Un duo qui fait peur
L'ambition retrouvée de la Norvège, portée par ses monstres offensifs

La Norvège est de retour sur la grande scène! Après six Euros et cinq Coupes du monde manquées, les Vikings s'avancent vers le Mondial avec ambition, portés par un secteur offensif impressionnant. La Suisse s'y frottera ce mardi, dès 18h.
Alexander Sorloth et Erling Braut Haaland devraient tous deux débuter face à la Suisse ce mardi à Oslo. Attention, gros danger!
Photo: imago/Bildbyran
Blick_Tim_Guillemin.png
Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Alexander Sørloth et Erling Haaland! Là où l'immense majorité des pays peine à former un avant-centre de classe mondiale, la Norvège en compte deux parmi le top 10. Comment ce miracle est-il possible? Quel est le secret norvégien?

Pour le savoir, Blick a posé la question au premier nommé, ce lundi à Oslo. Et le golgoth Sorloth a choisi l'humour pour répondre. «C'est quelque chose dans l'eau, je pense», a souri le natif de Trondheim, formé à Rosenborg, son seul et unique club de coeur.

«C'est normal qu'il y ait des hauts et des bas»

Et plus sérieusement? «Déjà, ça n'a pas toujours été comme ça. Lorsque je suis arrivé en équipe nationale, nous étions en pleine crise en attaque, donc je pense que c'est peut-être une question de génération. Aujourd'hui, oui, nous avons des talents sur le plan offensif et nous avons beaucoup de jeunes joueurs qui sont bons. Espérons que nous pourrons maintenir ce niveau pendant longtemps. Pour notre petit pays et notre petite population, c'est normal qu'il y ait des hauts et de bas. Profitons!», a lâché l'attaquant de l'Atletico Madrid, tout heureux du duo qu'il forme avec Erling Braut Haaland. 

«Il est tellement fort... Pour moi, c'est fantastique de jouer avec lui, car il attire toujours plusieurs défenseurs et j'ai plus d'espace», enchaîne le buteur en série des Matelassiers, lequel entend bien terroriser la défense suisse ce mardi dès 18h.

Alexander Sorloth et Erling Haaland, un duo offensif qui n'a aucun équivalent en Europe.
Photo: keystone-sda.ch

Sélectionneur de cette équipe de Norvège qui fait figure d'outsider à la Coupe du monde et qui peut compter sur un joueur du calibre de Martin Odegaard en soutien de ses deux attaquants, Ståle Solbakken est heureux de pouvoir compter sur ce duo de feu. Mais pour autant, le coach ne pense pas qu'il s'agit d'une réussite de la politique de formation norvégienne.

«Si vous regardez notre championnat, vous vous apercevrez que nous n'avons pas d'autre numéro 9 costaud et puissant en réserve, dévoile-t-il. Au cours des quinze dernières années, nous avons formé de nombreux milieux de terrain, nous avons été performants dans d'autres aspects que celui des attaquants. Nous avons créé d'autres types de joueurs par rapport aux années 90, mais je pense que nous avons un peu négligé de garder les joueurs physiques et puissants plus longtemps dans les centres de formation. Et nous sommes reconnaissants qu’Erling et Alex aient en quelque sorte caché ce manque.»

Le tir a été corrigé. «Dans tous les centres de formation et lorsque nous parcourons la Norvège, nous essayons de développer les points forts physiques des joueurs, car nous avons également besoin de ce type de joueurs.»

La situation réelle ne serait ainsi pas si différente de celle de la Suisse, par exemple. «Mais nous avons Erling et Alex, cela fait une grande différence.»

Stale Solbakken, sélectionneur de la Norvège depuis 2020.
Photo: keystone-sda.ch

Mais réduire la progression de la Norvège à ses seuls deux monstres offensifs serait une erreur. Car derrière ce duo qui fait trembler les défenses, c’est toute une équipe qui a mûri, au point de retrouver la Coupe du monde cet été en ayant survolé son groupe de qualifications, dynamitant deux fois l'Italie sur la route. Antonio Nusa joue à Leipzig, Andreas Schjelderup à Benfica, tandis que des joueurs de bon niveau comme Kristoffer Ajer et Julian Ryerson auraient leur place dans beaucoup de sélections européennes. Sans parler des exploits de Bodo/Glimt en Champions League, qui ont étonnamment peu à voir avec la sélection, tant les styles de jeu sont différents, tout comme les joueurs.

La cohésion, la clé de tout

Pour expliquer ce retour au plus haut niveau du football mondial, Alexander Sørloth insiste sur un élément souvent invisible de l’extérieur: la continuité. «Je pense que lorsque Ståle a pris la relève, il a beaucoup modifié la composition de l'équipe. Au début, nous avions une équipe assez jeune. Nous avions de bons joueurs, mais nous n'avions pas beaucoup joué ensemble. Maintenant, nous avons une certaine cohésion depuis trois ou quatre ans. C'est particulièrement important en attaque d'avoir des liens entre les joueurs. Je pense que c'est la raison principale de notre succès.»

Le golgoth Alexander Sorloth (1,95m, 94 kilos).
Photo: IMAGO/NTB

Ce liant, justement, permet aujourd’hui à la Norvège de proposer autre chose qu’un jeu direct longtemps caricatural. «Je pense que nous avons beaucoup d’atouts. Nous avons toujours été bons dans les ballons longs et les passes directes. Mais maintenant, je pense que nous sommes bien meilleurs. Nous savons beaucoup mieux construire le jeu depuis l’arrière qu’auparavant, ce qui nous offre de nombreuses possibilités», détaille encore l’avant-centre de l'Atletico.

Une si longue absence

Une évolution que confirme son sélectionneur. Ståle Solbakken replace même cette progression dans une perspective historique. «C'est une longue histoire. Nous n'avons sans doute pas été assez bons dans les années 2000, qui a été une période de déclin pour nous. Il y a eu un changement, tant au niveau des dirigeants que des joueurs… Dans les années 90, nous avions un groupe stable avec beaucoup de leaders. Puis nous avons peut-être été un peu trop satisfaits de notre place dans le football mondial. Nous avons ensuite décliné et avons dû rattraper notre retard.» L'époque des Tore Andre Flo et de cette Norvège solide à la Coupe du monde 1998 (8es de finale) était révolue et les Vikings sont entrés dans une longue période d'obscurité. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Norvégiens n'ont disputé aucune grande compétition depuis l'Euro 2000: six Euros et cinq Coupes du monde manquées! 

Ce retard, la Norvège l’a comblé pas à pas, jusqu'à devenir un sérieux outsider pour la Coupe du monde à venir. «On était un peu à la traîne. Mais maintenant, on a une génération qui joue ensemble depuis un certain temps, et on a avancé progressivement. Quand on est un petit pays, on a besoin des meilleurs joueurs à tous les postes. Et ces dernières années, nous avons dû développer notre jeu avec le ballon. Aujourd’hui, on ne peut plus simplement jouer long et attendre, ça ne marche plus dans le football moderne», analyse le technicien.

La Norvège s'est inclinée 2-1 aux Pays-Bas vendredi soir, pendant que la Suisse perdait 3-4 contre l'Allemagne.
Photo: Getty Images

Le chemin a été long, parfois laborieux. «Je pense que j’ai commencé avec un peu trop d’ambition. Je pensais que nous pouvions aller plus vite avec le ballon. Mais cela a pris du temps. On a aussi beaucoup travaillé sur notre défense, notamment dans notre surface. Au début de mon mandat, nos défenseurs avaient des crampes après 75 minutes à cause de l’intensité demandée», sourit-il.

Une vraie identité, loin des clichés

Aujourd’hui, le tableau est bien différent. «Le plus important, c’est que nous avons essayé de créer une identité avec le ballon. C’était peut-être trop ambitieux au début, mais maintenant, ça fonctionne très bien.» Et quand une identité collective solide est sublimée par deux attaquants hors normes, alors tous les espoirs deviennent possibles. Y compris celui d'aller loin à la Coupe du monde.

Articles les plus lus