Luka Elsner est un homme qui sait trouver le bon équilibre dans sa communication, autant interne qu'externe. Le technicien slovène, très apprécié de son groupe et de la direction du Lausanne-Sport malgré les résultats compliqués en ce début de saison (une seule victoire en Super League après dix journées), s'est présenté face à Blick cette semaine à la Tuilière avec un état d'esprit serein, tout en étant parfaitement concerné par l'urgence comptable. Un compromis plus subtil qu'il n'y paraît de la part d'un entraîneur sûr de son travail et convaincu que les fruits vont finir par se voir, mais aussi pleinement conscient du fait que les points doivent commencer à tomber.
La préparation du derby contre Sion
Lausanne reste sur une victoire 7-0 en Coupe à Winkeln, club saint-gallois de 2e ligue. De quoi alléger l'atmosphère, surtout que les sept buts ont été marqués par des attaquants en panne de confiance? La blessure de Levy Nene, qui sera absent quatre semaines et a été annoncée par le club vendredi, est venue assombrir le tableau.
«Oui, même si c'était plus que normal de gagner à Winkeln et qu'il ne faut surtout pas en faire trop avec cette victoire. Malgré tout, elle change un peu la dynamique, c'est humain. On a bien travaillé en ce début de semaine et nous avons reçu des nouvelles plutôt positives concernant Nicolas Cozza et Olivier Custodio, qui avaient quelques petits soucis physiques, ainsi que Brandon Soppy. Nous sommes prêts à nous déplacer à Sion.»
Son regard sur le FC Sion
Les Valaisans se sont eux aussi imposés en Coupe, face à un adversaire bien plus redoutable, le SC Cham (Promotion League). Mais leur récent revers à Genève (3-0) les a fragilisés et leur belle solidité défensive semble appartenir au passé. Le bon moment pour les affronter?
«Sion est une équipe très technique, qui aime jouer au football et se projette beaucoup offensivement, avec ses latéraux et ses ailiers qui rentrent dans le jeu. Elle dispose de nombreuses manières différentes de se montrer dangereuse. C’est une équipe qu’il faut réussir à contenir. Alors oui, sa dernière sortie en championnat n'a pas été bonne et, de manière générale, quand tu doutes, cela peut se répercuter sur l’aspect défensif. Ces dernières semaines, Sion a peut-être laissé des opportunités à ses adversaires, c'est indéniable. Mais nous ne nous racontons pas d’histoires: c’est un derby, nous nous déplaçons chez eux et la tâche sera difficile.»
La préparation individuelle des joueurs
Luka Elsner a déjà acquis la réputation, tout à fait fondée, de préparer les matches de manière méticuleuse. Très gros travailleur, très pointu, le Slovène met énormément d'énergie dans sa découverte du championnat de Suisse, dont il analyse les équipes en détail. Comment transmet-il ses observations à ses joueurs? Ceux-ci obtiennent-ils des vidéos personnalisées de la part du staff?
«Depuis le début de la saison, nous préparons des vidéos de l’ensemble des joueurs adverses susceptibles d’être alignés. Certains de nos joueurs préfèrent découvrir leur adversaire le jour du match, d’autres aiment se préparer quelques jours avant, tandis que d’autres souhaitent simplement recevoir quelques informations clés. Nous essayons surtout de stimuler les jeunes et de leur apprendre comment procéder, car certains n’en ont pas l’habitude. Je considère qu’aujourd’hui, un joueur professionnel doit se préparer en fonction de son adversaire et de son profil, cela fait partie de sa préparation personnelle. Une fois que la composition de départ de l'adversaire est connue, mon staff et moi intervenons pour donner un petit détail qui peut faire la différence ou attirer l’attention sur un geste particulier de l’adversaire. Il faut essayer de se préparer au maximum, tout en tenant compte de la quantité d’informations que chaque joueur est capable d’assimiler et de ce qu’il juge important.»
Ce qui l’a marqué en Super League
Arrivé cet été, Luka Elsner aura affronté, et donc analysé, chaque équipe de Super League dimanche soir. Quelle est sa surprise majeure après ce premier tour de championnat?
«Nous avons rencontré des approches footballistiques assez variées, que ce soit dans la possession, le jeu direct, la conquête du deuxième ballon ou les coups de pied arrêtés. La Super League est très hétérogène, ce qui rend le championnat intéressant, mais aussi difficile à préparer. D’une semaine à l’autre, on peut affronter des équipes aux profils très différents. Entre Servette et Saint-Gall, par exemple, il y a une grande différence dans les principes de jeu.
De manière générale, il y a très peu d’équipes qui adoptent un bloc défensif très bas et se contentent d’attendre. C’est aussi une tendance du football moderne: de moins en moins d’équipes attendent et de plus en plus pratiquent le marquage individuel et le pressing sur tout le terrain. On retrouve en Suisse certaines similitudes avec la Bundesliga, notamment dans l’intensité, les duels, la conquête du deuxième ballon et les projections rapides après sa récupération.
C’est un championnat qui oblige à rester constamment vigilant et à s’adapter chaque semaine à ce que l’adversaire va proposer. C’est ce qui le rend vraiment intéressant.»
Les différences avec le championnat polonais
Avant de venir entraîner en Suisse, le technicien slovène avait notamment oeuvré au KS Cracovia, dans un championnat de niveau similaire à la Suisse, mais peut-être plus homogène en termes de style de jeu.
«En Pologne, certaines équipes se distinguaient comme Lech Poznań et Jagiellonia, par exemple, qui étaient des équipes qui produisaient du jeu court et recrutaient des joueurs en conséquence. Il y avait ensuite un groupe d'une dizaine d’équipes qui se ressemblaient davantage, avec un jeu plus rapide, plus fluide vers l’avant et moins de longues séquences de possession. C'était plus homogène qu'en Suisse, moins varié.»
Ses relations avec les autres entraîneurs
Comment un entraîneur nouvellement arrivé en Suisse s'intègre-t-il avec ses collègues? Peut-on être ami avec un coach rival? De telles interactions sont-elles possibles?
«Il y a des entraîneurs qui me plaisent sur le plan footballistique et d’autres qui me plaisent humainement, lorsqu’on écoute leurs discours ou qu’on les voit avec leurs équipes. Je trouve que l’entraîneur de Lugano est stimulant, intellectuellement et par le football pratiqué. On ne cherche pas forcément des modèles, mais nous exerçons un métier dans lequel chacun observe les autres. Avec Jocelyn Gourvennec, nous nous connaissions déjà un peu, donc il existe peut-être aussi des affinités culturelles. Mais, à part en Angleterre où c’est la norme, peu de championnats européens ont cette tradition de s’asseoir après le match pour discuter et parler de football. C’est peut-être une tradition qui manque un peu en Europe.»
Son système défensif à trois centraux
Après les arrivées tardives d'Etienne Youté Kinkoué et de Nicolas Cozza, l'entraîneur du LS a décidé d'opter pour une défense à trois centraux. Un système désormais gravé dans le marbre?
«Rien n’est jamais figé dans le marbre. La preuve: nous avons changé de système en cours de saison. Au terme de notre analyse en fin de mercato, nous avons estimé que ce système correspondait le mieux au profil de notre effectif. Cela semble se confirmer, même si les résultats et les points n’ont pas forcément suivi. Nous avons tout de même trouvé une certaine stabilité et une certaine solidité, en concédant peu d’occasions. Le problème reste notre fiabilité dans les moments clés et les erreurs qui ont pu nous coûter cher. Nous sentons que nous progressons de semaine en semaine sur le plan défensif. Ce socle à trois doit nous permettre d’exprimer davantage nos qualités offensives, notamment dans les transitions, et d'avoir une présence plus importante de nos pistons. Cela a demandé un peu de temps, mais je trouve que nous commençons à y arriver.»
Les pistons et les possibilités offensives
A Winkeln, le LS a évolué avec un piston gauche au profil de latéral (Morgan Poaty) et un pendant côté droit plus offensif sur le papier (Nathan Butler-Oyedeji), à l'image de ce que fait parfois Murat Yakin avec Dan Ndoye. Un schéma «hybride» qu'il serait possible de reproduire en Super League?
«Je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’utiliser des pistons très offensifs, avec des profils d’ailiers, comme Nathan Butler-Oyedeji, ou Ibrahim Bah Mendes chez nous. Il faut toutefois que la structure défensive derrière eux soit très solide pour pouvoir absorber les difficultés qui peuvent apparaître lorsque nous perdons le ballon. Nous avons quelques joueurs qui sont des ailiers très disciplinés. Butler en est un bon exemple. Il a joué piston gauche à Manchester pendant la trêve, puis piston droit à Winkeln, et cela s’est plutôt bien passé. C’est aussi par cette évolution que nous pouvons progresser offensivement, avec des joueurs davantage capables de prendre des risques, d’attaquer la profondeur et de multiplier les courses. Cela passe par plusieurs éléments liés entre eux: des pistons qui montent plus haut et attaquent davantage l’espace, des défenseurs qui prennent plus de risques dans leur capacité à se retourner, et au moins un joueur capable de se rapprocher de la surface de réparation lorsque nous attaquons à quatre.»
Peut-on jouer avec des pistons et des ailiers?
Dans un système à trois défenseurs centraux, plusieurs entraîneurs rechignent à aligner des pistons et des ailiers, privilégiant le 3-4-2-1 au 3-4-3, par peur du «doublon». Quelle est la ligne directrice de Luka Elsner sur ce sujet purement tactique?
«Tout dépend de l’adversaire et de sa manière de défendre sur les côtés. Dans le football actuel, on voit régulièrement des équipes utiliser une double ou une triple largeur, avec trois joueurs positionnés sur la ligne. Cela empêche souvent l’adversaire de venir presser avec un grand nombre de joueurs. Dans le système que nous utilisons aujourd’hui, nous pouvons parfois aligner un piston et un ailier sur le même côté, surtout si l’adversaire pratique un pressing individuel. En élargissant le jeu, nous pouvons obliger un joueur adverse à couvrir seul une grande partie de l’espace, ce qui peut lui poser des problèmes. En revanche, lorsque le ballon part sur le côté, nous risquons de perdre de la présence dans la surface de réparation. C’est toujours une question de conséquences par rapport à ce que l’adversaire peut faire. Si tu écartes les deux numéros 10 pour les transformer en ailiers, avec deux pistons qui attaquent également la ligne, tu peux progresser vers l’avant, mais tu risques de ne plus avoir personne dans la surface de réparation. Tout est donc une question d’équilibre et de la manière dont on compense le déséquilibre.»
L’importance des nouveaux leaders du vestiaire
Le LS a des leaders installés depuis longtemps, comme Olivier Custodio et Thomas Castella, d'autres arrivés plus tard comme Morgan Poaty et compte une dernière catégorie, celle des derniers renforts du mercato, Alexis Blin et Nicolas Cozza. Est-il possible pour Luka Elsner de s'appuyer déjà sur eux, alors qu'ils sont nouveaux dans le groupe? Le leadership ne s'acquiert-il pas en partie sur la durée?
«Une autorité naturelle se construit d’abord par la compétence. Quand tu es un grand joueur, tu es rapidement identifié dans le vestiaire. Tu gagnes ainsi en crédibilité, et ta parole prend du poids. Nous avons recruté des joueurs capables de prendre la parole, qui n’ont pas peur de s’exprimer et qui trouvent les mots justes. Ils se sont rapidement imposés comme des présences importantes dans le vestiaire, et nous en avions besoin. Notre groupe était demandeur de ce type de leadership. Nous avons beaucoup de jeunes dans notre effectif, et ils ont souvent besoin de leaders qui leur montrent comment s’organiser et leur donnent de bons exemples. Lorsque les joueurs ont choisi le vice-capitaine, Nicolas Cozza est apparu parmi les élus alors qu’il était arrivé depuis très peu de temps. Cela montre qu’il a naturellement été identifié comme un leader. Et nous commençons à avoir un groupe de leaders qui tient la route.»
Le groupe de capitaines
En début de saison, interrogé par Blick, Luka Elsner avait préféré garder interne la hiérarchie du vestiaire. Peut-il désormais la dévoiler?
«Olivier Custodio est notre capitaine. Karim Sow et Nicolas Cozza sont les vice-capitaines. J'ai nommé le capitaine moi-même, les joueurs ont choisi les vice-capitaines.»
Sa gestion des joueurs en difficulté
Si le LS est dernier de Super League après dix journées, les raisons sont multiples. L'une d'entre elles tient dans les performances individuelles, loin d'être satisfaisantes de la part de tous les joueurs. L'exemple le plus flagrant est celui d'Omar Janneh, qui est passé de star du championnat à avant-centre en difficulté en à peine quelques semaines. Comment Luka Elsner s'y prend-il pour relancer ses joueurs? L'approche semble plutôt positive, comme dans le cas de Dircssi Ngonzo, auteur d'un début de saison compliqué avant d'obtenir à nouveau sa chance au fil des semaines. Luka Elsner est-il plutôt du genre à accompagner qu'à condamner?
«J’essaie toujours de laisser la porte ouverte, même après de grosses difficultés de comportement, des performances ratées ou des erreurs majeures. Lorsque les joueurs sont capables d’assumer leurs responsabilités et d’expliquer ce qu’ils vont mettre en place pour éviter que ces erreurs se reproduisent et que l’équipe en paie à nouveau le prix, il faut leur laisser une chance. C’est particulièrement important avec les jeunes joueurs, qui sont encore en apprentissage. Dircssi, puisque vous prenez cet exemple, c'est un joueur qui évoluait en Challenge League la saison dernière et qui n’a disputé qu’une dizaine de matches professionnels en Super League. Il a encore besoin de progresser. Le mettre au placard pendant une longue période serait contre-productif. Mais c’est aussi une question de concurrence à un poste. Lorsque tu disposes de deux ou trois joueurs de niveau équivalent ou capables de se battre pour la même place, tu peux te permettre de laisser un joueur de côté temporairement. Il ne s’agit pas de l’exclure, mais de lui dire de travailler sur sa forme et sa fiabilité. Lorsqu’il le démontrera à l’entraînement, il pourra revenir. Aujourd’hui, avec les blessures et les suspensions, notre effectif est constamment à flux tendu. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des joueurs sur le carreau. Mais nous agirons toujours pour protéger les valeurs du club. S’il existe de graves problèmes de comportement qui nuisent à l’image du club ou de l’équipe, bien sûr que nous interviendrons. Dans ce cas, le prix à payer n’a aucune importance.»
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Lugano | 10 | 24 | 28 | |
2 | Young Boys | 10 | 15 | 22 | |
3 | FC Sion | 10 | 6 | 19 | |
4 | FC Zurich | 11 | -3 | 17 | |
5 | Servette FC | 11 | 2 | 16 | |
6 | FC St-Gall | 10 | -2 | 16 | |
7 | FC Bâle | 10 | -3 | 13 | |
8 | FC Lucerne | 11 | -6 | 12 | |
9 | FC Thoune | 10 | -10 | 10 | |
10 | FC Vaduz | 11 | -1 | 9 | |
11 | Grasshopper Club Zurich | 10 | -13 | 8 | |
12 | FC Lausanne-Sport | 10 | -9 | 6 |