La contestation contre Johan Eliasch continue de grandir. Après Marco Odermatt – qui avait réclamé il y a quelques semaines son départ dans un entretien accordé à Blick –, c’est désormais au tour de Mikaela Shiffrin et de Loïc Meillard de critiquer ouvertement le président de la FIS.
«Je n’ai absolument aucun problème avec Johan Eliasch en tant que personne. En revanche, en tant que président de la FIS, il n’a pas tenu ses promesses. C’est pourquoi j’aimerais voir arriver quelqu’un qui travaille davantage pour le ski et moins pour lui-même», déclare sans détour Loïc Meillard.
Mikaela Shiffrin partage ce constat : «Beaucoup d’athlètes ont le sentiment que la FIS et sa direction ont manqué de transparence.» La détentrice du record de victoires en Coupe du monde reconnaît ne pas être spécialiste de la gouvernance d’une organisation de cette taille, mais insiste sur un point: «La transparence est essentielle. Je me demande parfois si c’est naïf de penser cela, mais ça ne devrait pas l’être.»
Trésorerie en forte baisse
Avant sa brillante carrière de skieur, Loïc Meillard a effectué un apprentissage dans le secteur bancaire. Mais, selon lui, nul besoin d’être spécialiste de la finance pour constater que le bilan de l’actuel président de la FIS est préoccupant. Lorsque Johan Eliasch a pris ses fonctions en 2021, la fédération disposait de quelque 130 millions de francs de réserves. Aujourd’hui, ce montant n’atteint plus que 43 millions.
«Si ces millions avaient été investis pour améliorer notre sport, je pourrais parfaitement accepter cette situation. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. Dans l’ensemble, la préparation des pistes de Coupe du monde ne s’est pas améliorée. Ce n’est pas non plus comme si nous étions mieux logés ou mieux nourris lors des compétitions», regrette Loïc Meillard.
Comme au tennis?
Une question demeure: Où sont passés les 87 millions de francs dépensés au cours des cinq dernières années? Certainement pas dans l’augmentation des primes versées aux athlètes. En octobre 2021, Johan Eliasch avait pourtant affiché de grandes ambitions: «Notre objectif doit être qu’un jour, les primes distribuées en ski atteignent le niveau de celles du tennis.»
Lors d’une visioconférence organisée pendant la saison 2024/25, le président avait également assuré aux athlètes qu’ils bénéficieraient d’une augmentation de 20 % des primes, avec effet rétroactif sur l’ensemble de la saison. Une promesse qui n’a toujours pas été concrétisée. «À la place, les primes ne sont plus versées en francs suisses, comme auparavant, mais en euros. Et comme l’euro vaut moins que le franc, ce n’est pas vraiment une bonne affaire pour nous», constate Loïc Meillard.
Les primes vont diminuer
Mikaela Shiffrin estime elle aussi que plusieurs engagements pris par la FIS sont restés lettre morte. «Cela ne signifie pas qu’aucun progrès n’a été réalisé, mais nous n’avons pas constaté de changements significatifs correspondant aux promesses qui avaient été faites», explique-t-elle. L’Américaine cite elle aussi l’exemple des primes: «En réalité, il semble même que la contribution de la FIS aux primes distribuées lors des compétitions va diminuer dans les années à venir.»
Les chiffres vont dans ce sens. Dès l’hiver prochain, les organisateurs de Coupe du monde devront garantir une dotation minimale de 168'000 euros (environ 153'000 francs) par épreuve. La contribution de la FIS ne s’élèvera pourtant qu’à 26'000 euros par événement. À titre de comparaison, à Roland-Garros, qui se tient présentement à Paris, distribuent cette année un total de 53 millions d’euros de prize money.
Fausses promesses de la FIS
Mikaela Shiffrin déplore également le manque de dialogue avec les athlètes: «On nous reproche souvent d’exprimer publiquement nos préoccupations et nos frustrations. Pourtant, lorsque nous essayons d’aborder ces sujets par les canaux officiels, les réponses tardent à venir et nous nous retrouvons face à des promesses qui ne sont pas tenues. Une grande partie des engagements pris par la direction actuelle ne se concrétise tout simplement pas.»
Le 11 juin, les fédérations membres de la FIS se réuniront à Belgrade pour élire leur président. L'anglo-suédois Johan Eliasch, qui se présente cette fois sous les couleurs de la Géorgie, parviendra-t-il à conserver son poste? De grandes fédérations, dont la Suisse et l’Autriche, souhaitent en tout cas empêcher sa réélection.
Le dernier mot revient à celle que beaucoup considèrent comme la plus grande skieuse de tous les temps: «J’espère que la personne qui dirigera la FIS à l’avenir sera véritablement aux côtés des athlètes et montrera, par sa transparence et son honnêteté, qu’elle apprécie réellement ce que nous accomplissons», conclut Mikaela Shiffrin.