Il faut que l’enjeu soit jugé particulièrement urgent pour voir réunis, autour d’une même table, les représentants de cinq fédérations sportives très différentes, aux côtés de la présidente de Swiss Olympic, Ruth Metzler-Arnold.
Quel est le point commun entre Swiss Olympic, l’Association suisse de football (ASF), la Fédération suisse de gymnastique (FSG), la fédération de basket-ball, Swiss Paralympic et Swiss Top Sport, l’association qui regroupe les 21 plus grandes manifestations sportives du pays? Tous s’opposent à l’initiative visant à réduire de moitié les moyens de la SSR, soumise au vote le 8 mars prochain. Lors d’une rencontre avec les médias à Berne, les représentants du sport suisse ont été clairs: cette initiative porterait gravement atteinte au sport et doit être combattue sans réserve.
«Nos athlètes perdront leur scène»
Le message central est simple. Si la SSR devait être amputée de moitié, les économies nécessaires toucheraient aussi de plein fouet le sport. Les disciplines dites marginales seraient les premières victimes. Des succès récents, comme le conte de fées de l’unihockey autour des championnes du monde suisses le week-end dernier, risqueraient de ne plus être diffusés à la télévision avec la même régularité.
«Pour les fédérations, les clubs et surtout pour les athlètes, la présence sur les chaînes de la SSR est décisive», souligne Ruth Metzler-Arnold. «Ils bénéficient d’une visibilité dans toute la Suisse, ce qui les rend attractifs pour le sponsoring et les partenariats. Si la SSR est réduite de moitié, nos athlètes perdront leur scène et leur public».
Une offre unique en Europe
Chaque année, environ 9000 heures de sport sont diffusées sur les chaînes de la SSR. Cela comprend des disciplines très populaires comme le ski alpin, le football, l’athlétisme ou encore les Championnats du monde de hockey sur glace. Mais, selon le communiqué des fédérations, plus de la moitié de cette offre concerne des sports moins exposés médiatiquement.
Il s’agit notamment de basket-ball, de ski de fond, de bobsleigh, d’aviron, de motocyclisme, de gymnastique, de volley-ball ou encore de para-sport. Une telle diversité de disciplines diffusées à la télévision est considérée comme unique en Europe.
Les chaînes privées peuvent-elles prendre le relais?
C’est pourquoi le sport suisse met en garde avec insistance contre une acceptation de l’initiative dans les urnes. «Les enfants et les jeunes ont besoin de modèles qu’ils voient à la télévision», insiste Ruth Metzler-Arnold. «Si ces images disparaissent, le sport perdra une grande partie de son pouvoir d’attraction. Cette initiative touche donc au cœur même de la promotion du sport en Suisse».
De son côté, le président de la Fédération suisse de gymnastique, Fabio Corti, doute que les diffuseurs privés puissent compenser une telle perte: «Les chaînes privées ne sont tout simplement pas en mesure d’offrir une couverture de cette ampleur».
L’initiative dite de réduction de moitié de la SSR prévoit de faire passer la redevance radio-TV des ménages de 335 francs actuellement à 200 francs. Pour les représentants du sport suisse, l’enjeu est tel qu’ils ont décidé de s’engager activement dans la campagne de votation, non plus seulement comme observateurs, mais comme acteurs à part entière.