En bref
- Genève vote le 27 septembre sur une initiative socialiste rendant toute contraception gratuite
- La droite et le Conseil d'Etat s'y opposent, évoquant 20 millions et un manque de ciblage
- Aux HUG, le planning familial pointe le prix et l'accès comme obstacles récurrents
«Le sexe n'est pas un luxe». Ce slogan apparaît aux quatre coins de Genève à l'approche de la votation du 27 septembre sur la contraception. Mais un lieu discret en dit bien plus que n'importe quelle affiche. Derrière le grand bâtiment Julliard des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), une construction plus modeste abrite le planning familial. Ici, écoute et bienveillance sont de mise, bien loin de la bataille politique qui se joue à l'extérieur. Dans ses couloirs défilent chaque jour des adolescentes, des étudiants, des couples. Et, surtout: trois quarts de ses 4000 consultations annuelles sont demandées par des personnes âgées de moins de 25 ans.
Genève se prononcera, ce 27 septembre, sur l'initiative socialiste qui veut rendre la contraception gratuite. Le texte vise la gratuité de l'ensemble des méthodes disponibles: préservatifs, pilule, contraception d'urgence, implants, patchs, anneaux et stérilets. En cas de oui, Genève deviendrait un précurseur, le premier canton à proposer cette mesure. A gauche, on soutient l'initiative au nom de l'égalité et pour soulager le porte-monnaie des femmes. La droite s'oppose à la gratuité totale, dénonce un coût de 20 millions par an et critique l'absence de ciblage. Le Conseil d'Etat appelle à refuser cet objet. Blick a voulu savoir ce qu'en pensent des spécialistes confrontés à cette question sur le terrain.
En résumé: les députés de droite se sont emmêlé les pinceaux au moment de voter.
Dans le détail: L'initiative pour la contraception avait été refusée par la majorité du parlement, si bien que la commission de la Santé du Grand Conseil a travaillé plusieurs mois sur un contre-projet proposant uniquement la prise en charge des préservatifs masculins. De retour en plénière, le contre-projet semblait séduire lors des débats. Mais voilà qu'au moment des votes, surprise: il est refusé à l'unanimité! La droite pensait voter sur l'initiative, elle a donc refusé; à gauche, l'objet du vote a lui été bien compris et, naturellement, les élus ont refusé le contre-projet. Situation plutôt cocasse, «heureusement qu'on ne votait pas sur le budget», plaisantait un élu PLR auprès de nos confrères de «La Tribune de Genève».
En résumé: les députés de droite se sont emmêlé les pinceaux au moment de voter.
Dans le détail: L'initiative pour la contraception avait été refusée par la majorité du parlement, si bien que la commission de la Santé du Grand Conseil a travaillé plusieurs mois sur un contre-projet proposant uniquement la prise en charge des préservatifs masculins. De retour en plénière, le contre-projet semblait séduire lors des débats. Mais voilà qu'au moment des votes, surprise: il est refusé à l'unanimité! La droite pensait voter sur l'initiative, elle a donc refusé; à gauche, l'objet du vote a lui été bien compris et, naturellement, les élus ont refusé le contre-projet. Situation plutôt cocasse, «heureusement qu'on ne votait pas sur le budget», plaisantait un élu PLR auprès de nos confrères de «La Tribune de Genève».
Derrière la bataille politique, le terrain
Les questions de contraception sont au cœur du travail de l'Unité de santé sexuelle et planning familial des HUG depuis sa création. Dans un canton où le taux d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) est le plus élevé de Suisse, avec près de 11 interruptions pour 1000 femmes, la volonté politique de répondre à la problématique n'est pas nouvelle: c'est en 1965 qu'est né le Centre d'information familiale et de régulation des naissances, qui avait pour objectif de «lutter contre les avortements clandestins», rappelle Angela Walder-Lamas, conseillère en santé sexuelle, au planning familial des HUG.
Puis, en 2002, le centre est rattaché aux HUG, sans pour autant devenir «médicalisé». Il propose des consultations dites «psychosociales», des entretiens dont le but est d'offrir écoute, aide et orientation sur des thèmes de santé sexuelle. «Toutes nos consultations sont gratuites et confidentielles», insiste Angela Walder-Lamas, qui se réjouit du succès de ce service. «Je pense que les gens nous font confiance et se passent le mot».
Sur les 4000 consultations annuelles, un quart concerne une contraception d'urgence, explique la conseillère en santé sexuelle. «On parle ici de contraception d'urgence et non de 'pilule du lendemain', car elle peut être prise jusqu’à cinq jours après un rapport sexuel, même si son efficacité diminue au fil des jours», rappelle-t-elle. Comment expliquer qu'autant de personnes viennent ici pour demander cette contraception? «Notamment car on la vend à 10 francs, contre parfois 60 francs en pharmacie», avance Angela Walder-Lamas.
«Le facteur financier est très souvent présent»
Les obstacles à l'obtention d'une contraception sont nombreux, mais le prix en est certainement un: «Tous les jours, on nous parle du prix de la contraception, affirme Angela Walder-Lamas. Les barrières financières liées à la contraception jouent fréquemment un rôle dans la survenue des grossesses non désirées» Pour la spécialiste, il existe deux problèmes majeurs: le coût des moyens de contraception en soi, mais aussi le coût d'accès à ces moyens. En effet, au coût mensuel s'ajoute le coût initial de la consultation chez un gynécologue, par exemple.
Les difficultés d'accès ne sont pas uniquement d'ordre financier, nuance la spécialiste. Il est parfois difficile pour les jeunes de discuter de ces sujets avec leurs parents. Faute de pouvoir en discuter et donc de prendre un rendez-vous avec un gynécologue, certaines jeunes femmes se tournent alors vers des contraceptions moins efficaces.
Le préservatif n'est pas le moyen le plus efficace
L'indice de Pearl permet de mesurer l'efficacité pratique des différents moyens de contraception. Par exemple, selon une étude, le préservatif obtient le score de 15. C'est-à-dire que sur 100 couples qui l'utilisent, durant la première année, 15 femmes tombent enceintes. Le stérilet au cuivre s'avère bien plus efficace, avec le score de 0,8. La méthode la plus efficace est l'implant sous-cutané (0,05). Ces méthodes, certes efficaces, sont les plus onéreuses. Par exemple, à la maternité, la pose d’un stérilet coûte 68 francs, mais dans le privé, une pose peut coûter jusqu'à 500 francs, expose la conseillère en santé sexuelle.
Est-ce que la gratuité des moyens de contraception ferait chuter le nombre d'IVG? Difficile de le savoir, faute d'étude à l'appui. La bataille est donc avant tout politique, à quelques jours du verdict des urnes.