Les funérailles de Roland Collombin
Le Val de Bagnes a fait ses adieux à son plus grand héros

Des centaines de personnes ont rendu un dernier hommage à Roland Collombin au Châble. Parmi elles, de nombreuses personnalités du monde du sport, des compagnons de route et des amis. Un adieu chargé d'émotion et de souvenirs, pour un Valaisan hors du commun.
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Philippe Roux, Christian Constantin et Justin Murisier (de gauche à droite) font ensemble leurs adieux à Roland Collombin lors de la cérémonie funéraire.
Photo: sedrik nemeth
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Joël Hahn

Bien avant d'arriver au Châble (VS), ce jeudi après-midi, il ne fait aucun doute. C'est bien ici que le Valais va faire ses adieux à l'une de ses plus grandes figures. À l'entrée du village, des policiers régulent la circulation, le «Café de la Poste» reste fermé et des centaines de personnes affluent en silence vers l'église. Devant l’entrée, un écran diffuse des images de la carrière de Roland Collombin, de ses descentes pleines d'audace à ses grandes victoires.

Environ 550 personnes trouvent place dans l’église, tandis que de nombreuses autres suivent la cérémonie depuis l’extérieur, devant un écran. Parmi les personnalités présentes, on compte la légende du ski et son ami Bernhard Russi, l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi, le président du FC Sion Christian Constantin, le skieur Justin Murisier, l’ancien international Reto Ziegler, l’entraîneur de Sion Didier Tholot, des représentants de Swiss-Ski ainsi que de nombreux autres compagnons de route, amis et personnalités du Valais.

Peu avant le début de la cérémonie, l’ambiance change. Jusque-là, le soleil brillait sur le Val de Bagnes, mais quelques minutes avant 15 heures, des nuages sombres font leur apparition. Il commence à pleuvoir légèrement. Presque comme si le ciel lui-même faisait ses adieux à la Colombe.

Un dernier regard vers le père

À 15h05 précises, la cérémonie funéraire s’ouvre sur des chants. L’ancien skieur alpin Philippe Roux ouvre la marche en portant la croix. Derrière lui, les skieurs de la région Justin Murisier, Arnaud Boisset et Denis Corthay ainsi que Maxime Granges, un ami de la famille, portent le cercueil en bois clair jusqu’à l’église. Il est orné de fleurs blanches et d’une grande photo de Roland Collombin.

À côté, les skis Rossignol que son fils Pierre a apportés sont appuyés contre le mur – comme s’ils accompagnaient leur propriétaire une dernière fois. L’odeur de l’encens embaume l’église. Des orchidées blanches décorent l’intérieur de l’édifice. Les mouchoirs sont sans cesse de sortie.

Le moment où Emmanuelle, la fille de Roland Collombin, allume les cierges est bouleversant. Tout au long de la cérémonie, son regard se pose sur la photo de son père, placée à quelques mètres d’elle seulement.

Adolf Ogi fait sourire l’assemblée

Après la messe, Adolf Ogi s’avance à la tribune et exauce la dernière volonté de son ami. Il rend hommage à cet athlète d’exception, mais surtout à l’homme qu’était Roland Collombin. Grâce à des anecdotes tirées de leur amitié de plusieurs décennies, il parvient, malgré la gravité du moment, à faire sourire les personnes présentes à plusieurs reprises. «Quand une étincelle brillait dans ses yeux, on savait: quelque chose va se passer», a lancé l'ancien conseiller fédéral.

Pour conclure, il transmet le dernier message de Roland Collombin aux personnes présentes: «Restez heureux, au lieu de sombrer dans le désespoir.»

Des souvenirs qui restent

Le silence s’épaissit encore lorsque sa fille Emmanuelle s’avance devant l’assemblée. Elle ne parle pas de la star du ski, mais de son père. De leurs voyages ensemble, de sa famille et de la valeur inestimable que ces souvenirs ont prise. «Aujourd’hui, je sais que nous avons gagné, car ces souvenirs sont devenus les plus précieux», souffle-t-elle.

Pendant qu’elle parle, sa mère Sarah essuie une larme sur son visage. Christian Constantin et Pierre, le fils de Roland Collombin, ont eux aussi visiblement du mal à contenir leur émotion. Sarah a fait la connaissance du skieur après qu’il l’eut prise en stop sur sa moto – c’est de cette rencontre fortuite qu’est née leur histoire commune.

«Il avait toujours le même sourire»

Après la cérémonie, de nombreux invités s’attardent encore longtemps devant l’église, racontent des anecdotes et se souviennent de l’homme qui a marqué le Valais. Reto Ziegler aurait dû être à l’entraînement avec les M21 du FC Sion. Au lieu de cela, il accompagne sa femme Elodie, qui dirige un studio de Pilates avec Emmanuelle, la fille de Collombin.

Konrad Hallenbarter, ancien skieur de fond, se souvient: « Quand il arrivait, il avait toujours le même sourire. Il était très, très sympathique. On ne pouvait pas le brider. C’était un esprit libre.» Que ce soit au volant de sa Porsche ou, plus tard, en tant que restaurateur de La Streif à Martigny, Collombin est resté pour beaucoup tout simplement «Roland». Jusqu’à la fin, il se tenait lui-même derrière le four à raclette et accueillait ses clients. Bruno Würsch, qui skiait avec Roland Collombin dans sa jeunesse, ne peut s’empêcher de sourire. «Quand Roland skiait avec nous, ça ne servait à rien d’essayer de le suivre», nous sourit-il.

Cet après-midi-là, au Châble, on n'a pas seulement fait ses adieux à l’un des plus grands skieurs suisses de descente. On a également dit au revoir à un personnage valaisan haut en couleur, qui était bien plus que ses succès sur la neige. Alors que les gens se dirigent ensuite vers la «fête de la vie» souhaitée par Roland Collombin, le soleil revient lentement au-dessus de la vallée.

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