tout comme le parcours de vie, diffèrent chez chaque individu. Elle a cependant mis en lumière «six dimensions qui se combinent, interagissent et évoluent au fil du temps».
Parmi celles-ci figurent l'envie d'imaginer, de façonner et de rester acteur de sa propre mort, parfois bien avant l'apparition de problèmes de santé. Le désir d'être entendu et compris par ses proches constitue aussi un paramètre, tout comme l'envie de disposer d'une solution fiable pouvant être actionnée si une situation devenait insupportable en termes de douleur, de dépendance ou de perte du sens de la vie. Enfin, la crainte de rater une fenêtre d'opportunité au terme de laquelle une telle démarche ne serait plus possible compte également.
Ces résultats «invitent à ne pas réduire une demande de suicide assisté à un symptôme, à un événement déclencheur ou à la seule intensité d’une souffrance au moment où elle est formulée», poursuit le CHUV.
Ouvrir le dialogue
En outre, le fait de reconnaître cette complexité ne revient «ni à approuver ni à décourager la démarche. Cela permet d’ouvrir un dialogue clinique plus attentif à ce que la personne vit, redoute et cherche à préserver», souligne la Professeure Claudia Gamondi, cheffe du Service de soins palliatifs et de support du CHUV, également citée dans le communiqué.
La Suisse a été le premier pays au monde à permettre le suicide assisté, dès 1942, rappelle l'hôpital universitaire. Depuis, une quinzaine de pays l'ont imitée. En Suisse, en 2023, l’Office fédéral de la statistique a recensé 1729 suicides assistés, ce qui représente entre 2 à 3% des décès, un chiffre en constante augmentation depuis dix ans, indique encore le CHUV.