On pourrait discuter des heures avec Reto Berra. Le gardien a le cœur sur la main. Il raconte les choses avec naturel, profondeur et sincérité, sans jamais perdre son humour. Le héros du premier titre de l'histoire de Gottéron a même des airs de comédien. Lors de la Swiss Ice Hockey Night, cet été, il a surpris le monde du hockey suisse en montant sur scène et déclenché de nombreux éclats de rire.
Une manière de couronner une saison exceptionnelle. Avec les Dragons, Reto Berra a non seulement remporté le titre de champion de Suisse, mais aussi décroché l'Award du joueur le plus précieux des play-off, ainsi que celui de gardien de l'année.
Champion de Suisse, vice-champion du monde, lauréat de plusieurs Awards et désormais de retour à Kloten. Reto Berra l'admet facilement: «2026 est l'année la plus riche en émotions de ma carrière. Elle m'a réservé de nombreuses surprises. Mais tout est passé beaucoup trop vite.»
Le quadruple médaillé d'argent imagine que, dans 30 ou 40 ans, tout ce qu'il a vécu lui semblera encore presque irréel. Notamment ce titre remporté avec un club qui n'avait encore jamais été sacré. Lorsqu'il est revenu d'Amérique du Nord en 2018, après cinq saisons, c'était l'une des raisons qui l'avaient poussé à choisir Fribourg. «Mon instinct me disait que Gottéron avait le potentiel pour remporter le titre.»
«Il faut d'abord digérer tout cela»
Pour sa huitième saison dans la peau de dernier rempart des Dragons, le gardien de 39 ans a été l'un des grands artisans de ce sacre historique.
«Pendant longtemps, les supporters adverses chantaient: ‹Vous ne serez jamais champions.› Il faut savoir le gérer. C'est incroyable que nous ayons réussi. Et en plus le dernier jour de la carrière de Julien Sprunger, qui a joué toute sa vie pour ce club. Il faut d'abord digérer tout cela.»
Reto Berra reconnaît que le processus est toujours en cours. Tout dépend de son état d'esprit du jour. Il se décrit volontiers comme un «overthinker», quelqu'un qui réfléchit beaucoup, parfois trop. Ses pensées tournent en boucle autour de toutes sortes de sujets.
«Soudain, des moments des play-off me reviennent à l'esprit. Ils font renaître les émotions en moi.» Ou alors, il repense aux supporters qui l'ont remercié les larmes aux yeux. «Je me demande parfois si ce titre a durablement changé leur vie ou s'ils sont simplement retournés à leur quotidien.»
Le gardien ne réalise pas encore tout. Tout s'est passé beaucoup trop vite. Et voilà que le 31 mai arrive, avec la finale du Mondial, à Zurich, entre la Suisse et la Finlande. À ce moment-là, de nombreuses questions restent ouvertes pour Reto Berra, qui ne sait même pas encore quoi faire de sa maison à Fribourg. «Cela a été un été stressant. J'aurais eu besoin d'une pause plus longue.»
Le transfert à Kloten se profile. L'ancien junior des ZSC Lions révèle: «Pour moi, il n'y avait que trois options: Fribourg, Kloten ou la fin de carrière.» La raison? Le lien avec un club compte énormément pour le gardien. «Je ne pourrais pas jouer n'importe où.»
Une ombre au tableau à Kloten
Le natif de Bülach choisit de rentrer dans la région zurichoise. Un retour à la maison qui ressemble à un conte de fées. C'est exactement ainsi qu'il avait imaginé la fin de sa carrière.
«Je suis conscient du privilège que j'ai», confie Reto Berra. «Pour moi, la boucle est bouclée. Cela compte énormément et me procure un sentiment encore meilleur.»
Avec un sourire malicieux, il révèle toutefois le seul petit bémol: «Le seul problème, c'est que je ne peux pas jouer à Kloten avec mon numéro. Et en plus à cause du gardien qui m'a donné envie de le porter!»
Il parle évidemment de Reto Pavoni, le légendaire gardien de Kloten, dont le numéro 20 a été retiré et est désormais suspendu sous le toit du Schluefweg. Reto Berra a d'ailleurs immortalisé son ancien idole sur son masque.
Le nouveau portier a donc dû en choisir un autre, le 50. Son raisonnement? «Mon père est né en 1942, ma mère en 1958. Cela fait 100 au total, divisé par deux, donc 50.»
Une manière de rendre hommage à ses parents, Liz et Bruno, auxquels il sera éternellement reconnaissant pour tout ce qu'ils ont fait pour lui.
Les liens familiaux sont très forts. Sa mère et sa sœur Graziella vivent à Bachenbülach. Reto Berra passe régulièrement la nuit chez cette dernière lorsqu'il rentre tard de ses matches à l'extérieur. Lui-même vit avec sa compagne Gina dans sa ville natale, Schaffhouse.
La meilleure décision de sa vie
C'est grâce à sa sœur que le gardien, champion de Suisse avec Davos en 2009, a adopté un chien. Il y a quatre ans, il a choisi un chiot labrador prénommé Valo. «Ou plutôt, c'est lui qui m'a choisi», sourit-il.
Valo doit son nom au chanteur finlandais Ville Valo, du groupe HIM. Il est le frère du chien de Graziella. Lorsque Reto Berra le découvre au milieu de la portée, le géant de 1,94 m ne peut pas résister. Il l'emmène avec lui. «Ce fut la meilleure décision de ma vie.»
Comme pour confirmer les propos de son maître, Valo, couché à ses pieds et à moitié endormi, lève les yeux vers lui. Reto Berra lui caresse régulièrement la tête. «Je joue mieux grâce à Valo», affirme-t-il. «Je passe la journée avec lui, je dois m'occuper de lui. Il ne parle pas trop», dit-il en souriant. «Il me tire de mon monde intérieur.»
C'est notamment le cas lorsque le gardien est confronté à ses problèmes de dos récurrents. Ou aujourd'hui, alors qu'il doit s'habituer à un nouvel environnement, ce qui lui demande beaucoup d'énergie. Il faut trouver ses marques avec un nouvel entraîneur des gardiens, un nouvel entraîneur principal, les physiothérapeutes («J'en ai souvent besoin») et les coéquipiers.
Ses défenseurs réagissent en effet différemment de ceux qu'il connaissait à Fribourg. Il est confronté à d'autres tirs, à d'autres situations. «J'ai besoin de temps avant de me sentir à ma place. C'est aussi un processus.»
Le Bülachois veut montrer le meilleur de lui-même. Lorsqu'il a donné son accord à Kloten, son instinct lui disait que le club pourrait faire une belle saison. La situation s'est toutefois compliquée pour les Zurichois. Reto Berra a déjà connu ce genre de difficultés avec Gottéron. Il savait à quoi s'attendre en s'engageant à Kloten, et «où nous en sommes. Mais j'ai des visions».
Des visions dignes d'un champion. Car le club sait comment s'y prendre. «Les succès d'un outsider écrivent toujours les plus belles histoires.» Et Reto Berra aimerait bien faire partie de celle-ci.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | ZSC Lions | 17 | 33 | 44 | |
2 | HC Ambri-Piotta | 17 | 3 | 30 | |
3 | Genève-Servette HC | 18 | -7 | 29 | |
4 | SCL Tigers | 19 | 10 | 29 | |
5 | SC Berne | 16 | 6 | 28 | |
6 | HC Fribourg-Gottéron | 18 | 13 | 27 | |
7 | EV Zoug | 12 | 15 | 25 | |
8 | Lausanne HC | 19 | -11 | 24 | |
9 | EHC Bienne | 17 | -2 | 23 | |
10 | HC Davos | 18 | -9 | 23 | |
11 | HC Lugano | 17 | -5 | 22 | |
12 | HC Ajoie | 18 | -8 | 22 | |
13 | Rapperswil-Jona Lakers | 18 | -17 | 19 | |
14 | EHC Kloten | 18 | -21 | 18 |