John Williams ne possède pas le passeport français, mais s'exprime de manière absolument parfaite, et sans accent. Comment est-ce possible, le Britannique ayant pris ses fonctions de directeur sportif en 2015 à Amiens? «Je suis arrivé une première fois en France à l'âge de 8 ans. Je suis retourné en Angleterre après, mais j'ai passé beaucoup de temps dans votre pays voisin», explique-t-il, lui qui a déjà marqué les esprits lors de sa présentation officielle, notamment grâce à son franc-parler.
Pas besoin de remuer le passé: mais pour qui a assisté aux conférences de presse de René Weiler (qui n'en a d'ailleurs jamais donné en tant que directeur sportif), dont le but était toujours d'en dire le moins possible, le changement est énorme.
Blick a même pu s'entretenir avec lui dans la foulée de son passage sur l'estrade, et ces quelques minutes ont été l'occasion d'évoquer l'actualité de Jeremy Frick et de Timothé Cognat, mais aussi d'aborder cinq autres thèmes importants pour décrypter la «méthode John Williams».
Les salaires en adéquation avec le statut
La situation
Servette dispose-t-il d'une grille salariale déséquilibrée, avec des joueurs trop payés selon leur statut? Selon John Williams, oui. Et il n'a pas hésité à le faire savoir, ainsi qu'à donner les clés pour retrouver une situation selon lui plus saine.
Ce que John Williams en dit: Oui, il y aura des rémunérations par statut, parce que je ne veux pas de jalousies de vestiaire. L'ambiance dans le vestiaire, c'est très important pour moi, surtout si on veut aller loin et qu'il y a des ambitions sportives élevées. Donc on va être cohérents: un joueur majeur doit être au même niveau de salaire qu'un autre joueur majeur. Même chose pour les jeunes. Et vous pouvez avoir deux titulaires avec deux statuts différents. Miroslav Stevanovic doit avoir un salaire plus élevé que Thomas Lopes aujourd'hui. Thomas, il est au début de sa carrière, il doit continuer à travailler et à enchaîner. Et le reste suivra.
Sa relation avec Jocelyn Gourvennec
La situation
Quand un nouveau directeur sportif arrive, la position du coach peut être fragilisée, selon le contexte. Les récents résultats de Jocelyn Gourvennec, ainsi que les progrès tangibles de son équipe dans le jeu, le tiennent cependant à l'écart de toute mauvaise surprise. L'entraîneur du SFC semble avoir la cote auprès de John Williams et les deux hommes semblent alignés sur les objectifs à atteindre et à la manière à mettre en oeuvre pour y arriver.
Ce que John Williams en dit
Nos relations sont bonnes et fluides, très sincèrement. On est encore en train de se découvrir, mais plus on avance, plus on s'apprécie, ce qui est plutôt bon signe. On collabore très bien sur le plan professionnel et je pense même que la relation est bonne sur le plan personnel. En ce qui concerne les objectifs du club, il est moins concerné sur l'aspect financier, ce qui est logique. Il est entraîneur et sa mission, à son niveau, est de qualifier Servette pour une Coupe d'Europe, ce avec quoi il est parfaitement en phase. Et puis, l'objectif de faire jouer les jeunes, c'est aussi quelque chose qu'il porte en lui et qu'il a déjà commencé à faire cette année. C'est un élément important et constant dans son parcours d'entraîneur en France. On est alignés sur cet aspect-là aussi.
Comment empêcher la fuite des talents
La situation
Johan Manzambi, Winsley Boteli, Roggerio Nyakossi et bien d'autres sont partis de Genève en pleine adolescence, sans attendre d'avoir leur chance avec l'équipe professionnelle. Le Servette FC dispose d'un vivier impressionnant de jeunes joueurs, mais les exemples réussis d'intégration à la première équipe ne sont pas très nombreux, même si Loun Srdanovic est un très bon contre-exemple. John Williams a assuré avoir déjà parlé ces dernières semaines avec de jeunes joueurs courtisés par des clubs étrangers. Mais comment va-t-il faire concrètement pour empêcher la fuite des talents?
Ce que John Williams en dit
Il y a deux manières de convaincre un jeune de rester: la première, c'est de mettre un gros chèque sur la table. La deuxième, c'est de lui proposer un projet. La première manière, ce n'est pas du tout ce qu'on fera. Les jeunes joueurs qui font le choix de l'argent, je m'en suis rendu compte tout au long de mon parcours, il faut qu'ils partent. Mon expérience me montre qu'ils ne réussissent pas ailleurs. La deuxième voie est la meilleure, à mon avis: montrer qu'il y a un chemin entre l'académie et l'équipe professionnelle. C'est le discours que j'ai tenu dans le club où j'étais avant et celui que je tiens aujourd'hui à Servette. Si un jeune est bon, il joue. Si un joueur a 16 ans et qu'il a le niveau, il s'entraînera avec le groupe pro. Aujourd'hui, c'est primordial pour les joueurs de l'académie d'entendre qu'on a fait un chemin pour eux et qu'on va être capables, dans la planification de l'effectif, de se dire: lui, dans un ou deux ans, il va arriver à maturité pour les pros. Et donc qu'il ne faut pas qu'on ait quelqu'un à son poste pour le boucher. Il faut qu'on se débrouille, par le jeu des fins de contrat ou des départs, pour avoir une place qui se libère pour lui.
Son style de communication très direct
La situation
Durant sa conférence de presse, le directeur sportif du SFC a fait passer ses messages de manière très ferme, mais avec une certaine courtoisie. Il n'empêche: les allusions au travail effectué jusque lors ne laissaient aucune place à l'interprétation. Entre les salaires trop élevés donnés à des joueurs qui ne le méritaient pas, ou une construction de l'effectif jugée peu idéale, l'Anglais a dit ce qu'il avait à dire. Et son style de communication très direct par rapport à Jeremy Frick a également interpellé. Pas question de mettre du sentiment: Servette cherche un «meilleur gardien», indépendamment du statut et de la cote de popularité auprès du public du capitaine du Servette FC.
Ce que John Williams en dit
J'ai peut-être un défaut: je suis très cash dans ma façon de m'exprimer. Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt, c'est peut-être mon côté anglais qui ressort là-dessus. Quand je parle des points que vous évoquez, ce n'est absolument pas pour mettre un tacle aux personnes qui étaient là auparavant. Un club, c'est une organisation, une responsabilité collective. Ce n'est pas une personne qui est visée dans mes propos. Surtout, ça ne m'intéresse pas de viser directement ou indirectement quelqu'un. C'est plutôt que je fais un constat et que celui-ci montre que certains joueurs qui sont ici ont un salaire qui n'est pas corrélé avec leur niveau de performance. Ou leur temps de jeu.
Le départ de Yoan Loche
La situation
Arrivé au Servette FC en 2018, Yoan Loche y a occupé plusieurs fonctions avant de devenir directeur du recrutement à l’été 2021. Or, l'annonce de son départ est survenue peu de temps après l'annonce de l'arrivée de John Williams. A-t-il été poussé vers la sortie?
Ce que John Williams en dit
On a proposé à Yoan Loche de continuer au club dans un rôle de scout et ce n'est pas quelque chose qu'il souhaitait forcément faire. Et je peux le comprendre, parce que quand vous avez été directeur du recrutement, passer à scout, ce n'est pas facile à admettre. Donc, à partir du moment où ce n'était pas possible, il était clair qu'on n'allait pas doublonner sur la fonction. Il n'y a absolument rien de personnel dans son départ, ce n'est pas une question de compétence, c'est une question de fonction. On n'allait pas avoir un directeur sportif et un directeur du recrutement, la différence entre les deux postes n'est pas assez grande. Dans les top clubs européens, peut-être que vous avez ce schéma, mais à l'échelle de Servette aujourd'hui, un président, un directeur sportif et un entraîneur, c'est une bonne manière de fonctionner. On va rester à trois et dans ma fonction de directeur sportif, il y aura le management des joueurs et du staff, mais aussi la partie recrutement et la partie négociations.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Thoune | 38 | 28 | 75 | |
2 | FC St-Gall | 38 | 25 | 70 | |
3 | FC Lugano | 38 | 17 | 67 | |
4 | FC Sion | 38 | 23 | 63 | |
5 | FC Bâle | 38 | -3 | 56 | |
6 | Young Boys | 38 | 11 | 55 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Lucerne | 38 | 10 | 53 | |
2 | Servette FC | 38 | 8 | 53 | |
3 | FC Lausanne-Sport | 38 | -14 | 42 | |
4 | FC Zurich | 38 | -23 | 38 | |
5 | Grasshopper Club Zurich | 38 | -26 | 33 | |
6 | FC Winterthour | 38 | -56 | 23 |

