Treize ans que tout un peuple attend cela. Lorsqu'on débarque dans le restaurant Saint-Léonard, aux abords de la patinoire, ce groupe d'amis discute uniquement de cela autour d'un café. «Les matches, il faut les jouer», lance l'un d'entre eux. «T'as vu? Sprunger était dehors», explique un autre par rapport à la vente des billets. À la veille du début de la finale entre Davos et Fribourg, les pronostics vont bon train.
Casquette vissée sur la tête, Andrei Bykov débarque anonymement dans l'établissement. En 2013, une telle scène se serait peut-être déroulée différemment pour le joueur désormais retraité. «L'engouement était dans toute la ville, se souvient-il. Dans mon quartier, il y avait pas mal d'enfants et, avant de partir aux matches, il me laissait des messages sur des pancartes (sourire).»
Cette euphorie s'était également matérialisée par les longues files devant l'ancienne BCF Arena, pour obtenir un sésame, tout comme cette année. Sauf qu'à l'époque, la technologie était moins avancée et acquérir un billet sur Ticketcorner était moins aisé. «J'étais l'un des premiers à débarquer à la patinoire et la queue était déjà longue», se rappelle René Matte, entraîneur-assistant des Dragons à l'époque.
Les rituels d'avant-match
L'enthousiasme était aussi bien présent dans le vestiaire. Tous les acteurs contactés s'accordent sur ce point. «En 2013, l'ambiance dans le vestiaire était incroyable», se souvient Michael Ngoy. «Cette belle unité s'est faite naturellement, ajoute Andrei Bykov. On a grandi ensemble et cela a été favorisé par la volonté des joueurs étrangers de s'identifier au club.»
Leur chef de file était Joel Kwiatkowski. Le Canadien avait instauré qu'avant chaque rencontre, l'un des joueurs venait faire le show devant ses coéquipiers. Jan Cadieux avait débarqué avec un scooter au milieu du vestiaire. Une bataille de boules de neige s'était improvisée dans les Grisons.
Mais la plus succulente anecdote reste celle en rapport avec Simon Rytz. Avant la Coupe Spengler, Hans Kossmann avait prévenu sa troupe: «On ne monte pas à Davos pour faire de la luge.» Au dernier moment, Gottéron avait engagé Cory Schneider pour épauler devant les filets et Simon Rytz se retrouvait surnuméraire. Le dernier match avant Noël et dans le vestiaire de Lugano, il avait… débarqué en luge.
«La douche froide lors de l'acte V»
C'est dans ces conditions que Fribourg a atteint sa première finale depuis 1994. Face à Berne, Gottéron avait l'avantage de la glace. Sauf qu'il l'a perdue dès le premier match (1-4). Pire, les Dragons se sont aussi inclinés lors de l'acte II (3-4) et se sont pratiquement retrouvés dos au mur face au voisin bernois. Un premier miracle a lieu, puisqu'ils remportent les deux rencontres suivantes et recollent dans cette finale. «À ce moment, tout le monde était euphorique, voire hors de contrôle, se rappelle René Matte. On pensait qu'on avait fait le plus dur… Alors qu'il arrivait.»
L'inexpérience des Fribourgeois a clairement fait défaut face au champion en titre à cet instant. «C'était horrible de louper le coche lors de l'acte V, à la maison», souffle Andrei Bykov. «La douche froide, ajoute Michael Ngoy. C'est là qu'on a vu que Berne savait gagner, et nous pas.»
Finalement, l'acte VI est rédhibitoire pour Fribourg, qui s'incline à la Postfinance Arena (5-1). Victime d'une grosse charge, Andrei Bykov ne termine pas cette rencontre. «Julien (ndlr: Sprunger) a pris ma médaille et lorsque Berne soulève la coupe, je n'étais pas sur la glace. J'avais une grosse seringue dans l'épaule, détaille-t-il. Je regrette de ne pas avoir vécu ce moment car c'est dans ceux-ci qu'on apprend le plus.»
Les similitudes avec 2026?
Retraité depuis deux ans, l'ancien No 89 a encore des contacts dans le vestiaire actuel. Voit-il des similitudes entre «sa» finale et celle de cette année? «C'est très différent et ce n'est pas plus mal, sourit-il. Il y a une sérénité et une confiance impressionnantes aujourd'hui. Nous, on était plus des feux follets.»
Encore très attaché à son club et assistant chez les U18, Andrei Bykov espère évidemment que son club de toujours aille au bout. «Fribourg va l'emporter, pronostique-t-il. Je ne sais pas en combien de matches, mais c'est égal.» De quoi effacer les démons de 2013, mais aussi ceux de 1992, 1993 et 1994.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | HC Davos | 52 | 71 | 117 | |
2 | HC Fribourg-Gottéron | 52 | 46 | 100 | |
3 | Genève-Servette HC | 52 | 15 | 91 | |
4 | ZSC Lions | 52 | 32 | 91 | |
5 | HC Lugano | 52 | 30 | 89 | |
6 | Lausanne HC | 52 | 18 | 85 | |
7 | Rapperswil-Jona Lakers | 52 | -4 | 81 | |
8 | EV Zoug | 52 | -19 | 75 | |
9 | SC Berne | 52 | -10 | 68 | |
10 | EHC Bienne | 52 | -22 | 67 | |
11 | SCL Tigers | 52 | -7 | 64 | |
12 | EHC Kloten | 52 | -26 | 63 | |
13 | HC Ambri-Piotta | 52 | -49 | 59 | |
14 | HC Ajoie | 52 | -75 | 42 |

