Cafétéria d'Amphimax, sur le campus de l’Université de Lausanne. Accoudé à l’une des nombreuses tables noires alignées dans le hall, Johan Delaloye ressemble à n'importe quel jeune étudiant: coupe mulet discrète, sweat à capuche et pantalon Arte, sac en bandoulière. Entre deux cours de son Bachelor à HEC Lausanne, le Valaisan d’origine prend une pause pour parler de ce qui l’anime vraiment: non pas de son cours de «comportement organisationnel», mais bien de football.
Car en plus (et avant, insiste-t-il) d’être étudiant, Johan Delaloye est surtout un immense passionné et connaisseur du ballon rond. Modeste joueur, il est passé depuis plusieurs années de l’autre côté de la barrière: «J’ai vite compris que ce qui m’intéressait le plus dans le foot, ce n'était pas de jouer, mais tout ce qu’il y a dans l'ombre. Je préfère être au bord que sur le terrain.» Pour le jeune homme de 23 ans, l’ombre prend aujourd'hui la forme du scout, dont le rôle est d'observer les joueurs avant un potentiel recrutement. Il s'en occupe depuis septembre dernier pour le FC Sion, son club de toujours, pour lequel il s'efforce de dénicher les futures pépites du football helvétique.
Football Manager et Twitter
Cet amour du scouting prend ses racines – comme pour plusieurs de ses prédécesseurs – dans Football Manager, jeu vidéo de gestion footballistique adoré par tous les geeks du ballon rond. «J'ai beaucoup joué plus jeune. Ça m'a sûrement un peu influencé dans ce que je voulais faire», se remémore le jeune homme originaire d'Ardon. Un parcours qui n'est pas sans rappeler celui d'Oliver Zesiger, ancien coordinateur sportif du FC Bienne et actuel recruteur pour le FC Lugano.
Outre FM, c'est le réseau social Twitter (devenu depuis X) qui a servi de tremplin à Johan Delaloye. À l'approche de sa vingtaine, le jeune Valaisan se dit qu'il doit faire quelque chose de tous ces matches regardés compulsivement, de toutes ces connaissances récoltées. «Pourquoi ne pas en faire un métier?», se demande-t-il. Il lance alors @SwissScouting, un compte Twitter qui relaie des profils de joueurs qui lui ont tapé dans l'oeil, s'inspirant de ce qui se fait déjà sur la plateforme. Lui se spécialise dans les divisions inférieures du football suisse, pour se démarquer de ceux qui ne parlent que de joueurs déjà installés. «Ce qui est vraiment intéressant, c’est d’aller chercher les joueurs au plus profond des ligues suisses», avance-t-il. Bonjour la 2e ligue inter et ses 22 joueurs totalement inconnus sur le pré. «Ça n'a pas été facile au début», admet-il. D’autant que le scouting est loin d’être une science exacte. «Il n’y a pas de vérité dans le football. Un joueur sur lequel tout le monde est d’accord n'explosera peut-être jamais», peste Johan Delaloye.
Petit à petit, à force d'analyses pertinentes et de travail de mise en forme (via «des heures sur Word»), l'apprenti scout fait son trou sur la plateforme, qu'il comptait utiliser «pour se faire connaître». Après plusieurs mois de travail «sans retour de personne», ses rapports commencent à être remarqués. Il est d'abord approché par Emanuel Staub, jeune scout winterthourois (lire Zwölf #112) qui considère le Valaisan comme «l'un des meilleurs scouts de toute la Suisse, malgré son jeune âge». Puis Johan Delaloye reçoit, déjà, sa première vraie opportunité dans ce job.
Une offre LinkedIn
«Un beau jour, Oliver Zesiger m’envoie un message privé pour me dire qu’il montait une cellule de recrutement pour le FC Bienne», raconte Johan Delaloye. Entre férus de Football Manager, le lien est tissé, l’aventure (quasi) professionnelle lancée. «Forcément, je n’étais pas payé. Mais dans ce milieu, tu es obligé de travailler gratuitement pour la première expérience», détaille le jeune Valaisan. Une première enrichissante pas loin de lui ouvrir les portes du football français. Le FC Bienne étant club partenaire du Clermont Foot, ce dernier est proche de le recruter. Finalement, le club français est en difficulté sportivement et le projet est avorté.
Une «grosse désillusion» pour Johan Delaloye, qui se met à la recherche d’un nouveau défi. C'est finalement sur LinkedIn qu'il trouvera la perle: le Sporting de Charleroi, club de première division belge est à la recherche d’un video scout. «Je me suis dit que je n’avais aucune chance, avec ma seule expérience à Bienne», se souvient-il. Il postule tout de même… et est retenu. «Le responsable du recrutement de Charleroi avait vu ce que je faisais sur Twitter», s'amuse Johan Delaloye. Une sacrée rampe de lancement, décidément. Stagiaire pour Charleroi, le Valaisan travaille depuis chez lui et observe des championnats internationaux. Là encore, il met en œuvre ce qu'il a appris à l'échelon inférieur: «Quand tu sais repérer un joueur dans les divisions inférieures, ça devient de plus en plus facile pour le faire à plus haut niveau.»
Un café avec Barth
À l'été 2025, l'originaire d’Ardon a la bonne idée de prendre un café avec Barthélémy Constantin, directeur sportif du FC Sion, pour faire connaissance. «Et par pur hasard, ils avaient restructuré la cellule de recrutement et cherchaient quelqu’un à ce moment-là», sourit-il. Ni une ni deux, il rompt son contrat de stagiaire avec Charleroi pour signer à 50% avec son club de cœur. Humble, Johan Delaloye pointe à chaque fois la chance au moment de parler de ses trois aventures en club. Mais son travail, surtout, a été récompensé, dans un microcosme où ne pas avoir de lien avec le football professionnel est souvent un handicap. «Ce n’est pas immérité, mais il faut avoir cette chance», finit-il par admettre, presque sous la contrainte.
Au FC Sion, Johan Delaloye a rejoint en septembre dernier une cellule de quatre personnes, composée du directeur sportif, du coordinateur sportif, d’un data analyst et d’un scout, donc. «On arrive à bien quadriller la Suisse, commence-t-il en parlant de son nouveau job. Et il faut une bonne relation avec son directeur sportif. Nous, on ne décide rien. Notre rôle, c'est d'amener des profils, sur lesquels on échange. Le métier de scout est surtout un métier de conseiller. Moi, je ne touche pas du tout à l’aspect financier.»
Le jeune scout a pour mission de trouver des profils bien précis, tant pour les M17, M19 et M21 sédunois que pour la première équipe. «Tout dépend des besoins des équipes. Si je bosse pour la première équipe, il faut des joueurs qui puissent évoluer dans le système de Didier Tholot. Tu as de très bons joueurs qui ne vont pas rentrer dans le cadre», détaille-t-il.
La ligue bulgare plutôt que la Champions League
Un métier qui remplit un quotidien étudiant déjà intense. En plus des cours de Bachelor, Johan Delaloye visionne de nombreux matches (ou bouts de matches) pendant la semaine. Et se déplace sur les pelouses le week-end. Principalement en Suisse, mais aussi jusqu’en Belgique, notamment pour cibler Franck Surdez, qui a rejoint Tourbillon en janvier 2026.
Comme dans une carrière sportive, cela ne se fait pas sans sacrifices. Les soirées avec les copains y passent, les repas dominicaux en famille aussi. «Tu pars parfois à 8h30 de chez toi et tu y reviens à minuit. Mais les voyages font partie du travail, j'aime beaucoup me retrouver dans un village au milieu de la Suisse allemande», rigole-t-il. Pour ses cours universitaires, Johan Delaloye s'en sort, pour l'instant. «Ce n'est pas facile, je n'ai que peu de temps pour réviser. Mais mes périodes d'examens tombent au moment où il n'y a plus de matches le week-end. Les deux trains de vie sont compatibles», explique-t-il. Même s'il est vrai, que certains ne le comprennent pas toujours: «J’ai des potes qui me prennent pour un fou, car quand il y a la Ligue des Champions, je regarde parfois de la deuxième division bulgare ou de la troisième division italienne.»
Une passion que tous ne comprendront pas, mais n'est-ce pas inhérent à la passion, justement? Surtout, celle-ci lui permettra peut-être de vivre, un jour, du football. «En Romandie, les places de scouts se comptent sur les doigts des deux mains», regrette Johan Delaloye. Mais le Valaisan ne se laisse pas abattre, tout en continuant de suivre ses cours de «comportement organisationnel», au cas-où. Pour le futur, il espère ne pas connaître les horaires de bureau, mais plutôt les déplacements tardifs dans les stades suisses et étrangers. Le bord du terrain ou l'open space? Le choix est déjà tout fait pour Johan Delaloye.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Thoune | 38 | 28 | 75 | |
2 | FC St-Gall | 38 | 25 | 70 | |
3 | FC Lugano | 38 | 17 | 67 | |
4 | FC Sion | 38 | 23 | 63 | |
5 | FC Bâle | 38 | -3 | 56 | |
6 | Young Boys | 38 | 11 | 55 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Lucerne | 38 | 10 | 53 | |
2 | Servette FC | 38 | 8 | 53 | |
3 | FC Lausanne-Sport | 38 | -14 | 42 | |
4 | FC Zurich | 38 | -23 | 38 | |
5 | Grasshopper Club Zurich | 38 | -26 | 33 | |
6 | FC Winterthour | 38 | -56 | 23 |

