Qui est le meilleur dribbleur?
Au Servette FC, les ailes du bonheur retrouvé

Junior Kadile et Thomas Lopes ont mis le feu à la défense de Grasshopper samedi (5-0). Après de nombreuses hésitations, Servette semble avoir trouvé une paire d'ailiers capable de dynamiter n'importe quel latéral. Reste à enchaîner face à une opposition plus forte.
Photo: Zamir Loshi/freshfocus
Blick_Tim_Guillemin.png
Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

A gauche, Junior Kadile, 23 ans, formé au Stade Rennais. A droite, Thomas Lopes, 19 ans, né à Ambilly dans le «Grand Genève» côté français, et qui vient de prolonger jusqu'en 2029 avec le SFC. Ces deux hommes ont largement contribué à dynamiter Grasshopper (5-0) samedi soir et le SFC peut profiter de la percussion de ses deux ailiers, deux joueurs spectaculaires et pur dribbleurs, chacun dans son registre. Le jeune Français est notamment allé chercher un penalty au terme d'une série de feintes toutes déstabilisantes, tandis que le premier s'est régulièrement amusé avec les défenseurs des Sauterelles tout au long de la partie. Plus bas sur ses appuis, Junior Kadile est plus explosif, tandis que son cadet, au style plus délié, a une certaine élégance très agréable à regarder des tribunes.

Enfin le retour de la créativité à Servette!

«Qui est le meilleur dribbleur entre Thomas et moi? Il est très bon, ça c'est sûr, mais c'est à vous de juger qui est le meilleur des deux. J'ai ma petite idée, mais je la garde pour moi», rigole Junior Kadile en réponse à une question volontiers provocatrice de Blick. Les deux ailiers ont quatre ans d'écart et un style bien différent, mais tous deux apprécient prendre le contre-pied de leur défenseur et apportent de la créativité à une équipe qui en manquait cruellement ces derniers mois.

Alexis Antunes, un joueur axial, pouvait être ce joueur capable de créer un décalage, mais il n'était plus que l'ombre de lui-même avant son transfert en Turquie, et, sur les côtés, Servette souffrait depuis le départ de Dereck Kutesa. Miroslav Stevanovic est toujours là, bien sûr, mais était souvent recentré et le génie bosnien brille surtout par la passe et l'intelligence de jeu plus que par le dribble sec et l'explosivité. Servette cherchait ses ailes et semble désormais les avoir trouvées.

Et goal!
Photo: keystone-sda.ch

La route est encore longue, tant pour Junior Kadile que (surtout) pour Thomas Lopes, et la faiblesse de l'opposition proposée par GC doit servir à relativiser le constat et à ne pas tirer de conclusions, mais, pour une fois, il s'est passé quelque chose d'étourdissant à la Praille samedi dernier, avec une marge de progression. Si Junior Kadile est déjà mature dans son jeu, Thomas Lopes est lui en plein développement et, si son talent est enthousiasmant, le jeune homme peine cependant encore à effectuer le bon choix à chaque fois et certaines de ses pertes de balles inutiles ont créé du danger pour le SFC, ce qui doit et peut être corrigé.

«Il fait beaucoup de progrès, mais c'est vrai qu'il peut encore s'améliorer dans ses choix. Je parle beaucoup avec lui, notamment de ce point», assure Jocelyn Gourvennec, lequel croit en son jeune ailier droit. «Il doit apprendre à changer de rythme pour surprendre son défenseur. Quand un ailier arrive face à son adversaire, il a trois choix. Le premier, c'est le dribble intérieur. Le deuxième, c'est le dribble extérieur. Et le troisième, c'est de trouver un partenaire, soit pour un une-deux, soit grâce à une passe qui fait mal. Le but, c'est que les adversaires ne sachent plus comment défendre. Si tu as un type de dribble, c'est trop lisible.»

Thomas Lopes, un vrai ailier

Le jeune Français, qui vient d'Ambilly comme Philippe Fargeon avant lui («Je ne le connais pas personnellement, mais bien sûr que j'en ai entendu parler»), apprécie la confiance et les conseils de son entraîneur. «Ailier droit, c'est la position que je préfère. Le coach me laisse une grande liberté, mais il me donne aussi des conseils tactiques, que ce soit offensivement ou défensivement«. Il peut également profiter de l'expertise de l'artiste Miroslav Stevanovic, mais aussi des conseils de Junior Kadile, son pendant côté gauche.

Thomas Lopes, une certaine élégance balle au pied.
Photo: IMAGO/Sports Press Photo

L'ancien joueur du Stade Rennais est en effet imprévisible, mais défend aussi avec acharnement sur son flanc, ce qui en fait un joueur très complet. «Junior nous a apporté plusieurs choses très positives depuis son arrivée», se réjouit Jocelyn Gourvennec. «Déjà, le fait de pouvoir répéter les courses à haute intensité. Il a un volume de jeu impressionnant et est très déstabilisant pour l'adversaire. Et puis, il a amené de l'insouciance, de la fraîcheur, de l'envie et de l'humilité. Je trouve que son état d'esprit déteint sur le groupe. Et je vous le dis: il est à 50% de ce qu'il est capable de faire.»

Junior Kadile, adepte de la pensée positive

Qu'en pense le principal intéressé, auteur de 4 buts et 3 passes décisives en 469 minutes de jeu depuis son arrivée cet hiver en provenance d'Almere City? Junior Kadile ne cherche pas à en faire trop, ni à se placer au-dessus du collectif. «Je suis juste moi-même et j’essaie d’apporter cette touche d’insouciance, de confiance, de prise de risque. Après, si ça permet aux autres de faire pareil en me voyant, tant mieux. Mais moi, ce qui m’importe, c’est la performance collective, que tout le monde se sente bien et qu’on avance ensemble.»

Arrivé à Genève avec des idées claires, l’ancien du Stade Rennais n’a jamais douté de sa capacité à s’imposer rapidement. «Je suis arrivé confiant. Je ne me suis pas dit que j’allais faire des débuts timides, parce que si tu penses comme ça, ça arrive forcément. Je voulais amener mon dribble, mes frappes, mes passes. Et je travaille beaucoup à l’entraînement, notamment avec mes partenaires devant le but. Ce qu’on fait la semaine se reflète le week-end.»

Sur son côté gauche, la connexion avec ses coéquipiers, et notamment son latéral Bradley Mazikou, saute aux yeux. «On s’entend très bien. Il m’aide beaucoup, il me laisse de la liberté, il fait en sorte que je sois à l’aise. Mais il sait aussi me dire quand j’en fais un peu trop et quand je dois lâcher le ballon plus vite. Cette relation, ça se voit sur le terrain.»

Une vraie connexion avec le ballon

Reste cette capacité à éliminer, à faire lever le public, presque instinctive. Un art difficile à expliquer, même pour celui qui le pratique. «Ce sont des choses que je fais sans réfléchir. Parfois, c’est par rapport au pied de l’adversaire, parfois aux sensations. Je sens quand il va partir si je feinte. C’est une connexion avec le ballon que je ne peux pas vraiment décrire.»

Le dribble, une qualité instinctive.
Photo: Pascal Muller/freshfocus

Pour devenir encore plus imprévisible, Junior Kadile travaille aussi à élargir sa palette. «J’essaie de varier mon jeu, d’être le moins lisible possible. Parfois faire un une-deux, parfois attaquer la profondeur, parfois centrer… Le coach m’aide beaucoup là-dessus. Le but, c’est de surprendre les défenseurs et d’être dangereux dans toutes les situations.»

Samedi, face à Grasshopper, il y est parvenu avec brio, tout comme Thomas Lopes par séquences. Et si tout n’est pas encore parfait, le SFC tient peut-être là, enfin, ses détonateurs, protégés à gauche par Bradley Mazikou et à droite par un autre jeune, Téo Allix, lui aussi convaincant. Le SFC a-t-il trouvé ses deux paires gagnantes? 

Super League 25/26
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Thoune
FC Thoune
31
37
71
2
FC St-Gall
FC St-Gall
31
23
56
3
FC Bâle
FC Bâle
31
8
52
4
FC Lugano
FC Lugano
31
10
51
5
FC Sion
FC Sion
31
9
46
6
Young Boys
Young Boys
31
5
46
7
FC Lucerne
FC Lucerne
31
6
39
8
Servette FC
Servette FC
31
-3
36
9
FC Lausanne-Sport
FC Lausanne-Sport
31
-8
36
10
FC Zurich
FC Zurich
31
-16
34
11
Grasshopper Club Zurich
Grasshopper Club Zurich
31
-23
24
12
FC Winterthour
FC Winterthour
31
-48
19
Tour final
Tour de relégation
Mentionné dans cet article
Articles les plus lus