Polémique à Corsier (GE)
Le comportement déplacé d'un civiliste auprès d'une fillette inquiète

Après le témoignage d’une fillette, un civiliste a été écarté de l’école primaire de Corsier, à Genève. Des parents veulent savoir pourquoi ils n’ont pas été informés de sa présence et comment il a pu se retrouver seul avec des élèves.
Après le témoignage d’une fillette, un civiliste a été écarté de l’école Coriser, à Genève. (Image d'illustration)
Photo: Salvatore di Nolfi
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Luisa GambaroJournaliste RP

Une affaire louche fait des remous au sein de l’école primaire de Coriser, à Genève. Le vendredi 5 septembre, Kira Andreasson, conseillère municipale libérale-radicale (PLR) du petit village de la rive gauche, récupère son fils à l’école. Elle aperçoit un inconnu sortir de l’établissement aux côtés de l’enseignante. Son enfant lui explique que cet homme a passé l’après-midi dans sa classe et qu’il a fait de nombreuses grimaces dans le dos de l’enseignante, sans qu’elle s’en aperçoive, perturbant la concentration des élèves.

Aux alentours de 17h, Kira Andreasson reçoit un appel d’une autre maman d’élève, qui lui confie le récit de sa fille, tout juste rentrée de l’école elle aussi. Pendant la récréation, l’enseignante s’est absentée avec certains élèves, le laissant seul dans la classe avec sa fille. Il lui aurait dit: «Tu sais, j’ai cinq femmes. C’est normal d’avoir plusieurs femmes. D’ailleurs, tu veux voir les photos de mes femmes?» Il lui aurait ensuite montré ces photos sur son téléphone en lui disant que «c’est normal d’embrasser sa femme», puis de lui montrer une autre photo où il embrassait effectivement une femme.

La petite fille aurait poussé une exclamation de dégoût avant d'être rejointe par une autre enfant, encore présente dans la classe. Une fois dans la cour d’école, l’homme se serait montré très tactile avec cette même petite fille en la prenant par le bras. Ce n’est qu’une fois rentrée à la maison qu’elle a demandé à sa mère si c’était «normal d’avoir plusieurs femmes».

«Si la petite fille n’avait pas parlé, on ne l’aurait pas su. Si cette personne était capable de faire ça à sa première intervention dans la classe, je n’imagine pas ce qu'il aurait pu faire après deux ou trois semaines», déclare Kira Andreasson.

«La petite fille regrette d’avoir parlé»

Cet homme est un civiliste, présenté par l’enseignante le jour-même aux élèves. Leurs parents déplorent ne pas avoir été prévenus de son arrivée lors d'une soirée d'école, trois jours plus tôt. En apprenant cette histoire, des familles ont contacté le jeune homme pour avoir des explications, mais il nie les faits.

Kira Andreasson relaie le témoignage de la camarade de son fils à la directrice, qui en accuse réception et appelle la maman de la petite fille le samedi 6 septembre. Elle lui confirme que le civiliste sera absent lundi matin. Depuis, il n’a plus été revu à l’établissement. Mais avec le soutien d’une dizaine d’autres parents, Kira Andreasson insiste et demande une séance d’information exceptionnelle «dans les meilleurs délais» pour comprendre comment cette situation a pu se produire.

«La petite fille en question regrette d’avoir parlé, car elle a senti que sa maîtresse était maintenant un peu différente avec elle, un peu plus dure, puisque cette affaire la mettait en cause», explique Kira Andreasson.

«Une très mauvaise gestion de l'incident»

En effet, la conseillère municipale estime que l'enseignante a confié trop de responsabilités à ce civilisite. Le 16 septembre, la directrice lui répond que «la situation est traitée avec les personnes et les instances compétentes», dans un mail que Blick a pu consulter.

Elle ajoute être tenue «à un devoir de confidentialité» et que «les personnes directement concernées» seront tenues au courant de la situation. «Depuis, plus rien», fulmine Kira Andreasson. Elle se sent flouée: elle estime être elle aussi directement concernée par cette situation, au même titre que d’autres parents.

«Comme l'école ne fait rien, on remet en cause la parole de la fillette. Malheureusement, il y a une très mauvaise gestion de l’incident et ça laisse maintenant libre cours à des rumeurs», ajoute la maman.

Pour cette dernière, cette affaire prouve que la formation des civilistes en Suisse est lacunaire. «Après une petite formation, à la crèche, ils peuvent déjà faire les soins corporels, l’hygiène, l’alimentation. Or, on demande au personnel d’avoir des diplômes, pas aux civilistes, alors qu'is ont accès à nos enfants», fustige-t-elle.

Une formation expéditive?

Pour rappel, la formation des civilistes dépend de la durée de leur affectation. Si elle dure moins de 54 jours, ils ne sont obligés de suivre aucun cours. S’ils sont affectés plus de 54 jours à un établissement scolaire, ils doivent suivre un cours de base obligatoire de cinq jours dispensé par l'Office fédéral du service civil (CIVI). Si leur affectation dépasse les 180 jours, ils doivent alors suivre un deuxième cours d’approfondissement.

Contacté par Blick, le CIVI nous confirme avoir été informé de cet incident, mais ne pas pouvoir donner plus de détails à ce sujet pour des raisons liées à la protection de la vie privée. En cas de «comportement inacceptable» de la part d'un civiliste signalé par un établissement, «le CIVI réagit de manière cohérente (interruption de l'affectation, examen des mesures juridiques à prendre)», précise une porte-parole. Concernant la formation des civilistes, la porte-parole du CIVI explique que «les programmes des cours sont régulièrement adaptés et tiennent compte des évolutions sociales ainsi que des exemples tirés de la pratique des civilistes.»

Un établissement scolaire devrait-il être obligé d'informer les parents de la venue d'un civiliste? «La manière dont les écoles communiquent sur le déploiement des civilistes leur appartient», tranche le CIVI. Par ailleurs, si les civilistes «ne doivent pas passer d'examen à la fin des cours d'approfondissement» afin de vérifier leurs connaissances, ce sont «les établissements d'affectation qui décident de l'aptitude des civilistes à l'affectation qui leur est confiée», ajoute la porte-parole.

Egalement sollicitée par Blick, la direction de l’établissement nous renvoie vers le Département d’Instruction Publique (DIP) de Genève, qui n'a pas encore répondu à notre demande d'interview.

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