Appelé en équipe de Suisse en cours de rassemblement voilà quelques jours, Anthony Racioppi a apprécié cette marque de confiance de la part de Murat Yakin et de son staff, qu’il prend comme une récompense pour ses performances au quotidien avec le FC Sion.
Assumant son caractère calme et réservé, le Genevois de 27 ans, de retour à Riddes au centre d’entraînement du club valaisan après cette parenthèse internationale, évoque pour Blick sa progression, les exigences de son poste, son admiration pour Gianluigi Buffon et ne cache pas son ambition de retrouver un grand championnat européen dans un avenir plus ou moins proche.
Un désir qui passe par de solides prestations avec le FC Sion, où il est sous contrat jusqu’en juin 2029. Seul joueur à surnager lors du naufrage de la Praille (3-0) samedi dernier à Genève, il espère une réaction collective dès ce samedi à Cham en Coupe de Suisse.
Comment as-tu vécu ce retour en équipe de Suisse, trois ans après ton premier rassemblement?
C’était dimanche, j’étais chez moi à Genève quand j’ai reçu cet appel de Fox (Patrick Foletti, l’entraîneur des gardiens) et ma première sensation, c’était d’être très fier de retrouver l’équipe nationale. Une convocation montre que tu travailles bien et que tu mérites d’être récompensé.
Donc tu as pris la route pour Lucerne plutôt que pour Riddes...
Exactement, j’ai voyagé un peu! C’était une surprise, mais une bonne surprise. J’ai eu du plaisir à revoir plusieurs joueurs que j’avais appris à connaître la première fois. C’était une belle semaine, très positive, dans une équipe qui a gagné ses quatre matches. On a bien travaillé.
Après la Coupe du monde, plusieurs observateurs du monde du football pouvaient imaginer que tu serais convoqué directement, sans être de piquet. Tu as ressenti une certaine frustration en découvrant la première liste?
Non, je n’ai pas eu de sentiment négatif. J’avais envie d’y être, bien sûr, et comme je t’ai dit, cela m’a fait très plaisir de recevoir ce coup de téléphone et de rejoindre le groupe. Mais je n’avais pas ressenti de frustration au départ.
Aujourd’hui, tu penses que c’est clair, tu es le quatrième gardien de l’équipe de Suisse?
Je pense que c’est factuellement le cas, puisque j’ai été appelé. En tout cas, je le prends ainsi, cela montre qu’ils ont confiance en moi et qu’ils me valorisent.
As-tu parlé avec Murat Yakin durant ce stage? Est-ce qu’il t’a donné des garanties pour la suite? A-t-il évoqué ton rôle précisément?
Non, je n’ai pas eu cette conversation avec lui.
Quand on lit les portraits qui te sont consacrés, ou quand on écoute tes coéquipiers, tu es souvent décrit comme quelqu’un de calme et de réservé. Ça te dérange de lire ça à chaque fois? Tu trouves que c’est un peu cliché ou réducteur? Ou même faux?
Mais pas du tout (rires)! Il n’y a aucune chance que ça m’énerve. Si les gens parlent de moi ainsi, c’est probablement que c’est ce que je renvoie. Cela ne me dérange pas.
On dit souvent qu’un gardien doit être un peu fou, qu’il doit être à part, presque prêt à péter les plombs à tout moment. Tout le contraire de ton caractère, en fait! Tu penses que, quelque part, ton côté réservé peut te porter préjudice?
Franchement, pas tellement. Ce qui compte, ce sont les performances sur le terrain. Je suis comme ça, c’est tout. Après, il y a l’image publique, mais il y a aussi la vie à l’intérieur du vestiaire. Je suis ouvert, je parle avec tout le monde, il n’y a aucun problème.
Un gardien est jugé sur ses arrêts, mais aussi sur sa capacité à diriger sa défense. C’est quel pourcentage du job pour toi?
C’est primordial! Je suis en communication constante avec mes défenseurs, mes milieux de terrain et même les attaquants. Au-delà des arrêts, tu as raison, il y a ce travail qui est très important.
Mais justement, tu vois venir ma question : Cette communication te vient-elle naturellement, même si tu es plutôt réservé en dehors du terrain?
Oui, aucun souci. Je connais mes coéquipiers depuis un an et demi maintenant, c’est un grand avantage. Tu gagnes du temps et de l’efficacité dans les consignes. On se connaît désormais très bien.
Dans le vestiaire, es-tu toujours aussi calme? À la mi-temps d’un match compliqué, comme samedi à Servette, ça t’arrive de crier et demander à tes coéquipiers de défendre un peu mieux?
Oui, bien sûr, cela peut arriver. Il faut, même. Mais samedi spécifiquement, cela n’a pas été le cas, pour te répondre sur ce cas précis. Il faut sentir le moment. Parfois, ça ne sert à rien de trop crier. Il faut se parler, se dire les choses et pointer précisément ce qui ne va pas.
Justement, qu’est-ce qui fonctionne moins bien défensivement cette saison? Tu es idéalement placé pour observer ce qui se passe...
On prend beaucoup plus de buts que la saison dernière, c’est clair. Même si on est toujours bien placés au classement, on doit corriger ça. Et vite. Globalement, je pense que nous sommes un peu moins performants dans les duels et dans certaines phases de jeu. Nous sommes aussi moins bien organisés, moins compacts que l’année dernière. On a eu un débriefing vidéo très précis ce début de de semaine, le coach nous a montré des vidéos très claires du match à Servette et ça doit nous aider de mettre des images sur ce qu’on a fait.
Ca peut réveiller tout le monde?
J’espère.
Si tu te replonges dans ton enfance, sais-tu pourquoi tu es devenu gardien de but? Tu te rappelles précisément du jour où tu es allé aux cages?
Franchement, je ne sais même plus! Je sais que mon père était gardien quand il était plus jeune. Sincèrement, cela s’est fait tout seul, je dirais.
Tu n’as jamais joué dans le champ comme tous les gamins au début?
Non. Toujours gardien!
Tu avais un modèle?
Ah oui, Gianluigi Buffon. Depuis le début.
Tu l’as rencontré?
Oui, avec Lyon en Champions League contre la Juventus en 2020. J’étais jeune, c’était une rencontre marquante.
Tu lui as dit qu’il t’avait inspiré?
Non, non, j’étais timide, je ne lui ai pas vraiment parlé. Mais je lui ai serré la main, je l’ai salué. Pour moi, c’était déjà incroyable (rires).
Qu’est-ce qui te fascinait chez lui?
Son charisme, sa prestance et tout ce qu’il a accompli avec l’Italie. Sa carrière, dans son ensemble, est exceptionnelle. Il a une personnalité impressionnante.
Parmi tes immenses qualités, il y a ces réflexes parfois fulgurants. Tu les travailles d’une manière particulière?
On fait des exercices avec Massimo Colomba, notre entraîneur des gardiens à Sion, on travaille pour les améliorer. Je ne sais pas si c’est inné, je ne me suis jamais vraiment posé cette question, mais c’est vrai que j’ai cette particularité.
Tu as toujours su que tu deviendrais professionnel?
J’en ai toujours eu envie, en tout cas. Mais on ne sait jamais, quand on est jeune, si on va y arriver. Il faut travailler, avoir de la chance, du caractère aussi. Je suis content d’avoir pu réaliser ce rêve.
Ce caractère, il s’est aussi forgé à Hull City et à Cologne, tes deux expériences à l’étranger pour l’heure. T’ont-elles donné envie de retourner tenter ta chance? Ou à 27 ans, tu te dis que le confort du championnat suisse va te convenir jusqu’à la fin de ta carrière?
Mon objectif, il est clair et assumé, tout le monde est au courant : jouer dans l’un des cinq grands championnats européens. Mais c’est sur le terrain que ça se joue, en travaillant au quotidien à l’entraînement, en enchaînant les bonnes prestations. Et en contribuant à amener le FC Sion chaque année en Coupe d’Europe. Tout passe par les performances, il n’y a pas de raccourci.
Le fait de jouer au FC Sion te permet de rentrer régulièrement chez toi à Genève, est-ce que c’est également l’un des facteurs de ta réussite actuelle?
C’est un plaisir, en tout cas. Je sais que ce n’est pas le cas de tous les footballeurs et oui, depuis une année et demi, j’ai la chance que ma famille habite à proximité. Quand j’étais à l’étranger, c’était plus compliqué, même s’ils venaient régulièrement me voir.
Ta mère, ton frère et ton père s’occupent d’un des meilleurs restaurants italiens de Genève, le Valentino. C’est une idée de reconversion pour toi? Tu te verras dans quel rôle? En salle, à la cuisine, au service?
Pour l’instant, je suis concentré sur le football, je ne peux pas répondre à ta question (rires). Sincèrement, je vis l’instant présent, je n’ai pas encore de plan pour mon après-carrière. Mais attention, je fais partie de l’entreprise, je suis impliqué. C’est une belle aventure familiale, c’est beau de la vivre ensemble. Je la suis de près et de loin en même temps.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Lugano | 10 | 24 | 28 | |
2 | Young Boys | 10 | 15 | 22 | |
3 | FC Sion | 10 | 6 | 19 | |
4 | FC St-Gall | 10 | -2 | 16 | |
5 | FC Zurich | 10 | -4 | 14 | |
6 | Servette FC | 10 | 1 | 13 | |
7 | FC Bâle | 10 | -3 | 13 | |
8 | FC Lucerne | 10 | -5 | 12 | |
9 | FC Thoune | 10 | -10 | 10 | |
10 | FC Vaduz | 10 | 0 | 9 | |
11 | Grasshopper Club Zurich | 10 | -13 | 8 | |
12 | FC Lausanne-Sport | 10 | -9 | 6 |