«Pour moi, l'attente a été longue»
Alexis Blin, de l'énergie, du coeur et du talent au service du LS

A peine arrivé eu Lausanne-Sport, Alexis Blin en est déjà l'un des leaders. Le milieu de terrain de 30 ans apporte toute son expérience au club vaudois, après cinq ans passés en Italie. Il se confie à Blick dans une grande interview avant de recevoir Thoune ce dimanche pour les 130 ans du LS.
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Arrivé au Lausanne-Sport début octobre, après la période officielle de mercato, pour répondre en urgence à la blessure longue durée de Koba Koindredi, Alexis Blin n’a pas eu le droit à un temps d’adaptation, lui qui a été titularisé tout de suite à Saint-Gall. Le milieu de terrain français de 30 ans, sans club durant l’été après quatre saisons passées en Italie entre Lecce et Palerme, détaille, pour Blick, cette attente, son intégration express au LS et les raisons qui lui font croire à un déclic imminent pour les Lausannois.

Photo: keystone-sda.ch

Alexis Blin, dévoilez-nous les dessous des premiers contacts avec le LS… Tout est allé très vite, non?

Peut-être de votre point de vue extérieur, mais pour moi, l'attente a été très longue, tellement j’avais envie de venir. Pour être tout à fait clair, j’avais déjà eu un premier contact en août, mais, pour diverses raisons, on n’était pas arrivé à un accord. Et puis, en octobre, le LS a repris contact avec moi et on a tout réglé.

D’août à octobre, il y a le temps de gamberger...

Je me suis toujours tenu prêt. Comme j'avais eu ces contacts avec Lausanne en août, j'ai continué à suivre les résultats du club. Je connaissais déjà le coach depuis Amiens, donc j'étais d'autant plus attentif. Je voulais être compétitif, parce que c'est ma mentalité et que c'est ce qui me fait vivre.

Et puis, il y a la blessure de Koba Koindredi qui change tout...

La finalisation a été rapide, parce que lorsque le club m'a appelé, je n'ai pas hésité une seconde. Mais jusque-là, comme je l’ai dit, ça a été long pour moi. Tout le mois de septembre, j'ai été dans une situation personnelle délicate, je ne le cache pas. C'était probablement le moment le plus difficile à gérer de ma carrière.

J'avais réalisé la même interview, si j’ose dire, avec Florent Mollet il y a un an quasiment jour pour jour. Il me disait que c'était la première fois qu'il vivait un été sans avoir de club. Qu’on a beau entendre les autres dire que c'est dur, tant qu'on ne l'a pas vécu, on ne sait pas pourquoi on se lève le matin. C'est particulier, non?

C'est très dur, en effet. Il suffit d'une saison où l'on joue un peu moins, pour diverses raisons, parce que le football est ainsi fait, pour se retrouver dans une situation plus difficile. J'ai 30 ans et cela a été mon cas au mois de septembre. Malgré tout, j'ai été bien soutenu par ma femme, ma famille et mes filles, qui m'ont aidé à penser à autre chose. J'ai réussi à continuer à m'entraîner, à rester déterminé, à avancer et à suivre une ligne directrice qui devait m'emmener quelque part, sans savoir où.

Vous étiez toujours en Italie, ou vous étiez rentré en France?

J’étais en Italie jusqu'à la mi-septembre, avec quelques aller-retour en France. J'ai essayé de m'occuper le plus possible, tout en me préparant physiquement.

Votre épouse et vous avez deux filles. C'est aussi tout un chamboulement familial, puisque vous étiez en Italie, avec l'école et tout ce qui va avec...

Oui, il y a plein de paramètres à gérer et on ne pense pas forcément devoir y être confronté à un moment donné. Naturellement, on imagine que notre fille va rentrer à l'école début septembre, comme tout le monde, mais cela n'a pas été le cas. Il faut s'en occuper, gérer sa progression et son éducation. Rater deux mois d'école à cet âge-là, cela va encore, je pense, mais il faut quand même poser les bases. Ma femme a tout mis tout en place. Et puis, il y a une petite dernière qui a un an, cela fait des journées bien chargées!'ai signé à Lausanne début octobre et je suis resté seul les deux première semaines. J'ai eu le temps de trouver un logement et elles m’ont rejoint. Là, on est installés, on est tous ensemble.

Et en plus de ce chamboulement, il vous a fallu être compétitif sur le terrain tout de suite, ce n’est pas comme si vous aviez commencé en juillet avec la préparation physique... Lausanne avait un besoin urgent d'un numéro 6, il n'y avait pas de points au compteur et les matches sont d'une intensité folle tout de suite. Vous passez en une semaine de l’inactivité à un déplacement à Saint-Gall avec des milieux de terrain adverse qui vous sautent à la gorge!

Il a fallu être prêt d’entrée, oui, mais ce n'est pas quelque chose qui me faisait peur. Je connais ma condition physique, ma capacité à travailler et à être prêt quand il le faut. Je n'avais aucun doute sur le fait que j’allais pouvoir répondre physiquement et mentalement. Après, il a fallu retrouver les sensations collectives et footballistiques, mais, avec l'accueil du staff et des joueurs, cela n'a pas pris beaucoup de temps, très honnêtement.

Photo: Philipp Kresnik/freshfocus

Sur le plan footballistique, Luka Elsner m'a dit qu’on n'avait encore rien vu avec vous et que dans quelques mois, on serait vraiment surpris en bien. Il vous met déjà la pression!

Le coach me connaît très bien, depuis Amiens comme je vous l’ai dit avant. Lors du dernier match à Sion, j'ai été satisfait de mon volume de jeu. J'ai pu courir un peu plus de 12 kilomètres, j'avais des jambes et j'ai terminé la partie très fatigué, mais avec le sentiment d'avoir tout donné, sans pépin physique. C'est ce volume-là que j'aimerais reproduire à chaque match, sachant que je ne pourrai pas faire beaucoup plus que 12,3 ou 12,4 kilomètres par rencontre. Mais en montant en puissance physiquement au fil des semaines, je vais pouvoir essayer d’apporter de l'énergie à l'équipe avec mes courses vers l'avant. Je me réjouis de pouvoir montrer cette facette de mon jeu, comme le dit le coach.

Vous n'êtes donc pas un pur milieu défensif, si? Vos statistiques montrent aussi des qualités offensives.

Beaucoup de coaches m'ont considéré comme un pur numéro 6, mais je préfère jouer un cran plus haut. J'essaie d'être un garçon réfléchi, mais c'est paradoxal: sur le terrain, je trouve que moins on réfléchit parfois, plus on est dans l'instinct, et mieux c'est. Donc je préfère avoir un peu plus de liberté, pouvoir aller presser plus haut, plutôt que d'être à un poste fixe de numéro 6, où je suis moins dans le va-et-vient et l'énergie. Le coach me connaît bien et me laisse cette liberté d'aller presser plus haut, d’attaquer la surface adverse, même. Courir autant ne me pose pas de problème, parce que j'ai de l'énergie et du cœur. .

Quel est votre regard sur ce début de saison du LS? L'équipe n'est jamais très loin de son adversaire dernièrement, que ce soit à Saint-Gall ou Sion, mais elle ne marque pas et ne prend pas de points. Le déclic est-il vraiment proche?

Oui. On l'espère tous et on travaille pour. Je dirais que nous avons une bonne assise défensive. Si on regarde le nombre de buts encaissés depuis le début du championnat, nous sommes dans la partie haute du classement. Après, effectivement, marquer sept buts depuis le début de la saison, ce n'est pas suffisant. C'est une question de cohésion, de confiance en nos chances lorsqu'on amène le ballon dans les 30 derniers mètres. Je suis persuadé qu'un petit déclic, avec 5 à 10% de confiance en plus de la part de chaque joueur, quel que soit son poste, permettra de faire la différence au moment de conclure une action. Cela amènera des buts et des résultats positifs. Le ballon qui faisait poteau il y a deux ou trois semaines, il rentrera demain. Il faut bosser, continuer et la réussite basculera de notre côté le plus tôt possible, dès ce dimanche j’espère.

Que pouvez-vous apporter à un joueur comme Souleymane Ndiaye, qui possède des qualités évidentes mais qui n'est pas encore un joueur fini, avec des lacunes tactiques et techniques encore bien réelles? Vous vous voyez aussi dans un rôle de transmission?

Oui, bien sûr. Souley a beaucoup de qualités. Il possède un beau volume de jeu, une capacité à gratter des ballons et des qualités athlétiques. Il a de la puissance, il peut sauter haut. Il possède les qualités requises pour un milieu moderne. J'espère pouvoir l’accompagner, lui et d’autres jeunes, pour qu'ils puissent grandir et mûrir. Son développement passe d’abord par son travail personnel, mais je serai là pour lui donner un coup de main chaque fois qu'il en aura besoin. Il est sur la bonne voie. Il met de l'envie, du cœur, il est à fond à chaque entraînement et donne de sa personne. C'est un joueur qui va encore beaucoup progresser.

Photo: FC Lausanne-Sport

Stéphane Henchoz a parfois déclaré par le passé que le LS manquait de leaders et de caractère. Vous avez été engagé aussi pour combler cette lacune, comme Nicolas Cozza d’ailleurs. Comment ce leadership se traduit-il concrètement au quotidien?

Je pense que le respect doit d'abord se gagner sur le terrain. Sinon, tu es inaudible. Et en dehors, cela passe par de petits actes: bien travailler au quotidien, en faire plus à l'entraînement, en faire plus en salle, être attentif aux soins et aux détails. Je dis toujours que le positif attire le positif. Si les jeunes voient qu'un joueur de 30 ans en fait davantage, qu'il est plus attentif à certains détails, il peut être perçu comme un exemple. C'est de cette manière que j'essaie d'apporter ce en quoi j'ai toujours cru en tant que joueur professionnel: travailler, être dans l'instant présent, ne pas se projeter mentalement dans le futur et dans la peur que l'on crée soi-même. Parfois, parler pour parler, surtout lorsqu'on vient d'arriver, peut aussi nous décrédibiliser. J'essaie d'apporter sur le terrain l'énergie nécessaire à l'équipe pour l'emmener avec moi. Pour l'instant, je reste aussi à ma place en matière de discours. J'essaie plutôt de conseiller les joueurs individuellement, un par un, dans leur progression personnelle. Avec le temps, peut-être que je prendrai plus la parole devant le groupe.

Vous avez passé cinq ans dans des clubs passionnés comme Lecce et Palerme. Ce n'est pas commun de passer d'Amiens à l'Italie. C'était une volonté de votre part de partir à l'étranger?

Je m'en serais voulu de ne pas avoir connu une expérience à l'étranger. Je pense que c'est enrichissant sur le plan personnel. On apprend une nouvelle langue, on découvre une autre culture, linguistique et footballistique. Pour moi, cela a été un grand pas en avant dans mon développement personnel. Quand on met les pieds en Italie, on ne sait pas forcément où l'on arrive. On nous dit que les Pouilles, c'est superbe, magnifique, mais cela change radicalement par rapport à une ville comme Amiens, en termes d'ambiance footballistique et de passion. Attention, Amiens c’était déjà pas mal! Mais à Lecce, la passion est décuplée. Les résultats négatifs le sont aussi. Et à Palerme, c'est encore plus fort. Il y a une passion tellement incroyable que chaque semaine, c'est presque la semaine de leur vie. J'ai adoré cette expérience italienne. Elle m'a fait grandir, comme footballeur et comme homme.

C'est vrai, ce qu'on dit? Après un bon match en Italie, on ne paie plus le café ni la pizza pendant une semaine?

Alors ça, je ne sais pas (rires)! Mais, en tout cas, c'est vrai que nous étions bien traités. Je suis tombé dans des clubs sains, où nous avions de quoi bien travailler, dans un super environnement. Honnêtement, tant Lecce que Palerme sont de très beaux clubs.

Vous parlez désormais italien à 100%?

Oui. Je trouve que c'est aussi une forme de respect, lorsqu'on arrive dans un vestiaire, d'apprendre la langue du pays dans lequel on joue. En plus, entre le français et l'italien, c'est relativement facile d'apprendre la langue et de se faire comprendre en quelques mois.

Vous avez notamment joué avec Adrien Rabiot avec la France M21. Qu'est-ce qui fait la différence, à 18 ou 19 ans, entre un joueur comme lui, devenu un top mondial, et un bon professionnel comme vous?

Il y en a beaucoup. D'abord, la plus évidente, sur le plan footballistique: Adrien possède des qualités d'explosivité sur les premiers mètres et de rapidité que je n'ai pas. Que peu de monde a, d’ailleurs! Il est capable de pousser très fort sur cinq ou six mètres. On ne s'en rend pas forcément compte, mais Adrien Rabiot est extrêmement rapide sur les premiers mètres. Et il a de grandes enjambées, donc il va vite aussi après. C'est quelque chose qui fait la différence. Au plus haut niveau, l'explosivité et la rapidité comptent énormément. Après, il y a aussi la confiance en soi. Je pense que ce genre de joueurs, ceux qui évoluent au très haut niveau, ne sont pas forcément tous arrogants, ce n’est pas le bon mot, mais disons qu’ils sont sûrs d'eux. Ils ont le sentiment que rien ne peut leur arriver et ils sont capables de passer très vite à autre chose après une erreur, une passe ratée. Ils ont cette capacité à rester concentrés dans le match, dans l'instant, sans se soucier du regard des autres, du coach ou des coéquipiers, ni de ce qu'ils vont penser. Ils ont une capacité à être dans ce que j'appelle le «flow». C'est le moment où l'on est dans le match et où l'on n'en sort pas. Eux sont imperméables à la critique et c'est très fort. Pour moi, c'est ce qui fait la force des plus grands joueurs, au-delà de la technique.

Lors de votre dernière sélection en équipe de France M21, il y avait Ousmane Dembélé sur le côté droit. Vous vous souvenez de l'avant-centre?

Sébastien Haller?

J'avais Jean-Kévin Augustin. Vous savez qu’il est dans le coin, à Yverdon, à tout juste vingt kilomètres de là ?

Oui. Lui, pour le coup, avait un gros potentiel. Après, cela a été un enchaînement d'événements négatifs. Je sais qu'il a aussi eu des problèmes de santé. Une carrière, honnêtement, ça peut aller vite dans un sens comme dans l’autre et c'est pour cela que j'ai beaucoup de respect pour ceux qui durent dans le temps. Il y a des joueurs qui ne passent pas par des centres de formation et qui explosent à 23 ans. Et il y en a d'autres qui, à 18 ans, sont considérés comme des cracks potentiels, mais qui, à 22 ou 23 ans, rencontrent des problèmes. Avoir de la régularité dans une carrière, c'est difficile. C'est pour cela que je tire mon chapeau à tous les joueurs qui font une carrière de dix ou quinze ans en Serie A ou B, en Ligue 1, en Ligue 2 ou dans n'importe quel championnat, sans être des stars. Cela montre leur professionnalisme et leur régularité.

Vous avez signé pour une année ici. L'idée, pour vous, à Lausanne, c’est de vous relancer pour retourner le plus vite possible en Ligue 1?

Ma volonté est vraiment de m’inscrire dans la durée ici, mais je parle souvent de l'instant présent, parce que je pense que la projection vers le futur pollue davantage l'esprit qu'autre chose. Je fais donc le maximum pour le club aujourd'hui et ensuite, on verra. Mon contrat comporte une option pour une année supplémentaire, conditionnée notamment à mon temps de jeu. Dans ma projection, Lausanne est un club qui peut potentiellement jouer les places européennes. Il l'a fait l'année dernière, en battant la Fiorentina et en éliminant Besiktas. Jouer ce genre de compétition, ce n'est pas anodin dans une carrière et le LS peut me l’offrir.

À très court terme, il y a ce match contre Thoune. Alors, c’est vrai, nous sommes encore en octobre, il n'y a pas d'urgence disons définitive, mais il y en a quand même une petite si l'on regarde le classement. Comment allez-vous l'aborder? Est-ce qu'il faut aussi un peu de nervosité vu la situation?

Je ne parlerais pas de nervosité, parce que je ne pense pas que cela aide dans un match comme celui-là. Je parlerais plutôt d'excitation. On va jouer à domicile, ce sont les 130 ans du club, c’est important. Et tout ce contexte doit nous apporter de l'énergie positive et nous donner ce supplément d'âme pour aller chercher le petit déclic dont nous parlions tout à l'heure.

Vous vous préparez comment mentalement ?

Je n'aime pas me projeter trop tôt sur le match, je trouve que ça demande trop d'énergie mentale et psychique. Personnellement, le moment de penser au match arrive vraiment la veille, lors de la mise en place du système tactique. Et même le jour J, il faut se projeter dans l'instant présent et ne pas trop gamberger avant. Ca vient aussi avec l’expérience.

Vous ne connaissez pas les joueurs du FC Thoune, mais Luka Elsner m’a expliqué la semaine dernière que chaque joueur recevait des clips de son adversaire direct… Ca vous intéresse de tout savoir sur Justin Roth?

Forcément un peu, mais sans excès. Je me renseigne sur mes adversaires directs, sur leur pied, leur taille, leurs caractéristiques, s'ils se projettent beaucoup vers l'avant ou s'ils sont plutôt fixes. Mais j’essaie aussi de laisser beaucoup de place à mon instinct et à mon sens de l’anticipation, sinon c’est le meilleur moyen de passer à côté de son match. De nouveau, même si ça peut paraître paradoxal pour un milieu défensif, j’aime faire confiance à mon instinct.

Brack Super League 2026/27
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Lugano
FC Lugano
11
25
31
2
Young Boys
Young Boys
11
17
25
3
FC Sion
FC Sion
12
7
23
4
FC St-Gall
FC St-Gall
12
-3
19
5
FC Zurich
FC Zurich
11
-3
17
6
Servette FC
Servette FC
12
1
16
7
FC Bâle
FC Bâle
11
-3
14
8
FC Lucerne
FC Lucerne
12
-6
13
9
FC Vaduz
FC Vaduz
12
-1
10
10
FC Thoune
FC Thoune
11
-11
10
11
Grasshopper Club Zurich
Grasshopper Club Zurich
12
-13
10
12
FC Lausanne-Sport
FC Lausanne-Sport
11
-10
6
Tour final
Tour de relégation
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