L’histoire ressemble à un roman policier. Sauf qu’elle est vraie. Et qu’elle pourrait faire vaciller les fondements mêmes du ski mondial.
De quoi parle-t-on? De l’élection à la présidence de la FIS, prévue jeudi prochain à Belgrade. Depuis la démission d’Urs Lehmann de son poste de CEO de la Fédération internationale de ski, révélée par Blick, les téléphones chauffent dans le milieu. Les équilibres sont bouleversés. Mais reprenons depuis le début.
Le milliardaire suédo-britannique Johan Eliasch (64 ans), officiellement présenté cette fois par la Géorgie, brigue un nouveau mandat. Face à lui, la Britannique Victoria Gosling et le Liechtensteinois Alexander Ospelt. Tous deux prônent davantage de coopération, de dialogue et de consensus, des valeurs dont Eliasch n’a jamais fait sa marque de fabrique.
Les grandes nations du ski montent au front
Également président du conseil d’administration du fabricant de skis Head, Johan Eliasch a laissé derrière lui beaucoup de mécontents au cours des quatre dernières années. Et dépensé beaucoup d’argent.
«Si nous continuons ainsi, nous fonçons droit dans le mur à 180 km/h», résume Diego Züger, co-directeur de Swiss-Ski. Selon lui, la fortune de la FIS serait passée de 130 à 43 millions de francs.
Ces chiffres n’ont jamais été officiellement confirmés. Une opacité qui correspond au mode de gouvernance d’Eliasch. Si tant est qu’on puisse parler d’un véritable style. Les observateurs le décrivent comme un dirigeant autoritaire, peu enclin à la remise en question. La transparence, la communication ouverte et la culture du débat ne figurent manifestement pas parmi ses priorités.
Les grandes nations du ski, en particulier, ont perdu patience. Elles resserrent désormais les rangs et souhaitent tourner la page Eliasch. La Suisse, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, les États-Unis, le Canada, la France et la Norvège devraient ainsi soutenir Alexander Ospelt lors du scrutin.
Urs Lehmann dresse un constat alarmant
Mercredi dernier, Swiss-Ski a décidé d’obtenir des réponses. La fédération souhaitait notamment des éclaircissements sur la situation financière de la FIS. Elle les a obtenus au siège d’Oberhofen, sur les rives du lac de Thoune, de la bouche d’Urs Lehmann.
Le diagnostic dressé par l’ancien président de Swiss-Ski est alarmant. Selon lui, les finances de la FIS sont dans un état préoccupant. Si rien ne change, l’organisation pourrait se retrouver en cessation de paiement d’ici deux ans.
Swiss-Ski a ensuite confronté Johan Eliasch à ces déclarations. Selon plusieurs sources, le président aurait réagi avec virulence, reprochant à Urs Lehmann son manque de loyauté. Ce dernier a alors décidé d’en tirer les conséquences en présentant sa démission vendredi.
Pour beaucoup, ce coup de théâtre pourrait porter un coup fatal aux chances de réélection d’Eliasch. Mais sera-t-il suffisant pour renverser la tendance?
Pour qui votera le Vanuatu?
Le problème des grandes nations du ski est connu: jusqu’ici, les petites fédérations ont majoritairement soutenu Johan Eliasch.
Certes, elles ne disposent souvent que d’une seule voix au congrès de Belgrade. La Suisse, par exemple, en possède trois. Mais leur nombre pourrait faire toute la différence. Eliasch a accordé une attention particulière à ces petites fédérations durant son mandat, davantage que ses prédécesseurs. Un investissement qui pourrait aujourd’hui lui rapporter gros.
Au total, 80 pays disposeront d’un droit de vote, des Samoa américaines au Vanuatu. Dès qu’un candidat franchit la barre des 50% des suffrages, il est élu.
Le spectre d’une scission
Et si Johan Eliasch conservait son poste? C’est alors qu’interviendrait le prochain rebondissement. Ou, plus exactement, un véritable séisme.
Les grandes nations du ski pourraient envisager de prendre leurs distances avec la FIS et d’organiser sous leur propre bannière les courses les plus prestigieuses du calendrier, comme Wengen, Adelboden, Kitzbühel, Val d’Isère ou Bormio.
Ce scénario reste pour l’heure hypothétique. Une chose est toutefois certaine: une défaite d’Eliasch permettrait probablement un retour rapide au calme. En revanche, une victoire risquerait d’ouvrir une nouvelle période de conflits dont personne ne mesure réellement les conséquences.
À noter enfin que Blick a adressé à la FIS une série de questions concernant ces accusations. Jusqu’à la clôture de la rédaction, aucune réponse n’était parvenue.